TIMBRES ÉMIS PAR LE CANTON DE ZURICH
DiTs « 4 et 6 de Zurich »
Mars 1843
Parmi les cantons suisses, Zurich fut le premier à faire usage des timbres-poste. Nous aurions voulu pouvoir donner ici quelques détails sur les études qui précédèrent l'adoption définitive de ce nouveau mode d’affranchissement; malheureusement les archives cantonales de Zurich présentent de nombreuses lacunes, et nous n'avons pu y découvrir que les renseignements suivants relativement à l'émission, c’est-à-dire à la mise en circulation officielle des timbres de Zurich.
Le 13 août 1842, le département des Postes fit au Conseil d'État un rapport sur les moyens à employer pour simplifier l’organisation postale et, se basant sur la réussite du système d’affranchissement récemment introduit en Angleterre, il proposa de charger le département des Finances de faire fabriquer des timbres-poste. D’après ce rapport, les laxes devaient être réduites à deux pour
Émission des timbres de 4 et 6 Rappen de Zurich, vers le mois de mars 41843.
Documents relatifs à l'émission des4et6 Rappen de Zurich.
l'intérieur du canton : soit 4 rappen pour les lettres cireulant dans la circonscription d’un même bureau, ce qu’on appelait le rayon local, et 6 rappen pour le rayon cantonal, c’est-à-dire pour les correspondances à destination des localités du canton faisant partie d’un autre bureau. Ce rapport fut mis à l'étude et approuvé par le Conseil d’État en sa séance du 21 janvier 1843 dont voici le compte
rendu :
EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DU CONSEIL D'ÉTAT DU CANTON DE ZURICH EN DATE DU 21 JANVIER 1843.
Approbation d'un arrêté du département des Postes, concernant la simplification des taxes postales des lettres pour le canton de Zurich.
Dans son rapport, en date du 13 août, le département des Postes rappelle que, en 1836, lors de la régularisation de la taxe des lettres, on avait fixé pour le service interne deux catégories ou rayons, Savoir :
5 rappen pour une distance de 4 lieues, el 8 rappen pour une distance supérieure.
La ville de Zurich, dans sa correspondance interne, percevait en outre une taxe supplémentaire de 1 rappen pour le salaire du facteur; de cette façon, au lieu des deux taxes prévues, il en existait, en réalité, trois de 5, 6 et8 rappen, ce qui rendait la comptabilité très difficile.
Le département a donc cru devoir étudier une simplification analogue à celle déjà introduite dans plusieurs grands États; il s’agissail, en effet, de ne pas diminuer les receltes par une taxe trop basse, et de ne pas forcer le public à chercher un autre moyen d’expédition des lettres par des ports élevés. Une taxe unique cantonale ne pouvait pas être admise, vu l'importance de la correspondance interne à Zurich, Winterthur et d’autres endroits populeux.
En considération de ce qui précède, le département des Postes décide :
1° Le tarif actuel de distance pour le service interne du canton de Zurich est supprimé et remplacé par une laxe uniforme de 6 rappen
pour les lettres simples, c'est-à-dire pesant moins d’un loth (15:",62), ceci sans salaire supplémentaire du facteur.
2° Les lettres chargées payeront 10 rappen en plus pour frais d’inscription; ces 10 rappen sont payables par l'expéditeur, qui est, par contre, autorisé à demander un récépissé à l'administration postale, sous réserve cependant des prescriptions contenues dans les conventions avec d’autres administrations postales.
3 Une poste locale, avec une taxe réduite de 4 rappen, sera établie pour faciliter le service de correspondance à l’intérieur de la circonscription du même bureau. On considère comme faisant partie de la circonscription d’un même bureau tous les endroits où le ou les facteurs du bureau postal peuvent transmettre directement les lettres.
4° Les lettres, billets, etc., qui sont expédiés par la poste locale peuvent être affranchis au moyen de marques timbrées vendues par l'administration postale; celle-ci fera aussi fabriquer des marques à 6 rappen, avec lesquelles on pourra affranchir les lettres jusqu'à destination pour le service cantonal.
5° Pour le moment, rien ne sera changé pour les taxes des correspondances en dehors du canton, à ceci près que la taxe pour le salaire du facteur est supprimée (1).
Le Conseil d'État décide, en outre, que l'administration des postes est autorisée à mettre en exécution cet arrêté et à en donner connaissance au public comme elle le jugera convenable.
