‹ Les timides et la timiditéChapitre 48 sur 89 · Le Rouge et le Noir, I, p · texte numérisé non relu

Le Rouge et le Noir, I, p

genoux se dérobaient sous lui, et il fut forcé de s'appuyer contre le mur.

« Il était sans souliers. Il alla écouter à la porte de M. de Rénal, dont il put distinguer le ronflement. Il en fut désolé. Il n'y avait donc plus de prétexte pour ne pas aller chez elle....

a Enfin, souffrant plus mille fois que s'il eût marché à la mort, il entra dans le petit corridor qui menait à la chambre de Mme de Rénal. Il ouvrit la porte d'une main tremblante et en faisant un bruit elTroyable....

« Quelques heures après, quand Julien sortit de la chambre de Mme de Rénal, on eût pu dire, en style de roman, qu'il n'avait plus rien à désirer....

« Mais dans les moments les plus doux, victime d'un orgueil bizarre, il prétendit encore jouer le rôle d'un homme habitué à subjuguer les femmes; il fit des efforts d'attention incroyables pour gâter ce qu'il avait d'aimable. Au lieu d'être attentif aux transports qu'il faisait nailre, et aux remords qui en relevaient la vivacité, l'idée du devoir ne cessa jamais d'être présente à ses yeux. Il craignait un remords affreux et un ridicule éternel, s'il s'écartait du modèle idéal qu'il s'était proposé de suivre. En un mot, ce qui faisait de Julien un être supérieur, fut précisément ce qui l'empêcha de goûter le bonheur qui se plaçait sous ses pas. C'est une jeune fille de seize ans qui a des couleurs charmantes et qui, pour aller au bal, a la folie de mettre du rouge ^ »

Page 1