‹ Les timides et la timiditéChapitre 12 sur 89 · Voir: Janet, Automatisme psychologique ; Paris, F. Alcan · texte numérisé non relu

Voir: Janet, Automatisme psychologique ; Paris, F. Alcan

2. On lira avec intérêt le chapitre de Darwin sur la rougeur et notamment les pages consacrées à la rougeur dans les diverses races humaines. Expression des Emotions, p. 332. Reinwald, Paris, 1890.

vomissements), le foie {ictère émotif), la vessie [ténesme, incontinence ou bien rétention émotive), l'intestin {colique, diarrhée). Ils sont dus sans doute à la contraction des fibres lisses de ces organes.

Le plus manifeste des troubles sécrétoires est la transpiration cutanée. Tantôt les mains seules, tantôt le front et le cuir chevelu, tantôt le corps tout entier se couvrent de sueur glacée et profuse. On s'est demandé comment il pouvait se faire qu'avec une vaso-constriclion, il y eût quand même sécrétion sudorale. Il est probable que, dans ce cas, la contraction des fibres lisses ne fait qu'exprimer le contenu des glandes sudoripares. Malgré l'anémie de la peau, il y a donc transpiration et, à cause de cette anémie, la sueur est glacée.

Les sécrétions gastrique, biliaire, intestinale sont également troublées.

La sécrétion salivaire est le plus souvent tarie : d'où sécheresse de la bouche et de la gorge.

D. — Symptômes psychiques.

Ils expriment en général une diminution de l'activité des centres psychiques supérieurs du cerveau : diminution de la conscience, de l'attention, de la mémoire, du jugement, du raisonnement, de la détermination volontaire.

Obtusion sensorielle. — L'acuité sensorielle est par-

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fois considérablement amoindrie. Le sujet voit mal, ne distingue pas les détails des objets qui l'environnent. Tout lui apparaît comme vu à travers un voile tendu devant ses yeux. Aussi commet-il des erreurs semblables à celles des myopes ordinaires. De même, il entend mal. Il ne distingue pas les paroles qu'on lui adresse. Il lui semble que les sons et les bruits lui parviennent à travers une couche de substance isolante.

Mêmes phénomènes pour l'odorat, le goût. A table, le timide, troublé par sa voisine, ne perçoit pas le bouquet des vins qu'il boit, la saveur des aliments qu'il avale. Il n'en reconnaît ni les qualités, ni les défauts.

Il en est encore de même pour le tact et le sens musculaire. Il ne sent ni le froid, ni le chaud, ni la douleur duc à un contact périphérique. Il accomplit des mouvements et des gestes dont il n'a aucune conscience.

Inattention. — Avec le minimum de conscience dont dispose le timide, il lui est impossible de fixer son attention sur aucune opération mentale. L'attention se diffuse, s'éparpille sur quelques impressions qui le frappent : mais il est tout à fait incapable de la concentrer pendant un certain temps sur l'une de ces impressions. Elle est passive, flottante, à la merci des excitations périphériques ou internes.

Irréflexion. — 11 est également incapable de rassembler ses idées, de les associer par un lien logique. Le jugement et le raisonnement sont impossibles. Dans un examen, un concours, malgré les encouragements du

professeur, le candidat est incapable de réfléchir, de réaliser la déduction la plus élémentaire.

Aboulie. — Quant à la volonté, elle est si profondément altérée, que l'émotion du timide est considérée par beaucoup comme une véritable maladie de la volonté. Alors même que les grandes manifestations émotives ne se déchaînent pas, au degré le plus atténué de l'émotion, c'est par un trouble volontaire que la timidité manifeste son existence. Avant de ressentir aucun des symptômes organiques, angoisses, palpitations, etc., le timide nose . pas. Entre l'idée d'un acte et l'accomplissement de cet acte, s'interpose un arrêt insidieux qui, en dehors de toute opération mentale, retient le geste, immobilise le bras, ferme la bouche, par un phénomène d'inhibition dont le sujet lui-même ne comprend pas bien la cause. Ils sont nombreux, ces timides au premier degré qui, sans être très émotifs, se trouvent cependant retenus par une force intérieure devant l'acte à accomplir, et qui, malgré leur désir, l'approbation de leur jugement, l'efTort de leur vouloir, finissent, sans aucun motif plausible, par laisser échapper l'occasion propice et s'en tiennent à l'abstention pure. Que de gens d'esprit restent ainsi muets en société, seulement parce qu'ils n osent pas dire les mots qui leur viennent à la bouche !

