LE « DOUBLE DE GENÈVE
Le premier timbre genevois fut donc émis le 1° octobre 1843; il est connu sous le nom de pouBLe DE GENÈVE. Comme ce nom l'indique, il est formé de deux timbres accolés, qui servaient ensemble pour le port cantonal, ainsi que le fait savoir l'inscription : — 70. Port cantonal cent. — qui se lit au-dessus des deux timbres dans un long rectangle.
Les deux demi-timbres sont les mêmes à quelques détails de gravure près. Un coup d’œil jeté sur le fac-similé que nous publions permettra de saisir facilement les légères différences qu'ils présentent entre eux sous le rapport de la dimension et du dessin.
Au centre de chacun se trouve un écusson renfermant les armes de Genève; cet écusson est surmonté d’une banderole portant la devise : Post ienebras lux et des lettres JS dans un ovale rayonnant. Autour de ces armoiries se lisent les inscriptions suivantes : à la partie supérieure, Poste DE GENÈVE; aux côtés de l’écusson, la valeur (le 5 étant à gauche et le c. à droite); à la partie inférieure, les mots « Port local », indiquant l’usage d’un timbre simple.
Ces timbres sont imprimés lithographiquement en noir sur papier vert. Sur la feuille d'impression, ils sont encadrés d’une légère ligne noire qui les sépare les uns des autres.
Ainsi que l’annonçait l’avis du 25 septembre que nous venons de reproduire, ces feuilles comprenaient chacune cinquante timbres disposés en dix rangées de cinq timbres doubles (1). Comme ces timbres se vendaient habituellement en feuilles, que les acheteurs découpaient ensuite euxmêmes, on conçoit que celte opération ait souvent prèté à
(1) Schulze cile à ce propos une inscription qui, d’après lui, se trouvait en tête des feuilles du « double de Genève ». Il doit y avoir là une confusion, puisque le texte qu'il reproduit porte qu’un seul écusson suffit pour affranchir une lettre adressée d'une commune à une autre commune du canton. Cette mention se trouve, comme nous le dirons plus loin, sur les feuilles des timbres genevois dits « grand aigle »,
Description du « Double de Genève ».
Son mode de fabrication.
Description héraldique des armoiries de Genève.
des erreurs, et il n’est pas rare de trouver des « doubles de Genève » où la place respective des deux écussons soit intervertie, la personne qui les a employés ayant par mégarde donné son coup de ciseaux entre les deux moitiés distinctes d'un mème timbre, au lieu de diviser deux groupes de timbres doubles.
Nous possédons aussi dans une de nos collections des « Doubles de Genève », qui ont été acceptés à la poste et qui sont composés de deux demi-timbres de gauche ou de deux demi-timbres de droite se tenant, disposés verticalement.
Voici la description héraldique des armoiries de Genève dont le dessin figure sur les timbres de ce canton (1) :
€ Parti, au 1 d’or à la demi-aigle de sable couronnée à l'antique, allumée, becquée, languée et membrée de gueules, au 2 de gueules à la clef d’or contournée, posée en pal, le penneton en chef ajouré d’une croix, l’anneau en losange pommeté. »
Il faut remarquer que :
1° La couronne doit ètre posée sur la tête et non pas planer au-dessus ;
2 Il est d'usage de mettre à l’aigle sept grandes pennes entre lesquelles on dessine des filets très minces;
3° Le torse doit ètre dénudé ;
4° L'anneau de la clef n’a pas besoin d’être engagé sous le trait du parti.
Font partie inséparable des armes de Genève :
a. Le cimier, b. la devise.
mais elle ne saurait s'appliquer au « double de Genève », qu'on ne pouvait faire servir au port cantonal qu’à la condition d'employer les deux écussons dont se compose le timbre entier.
(1) Description donnée par M. Ladé.
LE « DOUBLE DE GENÈVE » of
a. Le cimier : soleil formé du monogramme du Christ, [HS, rayonnant; les trois lettres sont d’or et entourées à une certaine distance de rayons, de même; ce sont les initiales des mots Jesus Hominum Salvator ou bien ‘Inooïs "Huüv Eorsp; la première lettre est I et non J, la troisième peut être un S latin ou un E grec; il est nécessaire de les surmonter d’une espèce de circonflexe ; l’usage veut qu’au-dessous il y ait un point : IS.
b. La devise : Post tenebras lux, sur une bandelette ; il n’y a pas de règles constantes pour la couleur de la bandelette et de l'inscription ; on met ordinairement des lettres noires sur une bandelette d’or.
La devise peut être mise au-dessus où au-dessous de l’écu.
La demi-aigle de Genève est la moitié dextre de laigle impériale, mais telle que cette dernière se comportait quand elle a été adoptée à Genève, et non point telle qu’elle est devenue, par la suite des temps, sous l'influence des héraldistes de la cour de Vienne, et telle que nous sommes habitués à la voir sur les monnaies, etc., depuis le xvn° siècle jusqu’à nos jours : l'aigle impériale usuelle n’a qu’une couronne pour les deux têtes et cette couronne est fermée ; en outre, chaque tête est nimbée, tandis que l’aigle impériale du xv° et du xvi® siècle avait une couronne antique el pas de nimbe.
Les timbres de Genève furent imprimés par la lithographie Schmidt. Les notes de cette maison montrent qu’il fut tiré du double de Genève six cents feuilles de cent timbres, soit en tout soixante mille exemplaires (1).
Le premier timbre-poste genevois ne fut pas dès l’abord d’un usage très général, nombre de personnes préféraient
(1) Cf Histoire des Timbres-poste de Genève, par Édouard Sanson (Bull. de la Soc. franc. de timbrologie, 1883, p. 21).
Réduction de la taxe des lettres.
envoyer les lettres en port dû; cette manière de faire ne satisfaisait pas la direction des Postes qui avait tout de suite compris quelle simplification l’affranchissement par timbres devait apporter dans le service. Il fallait donc trouver le moyen d'engager le public à expédier ses correspondances en port payé; le plus simple était évidemment de réduire la taxe des lettres affranchies; c’est à cela que le département des Finances se décida : les timbres de 10 centimes furent vendus à 8 centimes et ceux de 5, à 4 centimes, tandis que le port des lettres non affranchies restait fixé comme précédemment.
Ce fut le 6 février 1844 que le département des Finances proposa la réduction de taxe dont nous venons de parler. Voici, en effet, ce que nous lisons dans le registre des procès-verbaux de ce département :
Séance du 6 février 1844.
Le département, ayant examiné de nouveau les moyens de faciliter l'emploi des timbres d’affranchissement des lettres pour l'intérieur du canton,
Arrêle
De proposer au Conseil d'Etat de vendre à raison de 4 centimes les timbres de 5 centimes et à 8 centimes ceux de 10 centimes.
Nous n'avons trouvé nulle part la ratification de cette proposition. Il n’est cependant pas douteux qu'elle n'ait été admise, car nous lisons dans un rapport de la direction des Postes à la direction des Finances, le 1% mars 1845, un article ainsi conçu, concernant le produit de la petite poste en 1844 :
5,383 lettres genevoises portant le timbre double de 10 centimes (à 8 centimes), 430 fr. 60.