CHAPITRE I
Qu est-ce qu'un timide? — Si l'on pose cette question à des personnes différentes, on obtient des réponses différentes. En voici quelques-unes des plus habituelles :
Le timide est celui qui n'ose pas ; ~
Le timide est celui qui a peur des hommes; ~
Le timide est celui qui manque de confiance en luimême ;
Le timide est celui qui craint toujours, par délicatesse, de froisser les autres;
Le timide est celui qui est honteux de lui-même; etc.
D'autre part, maints auteurs ont cherché à définir le timide.
« Le timide, dit Francisque Sarcey, est celui qui sait <ic science certaine ou qu.'un instinct obscur avertit que,
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dans un cas donné, il ne trouvera jamais le mot qu'il faut dire, ni le geste qu'il faut faire, ni la contenance qu'il faut prendre; qu'il lui échappera une maladresse, ou, si vous ne haïssez pas le mot de l'argot boulevardier, une gaffe ^ »
u Etre timide, dit Dugas, c'est sans doute toujours être gauche ou stupide, mais être gauche ou stupide, ce n'est pas être nécessairement timide. Etre gauche sans savoir qu'on l'est, c'est n'être que lourd ou maladroit; être gauche, et savoir qu'on l'est, et souffrir de l'être, c'est là ce qui s'appelle être proprement timide".»
Par ces exemples, dont il serait aisé d'allonger la liste, on voit de suite quelles idées diverses on peut se faire d'un timide et à quels points de vue divers on peut envisager le problème de la timidité. Il est donc nécessaire avant tout de préciser, sans équivoque possible, quels sont, à notre sens, les caractères essentiels d'un sujet timide, lès attributs particuliers qui le font reconnaître, les modalités qui le distinguent d'un autre sujet qui ne l'est pas.
En quoi donc un timide se distingue-t-il d'un nontimide ; quels signes présente le premier, qui font défaut au second? Tel est le point capital à établir nettement.
Pour être timide, il faut d'abord être enclin à éprouver une certaine émotion, dans certaines circonstances.
\. Revue Bleue, 20 juillet 189y.