Confessions, l" partie, livre IIL
pour crier : A votre gorge, marchand de Paris! je dis : Me voilà. »
M. Ougas attribue ce trouble de l'idéation chez Rousseau à la timidité, mais celte opinion ne me paraît pas soutenable, puisque ce trouble se produit même dans la solitude.
« Cette lenteur de penser, jointe à cette vivacité de sentir, je ne l'ai pas seulement dans la conversation, je l'ai même seul et quand je travaille. Mes idées s'arrang-ent dans ma tête avec la pins incroyable difficulté : elles y circulent sourdement, elles y fermentent jusqu'à m'émouvoir, m'échaufîer, me donner des palpitations; et, au milieu de toute cette émotion, je ne vois rien nettement, je ne saurais écrire un seul mot, il faut que j'attende. Insensiblement ce grand mouvement s'apaise, ce chaos se débrouille, chaque chose vient se mettre à sa place, mais lentement, et après une longue et confuse agitation*. »
Il semble donc que cette lenteur de la pensée ait été un attribut primitif de la mentalité de Rousseau, un défaut natif de son organisation cérébrale. On conçoit que ce défaut, qui enlevait toute vivacité de répartie et tout esprit d'à-propos à son porteur, contribuait pour une part importante à renforcer les effets de sa timidité.
Une autre cause enfin entre en jeu pour exagérer encore cette timidité, c'est l'absence de savoir-vivre et le manque d'habitude des bonnes manières.