Maurice Barrés, L'Homme libre; Perrin, 1S
que ce soit, sinon au jeu amusé de son esprit, qu'il a transformé en un oulil de perversité élégante. Le bien et le mal, la beauté et la laideur, les vices et la vertu, lui paraissent des objets de simple curiosité. L'âme bumaine tout entière est pour lui un mécanisme savant et dont le démontage l'intéresse comme un objet d'expérience. Pour lui, rien n'est vrai, rien n'est faux, rien n'est moral, rien n'est immoral. C'est un égoïste subtil et raffiné dont toute l'ambition consiste à « adorer son moi », à le parer de sensations nouvelles. La vie religieuse de l'humanité ne lui est qu'un prétexte à ces sensations-là, comme la vie intellectuelle, comme la vie sentimentale. Sa corruption est autrement profonde que celle du jouisseur barbare; elle est autrement compliquée, et le beau nom de dilettantisme dont il la pare en dissimule la férocité froide, la sécheresse affreuse '. »