‹ Les Thromboses LeucémiquesChapitre 10 sur 19 · ETUDE HISTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ETUDE HISTOLOGIQUE

I. Organes hématopoïétiques. — Signalons seulement que la rate présente un aspect uniforme et homogène, avec sclérose intercellulaire généralisée. Dans ce tissu courent des fentes vasculaires qui ne contiennent guère que des leucocytes. Les vaisseaux plus volumineux sont absolument pleins de

leucocytes, quoique non thrombosés: ces globules blancs sont surtout des myélocytes, accompagnés d’un certain nombre de polynucléaires. ;

La moelle osseuse est hyperplasiée vers la série leucocytaire.

Les ganglions montrent une véritable transformation myéloïde avec une énorme quantité de mégacaryocytes.

Les lésions hémolytiques sont nettes au niveau de la rate et des ganglions.

IT, Thromboses leucémiques. — Etudions d’abord la thrombose des veines du cordon, qui a été assez intense pour donner lieu à des signes cliniques très nets.

Dans les grosses veines (qui sont considérablement dilatées), le thrombus est constitué par une grande quantité de fibrine contenant dans ses mailles, des globules rouges et blancs. Les globules rouges sont infiniment moins abondants que dans un thrombus ordinaire et la majorité des éléments est composée de globules blancs; ces derniers sont plus serrés en certains points, notamment à la périphérie du vaisseau. Dans quelques veines le thrombus est en voie de désintégration et constitué par un fond fibrineux sur lequel tranchent des débris nucléaires fragmentés, à peine reconnais” sables et de gros leucocytes tuméfiés et dégénérés. La paroi veineuse est absolument saine. ,

Le thrombus se prolonge dans les veines de moyen calibre où il est, soit hémo-leucocytaire, soit constitué seulement par des leucocytes. Enfin dans les petites veines, il ne s’agit plus de thrombus véritable, car il n'y a pas de fibrine, mais d’une simple stase leucocytique, très marquée d’ailleurs. Ici les leucocytes sont bien conservés et normalement colorés; dans les

thromboses des grosses veines, au contraire, les cellules sont plus tassées et surtout dégénérées (les myélocytes en particulier sont presque tous dégénérés, tandis que les polynucléaires semblent avoir conservé en grande partie leurs réactions colorantes). A l’intérieur de la glande testiculaire, la thrombose se prolonge, fibrineuse dans certains vaisseaux, purement leucocytaire dans les autres.

Les artères du cordon et du testicule sont remplies par une grande quantité de leucocytes qui les dilatent et déplissent ia lame élastique interne; peu de globules rouges; mais il n'y a pas de thrombose.

Le caillot du cœur est presque exclusivement leucocytaire et contient très peu de globules rouges. La fibrine est assez abondante à la périphérie, moins au centre. Il y a peu de Stratifications en rapport avec la pesanteur, la distribution des cellules est assez uniforme, et l’on peut conclure qu'il s'agit d'une coagulation ante mortem. Il s’agit en outre d’une thrombose récente car les cellules ne sont pas dégénérées.

Sur les coupes du myocarde, nous avons vu dans la cavité même du veniricule, d'autres petits thrombus constitués à leur périphérie de fbrine, de globules rouges et de leucocytes, au centre de leucocytes seulement. Aucune lésion de l'endocarde à leur niveau.

Au niveau du poumon, les gros vaisseaux artériels sont oblitérés par des thromboses constituées par de la fibrine, des leucocytes plus ou moins dégénérés et des globules rouges (ces derniers en très petit nombre). Dans les petits vaisseaux, il s'agit de stase leucocytique simple, mais très intense. Enfin les capillaires de l'hématose eux-mêmes sont bourrés de globules biancs qui les obstruent et les dilatent.

Il en est de même des capillaires des petits vaisseaux du foie et du rein.

Au niveau des centres nerveux, les grosses veines des méninges sont considérablement dilatées par la même stase leucocytique sans thrombose véritable. Les vaisseaux moins volumineux qui pénètrent dans la substance cérébrale sont, eux aussi, dilatés et obstrués par des globules blancs.