L'arrêté du département des Postes ne tarda pas à être mis à exécution. En effet, bien qu’on ne connaisse pas la date précise de la livraison au public des timbres de Zurich, on sait du moins qu'ils étaient en circulation dés le commencement de mars 1843, puisqu'on en trouve déjà un oblitéré sur lettre le 2 de ce mois.
Les timbres de Zurich ont été fabriqués chez MM. Orell, Fussli et Ci, à Zurich: ils sont imprimés lithographiquement en noir sur papier blanc rayé de lignes rouges.
Le dessin en est des plus simples : au centre du timbre
(1) Schulze, dans son article sur les Anciens timbres suisses, cite divers passages de cet arrêté pris par le département des Postes (le Timbre-poste, 1877, n° 71, p. 22).
Description des 4 et 6 Rappen de Zurich.
Leur mode de fabrication,
se trouve un gros chiffre 4 ou 6 représentant la valeur; ce chiffre est placé sur un fond treillagé formé par des lignes obliques, disposées en groupes de quatre et croisées de manière à former des losanges; le tout est entouré d’un cadre rectangulaire renfermant les inscriptions et les ornements.
Les inscriptions sont placées sur un fond rayé de lignes horizontales : en haut du timbre se trouve le mot « Zürich »; en bas, « Local-Taxe» pour le 4 rappen, et « Cantonal-Taxe » pour le 6 rappen. Les côtés droit et gauche du cadre sont remplis par des ornements en arcs de cercle se détachant sur un fond ligné verticalement. Ces arcs de cercle sont au nombre de six et demi de chaque côté, le septième, dont il n'existe que la moitié, se trouvant en haut du côté gauche et en bas du côté droit. Ils sont séparés par de petits ornements figurant à peu près la partie supérieure d’une fleur de lis, et ils renferment chacun le haut d’un petit fleuron de même genre coupé par le corps du timbre; les deux demi-arcs ne contiennent chacun qu'une des feuilles de ce fleuron. Dans les quatre coins du timbre se voient cinq points noirs sur fond quadrillé.
Sur la feuille d'impression, ces timbres sont encadrés d'une légère ligne noire qui les sépare les uns des autres; celte ligne n'est quelquefois venue que par tronçons.
On avait longtemps cru, d’après A. Schulze, que les timbres de Zurich avaient été imprimés par feuilles de vingt, disposés sur quatre rangées horizontales contenant chacune cinq timbres (1); mais il est aujourd’hui certain que ces feuilles comptaient cent timbres placés sur dix
(4) Voir l'article d’A. Schulze sur les Anciens timbres suisses dans le Timbre-poste, 4877, n° 471, p. 22.
doubles rangées de cinq. Nous connaissons, en effet, une bande horizontale de dix exemplaires se tenant du 6 de Zurich et aussi les types 3, 4, 5, 1 et 2 du 4 de Zurich se tenant également dans cet ordre. — Ceci détermine la largeur de la feuille. — On sait, d'autre part, qu’il devait y avoir cent timbres à la feuille, car nous avons découvert, comme nous le dirons plus loin, qu’une réimpression des timbres de Zurich fut exécutée en 1862 sur l’ordre de la Direction générale des Postes; or les feuilles de celte réimpression, qui furent tirées au moyen de la planche originale, comprenaient cent timbres.
Voici le procédé qu’on employa pour obtenir la planche destinée à l'impression de ces feuilles : on fit un premier dessin représentant cinq timbres placés sur une ligne horizontale et l’on reporta le nombre de fois nécessaire sur la pierre lithographique cette bande horizontale de cinq timbres. Comme un dessinateur, quelque habile qu'il soit, ne saurait se répéter d’une façon absolue en reproduisant plusieurs fois le même dessin, il est, facile de comprendre qu'on doit rencontrer dans les timbres ainsi fabriqués cinq variétés différentes qui occupent loujours respectivement les mêmes places dans chaque feuille et se distinguent par quelques détails d'exécution : la forme du chiffre varie, la légende offre de légères différences dans la dimension des lettres, la ponctuation (1), etc. Mais, en somme, le moyen le plus simple de reconnaître ces variétés est d’étudier les lignes obliques du fond; ces lignes sont placées différemment dans chaque type. Voici deux tableaux qui en indiquent
le groupement :
(4) Les Timbres de Zurich, par le D' Magnus, dans le Timbrophile, 6 année (4870), p. 506-507. — Cf. l’article déjà cité de Schulze,
1° Lignes obliques de droite à gauche, comptées à partir du coin supérieur gauche.
4 rappen.
Type x: 1 ligne, 15 groupes de 4 lignes, 3 lignes. — TT O — 16 — — 0 — — III. O — 16 — — 0 — IV. 3 — 15 — — 1 — — V. 2 — 15 — — 2 —
6 rappen.