Si l'émotion s'accentue, les autres troubles, sensoriels, émotifs, psychiques, viennent aggraver encore cette impuissance volontaire : et dans les grands accès de timidité, la volonté peut être complètement annihilée.

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Amnésie. — A l'affaiblissement de la conscience succède l'affaiblissement de Ja mémoire. Le timide, tout occupé par son orage intérieur, se souvient mal de ce qui s'est passé autour de lui durant son accès. Il ne retient ni les visages des personnes, ni les détails des objets, ni leur propos échangés, ni sa propre conduite : à l'événement correspond dans sa mémoire une interruption, une lacune où figurent seulement quelques particularités secondaires, machinalement enregistrées.

Tels sont les grands symptômes de l'accès de timidité, dans les diverses sphères fonctionnelles de l'organisme.

En réalité, ils ne se rencontrent qu'exceptionnellement réunis tous chez un même sujet. D'habitude, on n'en trouve que quelques-uns seulement, intéressant de préférence l'une ou l'autre des modalités fonctionnelles. On peut imaginer ainsi des combinaisons variables de ces symptômes, en quantité indéfinie, dont chacune corresponde un type particulier de timide.

Fréquence. — Cependant certains signes sont beaucoup plus fréquents que d'autres. D'après l'enquête que j'ai poursuivie, j'ai pu établir quelques chiffres exprimant la fréquence proportionnelle des divers symptômes.

Les plus communs, ceux qui forment pour ainsi dire le centre constant du tableau émotionnel, sont l'angoisse et les palpitations. C'est le cœur qui est le premier atteint. Depuis le simple choc avec sentiment de tension précordiale, jusqu'à l'angoisse douloureuse avec palpita-

lions désordonnées, tous les degrés sont accusés par les sujets, avec une fréquence que j'évalue à 95 p. 100. Je pense que ceux de mes correspondants qui n'ont pas avoué d'angoisse et de palpitations se sont peut-être mal observés et n'ont pas surpris ces impressions n'existant qu'à un degré léger. Mais je suppose qu'elles devaient être néanmoins présentes. L'angoisse et les palpitations jouent un rôle si essentiel dans le déchaînement d'une émotion, qu'il me paraît difficilement admissible que d'autres signes, tremblement, trouble mental, rougeur, aient pu exister sans l'ébauche au moins de symptômes cardiaques et respiratoires.

Puis viendraient, par ordre de fréquence, la rougeur : 80 p. 100. Dans 60 p. 100, il existe aussi de la pâleur. Cette constance de la rougeur, observée par les sujets, justifie la place accordée à la honte à côté de la peur, dans la constitution de l'émotion des timides.

Aussi fréquente est la confusion mentale : 80 p. 100 L'accès de timidité ne se produit guère sans que l'activité psychique en soit légèrement atteinte, sans qu'il y ait un retentissement mental de l'émotion.

Le tremblement, la raideur des membres, la gêne des mouvements, la maladresse, la gaucherie, sont indiqués dans une proportion de 70 p. 100.

Même chiffre pour l'embarras de la parole.

Je note enfin : malaise général, 40 p. 100; obtusion sensorielle, 40 p. 100; frisson et sueur froide, 35 p. 100; paralysie, 40 p. 100; nausées, coliques, etc., 3 p. 100.

Il est bien eiitendu qu'il ne faut attribuer à ces chiffres qu'une valeur toute relative. Ils ont été recueillis par voie de questionnaire anonyme, c'est-à-dire que les réponses ont été fournies par des cerveaux de qualités très différentes et qu'il y a eu certainement des confusions, des erreurs, des méprises.

