‹ Les timides et la timiditéChapitre 43 sur 89 · I. Confessions, 1" partie, livre III · texte numérisé non relu

I. Confessions, 1" partie, livre III

« Si peu maître de mon esprit, seul avec moi-même, qu'on juge de ce que je dois être dans la conversation, où, pour parler à propos, il faut penser à la fois et surle-champ à mille choses. La seule idée de tant de convenances, dont je suis sûr au moins d'oublier quelqu'une, suffit pour m'intimider '. »

« Quoique j'eusse l'esprit assez armé, n'ayant jamais vu le monde, je manquais totalement de manières ; et mes connaissances, loin d'y suppléer, ne servaient qu'à m'intimider davantage, en me faisant sentir combien j'en manquais*. »

Rousseau ne pût d'ailleurs jamais se faire au ton de la société : « Plus j'ai vu le monde, écrit-il, moins j'ai pu me faire à son ton ^ »

Ainsi timidité, lenteur de pensée, manque d'esprit d'àpropos, gaucherie et incapacité de s'adapter aux usages du monde, tels sont les défauts naturels auxquels devait se heurter Rousseau dans le cours de ses relations sociales. Sans doute, ils eussent suffi à l'écarter du monde, à le réduire comme Amiel à une vie solitaire, s'il n'eût été stimulé d'autre part par des impulsions violentes et des passions impétueuses. C'est ici que l'émotivilé excessive de Rousseau entre nettement en action. C'est elle qui le pousse en avant, malgré les freins de sa timidité, c'est elle qui, au moment de payer de sa

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