CHAPITRE Il
À côté de ce cas que nous avons eu le bonheur de suivre pendant plusieurs semaines, nous estimons indispensable de résumer, en insistant toutefois sur les passages anatomiques, la si intéressante observation que MM. Ménétrier et Aubertin ont publiée en 1906 dans les Archives de Médecine expérimentale (p. 363), puis le cas de Ruh (1912).
Obs. 2. — (MM. Ménétrier et Aubertin).
Homme de 44 ans entré le o décembre 1900 pour pleurésie gauche hémorragique symptomatique d’une leucémie myéloide à type splénique pur.
Dans les antécédents : pas de syphilis, mais fièvre typhoiïde, paludisme, dysenterie, alcoolisme.
Début une semaine auparavant par un point de côté, avec frisson assez prolongé ; depuis dyspnée, toux.
A l'examen signes d’épanchement pleural gauche abondant avec Traube mat, cœur dévié.
L'examen du liquide le montre hémorragique avec de nombreux globules blancs dont les 2/3 sont des myélocytes, les autres des polynucléaires.
L'examen du sang dénôte une leucocytose à 1.300.000 avec 3s % de polynucléaires, 63 de myélocytes, 2 de lymphocytes, et 1,3 hématies nucléées pour 100 globules blancs. Globules
fougés : plus de 4 millions. L'examen clinique confirme le diagnostic: la rate, dure, régulière, non douloureuse, dépasse le rebord costal de deux travers de doigt. Pas d’hypertrophies ganglionnaires ni de douleurs osseuses. Le foie déborde les fausses côtes de s cm.
Urines : ni sucre, ni albumine; acide urique à peu près normal.
Evolution. — Les traitements arsenical ou opothérapique n'ont eu aucune influence appréciable sur l'évolution de la maladie. On n’a pas fait de radiothérapie.
Pendant les premiers mois, la rate a augmenté d’un à deux travers de doigt par semaine, avec chiffre de leucocytes très élevé (jusqu’à 1.420.000). À partir d’avril la rate n’a plus augmenté de volume et le chiffre des globules blancs a commencé à diminuer.
La pleurésie hémorragique du début avait diminué; il ne restait qu'un peu de liquide de composition cytologique identique à celle du sang.
Le 14 juin : léger frisson, point de côté à gauche, dyspnée, température à 38°6; à l’auscultation souffle pleurétique intense, Le lendemain une ponction donne un litre de liquide sanguinolent et fibrineux, avec grosse augmentation de la polynucléose. À la pleurésie chronique, apyrétique d'origine leucémique succédait une pleurésie aiguë, fébrile, de nature probablement infectieuse. Son évolution fut d’ailleurs bénigne et, 10 jours après, la guérison était complète.
Le sujet se cachectise lentement, devient faible et asthénique.
Terminaison. — Le 8 décembre 1901, le malade se plaint d'une vive douleur au pli de l’aine du côté gauche. L'examen
de la région montre que les ganglions sont indemnés, mais qué la douleur, très vive, peut être exactement localisée au niveau du cordon spermatique : son maximum est à la sortie du cana! inguinal, mais tout le cordon est douloureux à son trajet dans les bourses, Il paraît un peu plus dur que celui du côté opposé.
Le lendemain les bourses sont tuméfiées et douloureuses. L'œdème est facile à mettre en évidence au niveau de la peau des bourses; il prédomine à gauche, mais s'étend aussi du côté, droit. La douleur est plus vive au niveau du cordon et la palpation en est plus difficile. La palpation du testicule est également douloureuse; toutefois, on peut constater un épanchement dans la vaginale. Une ponction en ramène en effet un liquide clair, qui, centrifugé, donne un dépôt assez abondant, constitué par une grande quantité de globules blancs et un très petit nombre de globules rouges. Sa formule cytologique se rapproche de celle du sang.
Le 10 décembre, les bourses augmentent encore de volume et sont toujours. assez douloureuses.
Le 11, le malade se plaint de nouveau d’une douleur dans le pli de l’aine. Cette fois la palpation permet de reconnaître que c’est la veine crurale qui est le siège précis de la douleur ; elle est d’ailleurs un peu dure à la palpation. La douleur se prolonge dans le trajet des vaisseaux fémoraux jusqu'au canal de Hunter. Le 12, ces symptômes persistent et il existe de plus un léger œdème malléolaire du côté gauche. Les bourses sont toujours œdématiées. La rate n’a pas augmenté de volume, pas de veines sous-cutanées dans la région abdominale. Mort le 14 décembre.
AUTOPSIE. — r) La rate pèse 2 kg. 500; elle est extrême-
ment dure avec capsule très épaissie. À la coupé elle est d'un brun rosé, dense, assez uniforme.
La moelle osseuse est gris rougeâtre sans trace de graisse. Les ganglions ne sont guère augmentés de volume. Le foie jaunâtre pèse 4 kilogs.
Le poumon gauche présente des adhérences pleurales. Congestion légère à la base droite.
2) Du côté gauche, les veines du cordon sont thrombosées. Il existe encore du-liquide citrin dans la vaginale. La veine iliaque primitive gauche est également thrombosée: le caillot descend dans la fémorale et remonte jusqu’à Foriene de la veine cave inférieure.
Le cœur est volumineux (500 gr. vide de sang). Il est rempli de caillois des deux côtés, les uns cruoriques avec points blancs, rappelant l'aspect du tissu splénique normal avec ses corpuscules de Malpighi, quelques-uns grumeleux, d’un blanc jaunâtre et assez semblables à des grumeaux de pus. L'un d'eux situé dans le ventricule droit est des dimensions d’une petite noisette; il est blanchâtre à la coupe, et peu friable. Ils sont imbriqués dans les piliers des ventricules, mais non adhérents aux parois. Les cavités sont dilatées, à gauche, aussi bien qu'à droite. Les orifices sont dilatés, mais sains. L'aorte est saine; pas d'athérome des vaisseaux.