Intensité. — J'ai voulu connaître ensuite le plus intense et le plus pénible des symptômes. D'une façon générale, les palpitations ont été considérées comme le plus intense, et la rougeur comme le plus pénible. D'autres correspondants, moins nombreux, se sont plaints plutôt de la confusion des idées, du tremblement, de l'embarras de la parole.

Variations. — J'ai demandé aussi si le même symptôme était toujours prépondérant, ou si, au contraire, le contenu de l'émotion variait, suivant les conditions internes ou externes du sujet.

Il semble, d'une façon générale, que l'accès de timidité se reproduise toujours, chez le même sujet, avec les mêmes caractères. Chacun éprouve sa timidité à sa façon, qui lui est personnelle, et qui est toujours identique.

Mais si la crise ne varie pas en nature, elle varie considérablement en degré. Tous les sujets déclarent qu'ils ne sont pas toujours émus au même point. L'impressionnabilité , chez quelques-uns , est plus forte après les repas, ou bien dans un moment de fatigue. Chez d'autres au contraire, l'émotion est plus pénible à jeun, moment où ils sont déprimés et sans énergie.

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Chez certains, elle varie avec les conditions atmosphériques : ils se troublent plus facilement pendant les temps humides et orageux que par les froids secs.

Cette influence des conditions atmosphériques et organiques du sujet est surtout marquée à l'égard de la rougeur. Tous les auteurs qui ont étudié les formes pathologiques de la rougeur émotive insistent sur ce point.

« Les malades sont unanimes à constater qu'ils sont plus ou moins sujets à rougir suivant le temps. Par les froids secs de l'hiver ou par les grands soleils de l'été^ ils rougissent moins et s'en montrent d'autant plus heu reux que la coloration plus vive de leur visage à ce moment leur semble un moyen naturel de protection et de dissimulation contre leur pénible infirmité.

« En revanche, par les temps chauds, orageux, humides,, ils rougissent beaucoup plus. Certains, véritables baromètres, sentent par avance, à des malaises déterminés^ que le temps va se couvrir et alors, s'ils le peuvent, ils ne sortent pas, pour éviter de rougir à tout bout de champ.

o Généralement, ils sont mieux le matin que le soir. Toutefois, lorsque vient la nuit, ils recouvrent, à la faveur de l'obscurité, leur aplomb et même de la gaîté *. »

Reproduction. — J'ai enfin posé, dans mon interrogatoire, une question concernant la mémoire émotive.

1. Pitres et Régis, Obsession de la rougeur, Congrès des aliénistes et neurologistes, Nancy, 189C.

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Cet intéressant problème a été soulevé par M. Ribot qui s'étonne, à juste titre, que les psychologues s'en soient si peu préoccupés jusqu'à nos jours.

Existe-t-il, pour les images affectives et les émotions, une reviviscence, semblable à celle des sensations visuelles ou auditives? En d'autres termes, les sujets peuvent-ils, de mémoire, reproduire en eux une émotion antérieurement ressentie?

En ce qui concerne l'accès de timidité, la réponse est franchement affirmative. J'avais demandé : « Pouvezvous reproduire ces mêmes phénomènes (angoisse, palpitations, sueur froide, tremblement, etc.), par le simple souvenir, en les imaginant fortement? » Plusieurs sujets ont fourni des réponses dans ce genre : « Oh! très facilement! )) — « Oui, surtout le tremblement et la rougeur. » — a Je peux reproduire les angoisses et les palpitations que j'ai éprouvées, en les imaginant fortement. » Mais la meilleure preuve que la reviviscence de l'émotion est réelle et non l'efTet d'une illusion subjective, c'est l'apparition de la rougeur. Beaucoup des sujets atteints de peur morbide de rougir reproduisent leur rougeur et l'angoisse concomitante, rien qu'en y pensant : « Il leur arrive de rougir dans la solitude, au souvenir d'un incident désagréable, d'une confusion pénible, ou d'un obstacle difficile à surmonter pour leur timidité \ »

Je connais un sujet qui, le soir, couché dans son lit,

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