Il en est de même dans les vaisseaux du cœur, de la peau, de l'estomac, où nous avons trouvé une grosse veine dilatée par l’accumulation des leucocytes.

En résumé, nous trouvons dans les vaisseaux des lésions qu'il importe de distinguer :-

1) des thromboses véritables, notées dans les veines du cordon, de la fémorale, les caillots pariétaux des ventricules du cœur, et les coagulations artérielles des vaisseaux du poumon.

2) des stases leucocytiques qui en diffèrent par l'absence de fibrine et par la vitalité des éléments.

HI. Autres organes. — Dans le foie, infiltration leucémique qui transforme la glande en une masse homogène leucocytique, avec quelques débris seulement de cellules hépatiques sur certaines coupes. D'autres points sont moins atteints.Dans les capillaires, on ne voit que des leucocytes et il n’y a presque pas de globules rouges.

Dans les reins, infiltration leucocytique. Vaisseaux remplis de leucocytes et quelques apoplexies blanches.

Dans les poumons, quelques thromboses dans les grosses branches de l'artère pulmonaire. Les capillaires sont injectés de leucocytes qui en dessinent les réseaux avec une grande netteté.

en 40 ——

Même infiltration leucémique de l'estomac, du cœur, des centres nerveux, du derme, du testicule.

Obs. 3. (H.O. Ruh) (fraduction résumée).

Homme de 36 ans, entre le 22 juin 1011, se plaignant d’un priapisme durant depuis deux jours.

La maladie a commencé il y a 3 ans par une épistaxis sévère et une douleur dans le côté gauche. On posa le diagnostic de leucémie et on institua un traitement par les médications internes, sous-cutanées, intra-musculaires et par la radiothérapie. Cependant le malade s’affaiblissait progressivement et souffrait de douleurs, de crampes dans l'abdomen et les membres inférieurs; il avait des éblouissements, des tintements et des douleurs auriculaires; l'appétit restait bon.

Depuis deux jours, il a un priapisme persistant, avec, au niveau de la verge, une douleur marquée, irradiant vers la partie inférieure de l'abdomen et les testicules. Les mictions sont très difficiles.

EXAMEN PHYSIQUE. — Couché sur le dos, le malade se plaint vivement, Sa peau est chaude et sèche. On ne note rien de très remarquable à l'examen des organes sensoriels, du cœur et de l'aorte. Les ganglions lymphatiques superficiels sont très petits et très durs.

La rate hypertrophiée et dure occupe tout le côté gauche de l'abdomen qu'elle soulève; elle s'étend jusqu'à la ligne médiane et en bas atteint le pelvis. Le foie également élargi s étend du 4° espace intercosial jusqu'à ro cm. du rebord costal; son rebord est ferme et dur.

La verge est en érection; les corps caverneux sont absolument fermes et durs: la peau est tendue, rouge, luisante. .

Le corps spongieux et le gland sont au contraire intacts. La moindre pression cause une douleur exquise.

Les réflexes sont faibles, mais égaux, Rien à noter au niveau des membres. |

30 Juin. — Pendant 4 jours, le malade n’a pu uriner et il a dû être sondé; actuellement les mictions restent un peu difficiles.

19 juillet. -— Le priapisme a diminué sur le côté gauche du pénis, mais le côté droit a augmenté de fermeté causant une déviation de l'organe vers la gauche.

23 juillet. — L'examen du sang donne :

CAR 3.160.000 GTS 692.000 90 % d’hémoglobine.

Pourcentage sur 500 cellules :

Petits mononucléaires ARS Polynucléaires neutrophiles 24 — éosinophiles 8

- basophiles I .Myélocytes neutrophiles 62 = éosinophiles I

se basophiles: O

L'urine de couleur paille, de densité 1012, de réaction alcaline, présente des traces d’albumine, sans sucre; des sédiments de phosphates, de cylindres granuleux, de leucocytes.

17 août 1911. — Le patient sort de l'hôpital assez bien portant. Le priapisme a duré 8 semaines. Maintenant quoiqu'il ait disparu, le pénis reste gros et les corps caverneux semblent beaucoup plus larges que normalement.

Le 6 février 1912. — Le malade rentre dans le service pour

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