‹ Les timides et la timiditéChapitre 15 sur 89 · SENSIBILITÉ NATURELLE · texte numérisé non relu

SENSIBILITÉ NATURELLE

Hyperesthésie affective. — Le timide est avant tout un sensitif, et sa timidité n'est qu'une des formes de sa sensibilité générale. Le moindre contact avec le monde » extérieur, choses ou hommes, résonne profondément dans son être intime, la moindre impression éveille un écho prolongé dans sa sphère affective. Tous les heurts, tous les chocs lui procurent du malaise : son cœur souffre de toute atteinte trop intense ou trop brutale.

comme la vue souffre, chez le migraineux, de loute lumière violente. Il est atteint d'hyperesthésie affective.

Maints auteurs ont noté cette hyperestliésie du timide.

« Toutes les personnes le déconcertent, et en elles tout l'effarouche. « Il est, dit Stendhal, d'une excessive « délicatesse, de cette délicatesse que l'inflexion d'un mot, « un g-este inaperçu met au comble du bonheur ou du « désespoir. » Il est touché au cœur par une simple attention, par une main spontanément tendue; il est mortellement blessé par une froideur devinée ou sentie, par un mot trop vif, par un rire malsonnant. Il est prompt à l'attendrissement et à la bienveillance, et il est susceptible ■et ombrageux ^ »

- « La timidité est la maladie ou l'ivresse secrète des natures trop fines, cristallines, en quelque sorte. Celles-là, sont vibrantes, mais toute vibration leur est une souffrance^. »

Perspicacité. — Un effet de cet excès de sensibilité, c'est une clairvoyance aiguë à l'égard des autres hommes.

- M. Dugas a bien analysé cette perspicacité du timide. ^< Ardent à pénétrer les sentiments des autres, il saisit sur leur visage les nuances des émotions fugitives, il perce à jour les mensonges de la politesse conventionnelle, et démêle dans l'accueil particulier qu'il reçoit le degré précis de sympathie ou d'antipathie qu'il inspire.

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