‹ Les timides et la timiditéChapitre 4 sur 89 · Dugas, loc. cit.^ p · texte numérisé non relu

Dugas, loc. cit.^ p

voisins qui ont traversé, au même instant, le champ de la conscience. Il se constitue ainsi une ébauche d'association entre le souvenir de l'émotion ressentie et ceux des circonstances qui ont provoqué, favorisé ou accompagné son apparition. A la première expérience, l'association est encore très faible, comme un fil très ténu. Mais, à chaque reproduction du phénomène, l'association se renforce, pour acquérir finalement la résistance et la solidité d'un écheveau puissant. De telle sorte qu'au bout d'un temps donné les moindres détails des événements qui ont provoqué ou accompagné l'émotion suffiront à en évoquer infailliblement le souvenir.

La persistance de ce souvenir, qui puise son énergie dans les sources de la vie affective, devient dès lors une force, une tendance impulsive ou frénatrice, qui pèsera de tout son poids dans le débat de certaines déterminations volontaires. Même en dehors de la présence redoutée de ses semblables, l'émotion du sujet manifeste encore son existence, en faisant intervenir des motifs empruntés à la mémoire, dans la délibération de certains actes. Ainsi, sans aucune émotion active, le timide subit encore l'influence de sa timidité. Elle agit sur sa volonté, elle dirige sa conduite. Elle détermine chez lui certaines dispositions mentales, qui sont le résultat direct de l'émotion qu'il se connaît, qu'il sait ressentir en face de certaines personnes, dans certaines circonstances. Il se forme ainsi certaines habitudes de penser, certaines façons d'agir, certaines tendances à s'abstenir, toute une orientation

Spéciale des réactions et de la conduite, dont son émotivilé est la seule cause, et qui constituent par leur ensemble une modalité du caractère.

C'est donc à la fois par son émotion immédiate et par , ses conséquences lointaines que le timide se distingue du « non-timide ». Nous appellerons timide celui qui est enclin à s'émotionner dans les conditions indiquées, par la seule présence de son semblable, et dont le caractère subit la réaction de cette émotion. Ainsi, la timidité proprement dite comprend deux parties : l'émotion, l'accès de timidité, puis l'influence consécutive de cette émotion sur la vie mentale, déterminant le caractère propre des timides; ou encore, en d'autres termes, la crise émotionnelle d'une part, l'état mental interparoxystique d'autre part.

Nous aurons à étudier successivement, aux points de vue physiologique et psychologique, l'émotion, l'accès de timidité, et l'état mental, le caractère des timides.

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