Type I. 2 lignes, 15 groupes de 4 lignes, 2 lignes. — II. 14 — 15 — — 3 — — III. O — 15 — — 3 — — EVS- 0, 6 — 0 — — V. 2 — 15 — — 1 —
2 Lignes obliques de gauche à droite, comptées à partir du coin supérieur droit.
4 rappen.
Type I. 0 ligne, 16 groupes de 4 lignes, 0 ligne. on II. O — 16 — — 0 — — III 3 — 15 — rue — IV. 2 — 15 — E SL — V. 2 — 15 — = gr EE
6 rappen.
Type I. O ligne, 16 groupes de 4 lignes, 1 ligne (1). — II. 00-05 — 41 — — III. Dur A5 — — 3 — — IV. 4 — 15 — = Ju — V. 1 — 16 — = MON —
(4) Dans le type 1 du 6 rappen, la huitième ligne est double.
Comme il arrive parfois qu'un des coins du timbre soit cou-
vert par l’oblitération, nous crovons utile de donner ci-dessous
la description des bordures supérieure et inférieure de
chaque type.
Type
Type
Type
Type
Type
4 rappen.
Bordure supérieure : 7 lignes, dont une passe sous le mot Zürich sans toucher aucune des lettres: le R et le Z touchent presque la bordure extérieure.
Bordure inférieure : 8 lignes, dont aucune ne passe en dessous du mot Local-Taxe; il y a un point après Local- Taxe, dans ce type seulement.
Bordure supérieure : 6 lignes dont aucune ne passe sous Zürich. Le U et le Z louchent presque la bordure extérieure.
Bordure inférieure : 8 lignes dont aucune ne passe sous Local-Taxe.
Bordure supérieure : 6 lignes, les leltres de Zürich sont toutes égales et remplissent exactement l’espace entre la première et la sixième ligne.
Bordure inférieure : 8 lignes dont une passe sous Zocal- Taxe.
Bordure supérieure : 7 lignes dont une passe sous Zürich. Bordure inférieure : 9 lignes dont une très près de la bordure extérieure; deux lignes sous Local-Taxe.
Bordure supérieure : 7 lignes dont une passe sous Zürich. Bordure inférieure : 9 lignes dont deux passent sous Local et une seulement sous Taxe.
6 rappen.
Bordure supérieure : 8 lignes dont une, très près du cadre intérieur, passe sous Zürich.
Bordure inférieure : 8 lignes dont une très près du cadre intérieur. Une ligne passe sous Cantonal-Taxe en touchant seulement le X.
Type II. Bordure supérieure : 8 lignes dont une passe sous Zürich. Ce type seul a un point après ce mol.
Bordure inférieure : 8 lignes dont une passe sous Cantonal- Taxe.
Type III. Bordure supérieure : 8 lignes dont une passe sous Zürich. Bordure inférieure : 8 lignes dont une passe sous l’inscription. Il y a un point après Cantonal-Taxe.
Type IV. Bordure supérieure : 8 lignes dont une passe sous Zürich. Bordure inférieure : 8 lignes dont une passe sous loute l'inscription, sauf sous le T'de Taxe; il y a un point après
ce mol.
Type V. Bordure supérieure : 8 lignes dont deux passent sous Zürich.
Bordure inférieure : 9 lignes dont une passe sous Cantonal- Taxe; il y a un point après ce mot.
Il est à noter que dans la planche des 6 rappen un timbre du 3° type, dont le report lithographique avait été défectueux, a été retouché par le graveur. Un exemplaire de celle variété se trouve dans la collection Castle, de Londres (1).
Comme nous le disions plus haut, on s’est servi, pour tirer les timbres de Zurich, de papier sur lequel avaient été imprimées de très légères lignes rouges disposées alternativement 1 et 2. Ces lignes sont horizontales ou verticales suivant le sens d'entrée de la feuille sous la presse. On peut remarquer cependant que dans les timbres de 4 rappen elles sont le plus souvent verticales, tandis que le contraire se produit pour ceux de 6 rappen. Il est possible que, par suite d’une erreur quelconque, l’ouvrier ail parfois employé une feuille
(1) Il existe trois retouches. Celle dont nous parlons ici est la plus imporlante. Voir à ce sujet l’article de Castle: The retouched Lithography of the 6 rappen of Zurich, dans le London Philatelist. Janv. 1897.
de papier qui n'avait pas reçu l'impression des lignes rouges; mais cela n'a dû se produire que très rarement et nous verrons ci-dessous que la plupart des timbres de Zurich, dits sans lignes, qui se trouvent dans les collections, sont des réimpressions sur papier plus mince que l'original.
Différents essais avaient été proposés avant l'adoption du type définitif, On connaît, entre autres, celui qu'avait présenté M. Esslinger, lithographe. La différence avec le modèle qu’on exécuta consistait dans le millésime 1843 dont les quatre chiffres étaient disposés aux quatre angles du timbre (1).
Le Timbre-poste (1865, n° 32) a également signalé, sous toutes réserves, deux essais conservés dans une collection anglaise et portant le millésime dans les coins du timbre. La valeur était indiquée en allemand : vier rappen, sechs rappen, et le fond quadrillé du 4 rappen était entouré d’un cadre ovale portant sur les côtés la mention de la valeur et les mots « Local-Taxe ».
Nous avons trouvé dans les archives fédérales des documents intéressants et, croyons-nous, inédits sur une réimpression des timbres de Zurich. é
En septembre 1862, l'ambassade française ayant demandé à la Direction générale des postes de lui fournir quelques anciens timbres suisses, celle-ci écrivit à Zurich en priant la Direction des postes de ce canton de lui envoyer un certain nombre d’exemplaires des anciens timbres zurichois. Le 30 septembre, la Direction de Zurich répondit qu'il ne lui restait aucun timbre ancien, mais que les pierres lithographiques qui avaient servi à les fabriquer existaient encore aux archives. La Direction générale intima, le 6 octobre, l’ordre de détruire immédiatement ces pierres. Zurich fit
(1) Cf. Schulze, le T'imbre-poste, 1871, n° 173, p. 39.
Réimpression des 4 et 6 Rappen de Zurich.
remarquer, dans une lettre en date du 12 octobre, que l’on pourrait, pour obtempérer au désir de l'ambassade française, lirer quelques feuilles de timbres à l’aide de ces pierres, avant de les détruire. Berne répondit le 14 octobre ce qui
suit :
Afin de faire droit dans une certaine mesure à la demande de l'ambassade française, tendant à avoir quelques échantillons d’anciens timbres, nous vous aulorisons, en réponse à votre lettre du 12 courant, à faire une épreuve des pierres lithographiques qui se trouvent encore chez vous, cela sur papier-poste ordinaire, et d’en envoyer quelques exemplaires à l'ambassade française; le reste sera envoyé à notre collection officielle; les pierres devront après cela être effacées et vendues selon notre ordre du 6 courant.
D’après une notice du 18 octobre 1862, il a été réimprimé 120 timbres de 4 rappen et 400 timbres de 6 rappen.
4 rp. 6 rp.
Envoyé à l'ambassade. . . . . . . . .. 6 6 A la collection officielle. . . . . . . .. 20 20 AACLAS. Ps de 0e Ne AE PIOE 9 94 314 120 400
Voici l'explication de ces différences dans le chiffre du tirage des deux sortes de timbres : on réimprima quatre feuilles de chaque valeur et, les planches complètes étant de cent timbres, on aurait dû obtenir quatre cents timbres de chaque espèce. Si la réimpression des 4 rappen n'atteignit pas ce nombre, comme celle des 6 rappen, c’est que, sans doute à cause de l'usure de la pierre, on ne put pas employer la partie de cette pierre qui comprenait, outre les dix premières rangées de cinq timbres, les types 1 et 2 des dix autres rangées; le tirage de 1862 ne porta donc que sur dix
rangs de trois timbres répondant aux types 3, 4 et 5, soit trente timbres par feuille et cent vingt en tout.
La collection officielle de la Direction générale des postes a malheureusement disparu; nous avons cependant trouvé dans les archives postales une partie d’une feuille des 6 rappen. Ces timbres sont, comme cela avait été prescrit, imprimés sur un papier plus mince que le papier original et n’ont pas de lignes rouges; en outre, l’impression est plus ou moins défectueuse, et d’un ton tirant sur le gris. Nous avons reçu autrefois, pour vérification, plusieurs de ces timbres ; nous les avions déclarés authentiques, en disant que nous estimions qu'ils avaient subi un lavage chimique fait dans le but d’enlever les lignes rouges du papier; nous savons maintenant que ces exemplaires provenaient des feuilles réièmprimées dont une partie est parvenue au public.
Les pierres lithographiques des 4 et 6 rappen, après avoir été effacées, ont, d’après une note des archives fédérales, été vendues en octobre 1862 à M. Fretz, lithographe à
Zurich.