‹ Les timides et la timiditéChapitre 68 sur 89 · Dugas, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Dugas, loc. cit., p

On se rappelle que Cicéron, dans toute la possession de ses moyens, fut incapable de prononcer son discours le mieux préparé, la Milonienne.

Signalons aussi la fréquence des débâcles intestinales, qui obligeaient Sarcey à choisir, pour se rendre à la salle de conférence, un itinéraire sur lequel se trouvaient des maisons amies où il pût se soulager. Aux prédicateurs qui vont faire un sermon dans une paroisse étrangère, on ne manque pas d'indiquer dès leur arrivée la retraite oii ils pourront au besoin donner libre cours à leurs évacuations émotionnelles.

Trac des musiciens. — Chez les musiciens, en plus des symptômes ordinaires, l'émotion produit une raideur des doigts extrêmement gênante pour le jeu délié de l'instrument. Les flûtistes, les pianistes prennent un jeu saccadé, martelé. Pour le violon, où l'exécutant fait sa note, le son a une tendance à monter toujours, ce que j'ai déjà attribué plus haut à la prédominance du spasme des fléchisseurs sur les extenseurs.

Trac far sympathie. — Les artistes, qui ont éprouvé le trac pour leur propre compte, connaissent tous l'angoisse qu'ils éprouvent lorsqu'ils assistent en spectateurs aux épreuves analogues d'un autre artiste. C'est ce qu'on peut appeler le « trac par sympathie ».

Timidité intellectuelle. — M. Dugas admet une forme spéciale de timidité :1a timidité intellectuelle. « La timidité intellectuelle des hommes d'action répond à la timidité pratique des penseurs. On a vu que les penseurs ne se

permettent la hardiesse spéculative que parce qu'ils la croient pratiquement inofîensive, et que cette hardiesse est ainsi plus apparente que réelle. De même l'audace des hommes d'action serait moindre s'ils soumettaient à leur raison leurs motifs d'agir : cette audace repose donc au fond sur une timidité intellectuelle *. »

Je ne puis accepter pour ma part cette attribution du terme timidité à des faits de pensée pure. La timidité est avant tout un phénomène d'ordre émotionnel; je ne conçois pas la timidité sans émotion, et je crois que ce serait une faute de la concevoir autrement. L'étude que nous venons de faire nous présente la timidité avec une physionomie bien caractérisée par des traits assez nets : il n'y a aucun avantage et il y aurait nombre d'inconvénients à étendre la compréhension du terme timidité à des opérations auxquelles il ne convient pas. Telle que nous la comprenons, la timidité doit rester une émotion objective, organique, se manifestant exclusivement à l'occasion des relations sociales; elle ne peut en aucune manière s'appliquer au domaine de la pensée pure.

M. Dugas a commis, je crois, une confusion entre le sens des deux termes « timoré » et « timide ». On peut dire qu'un esprit est timoré, on ne doit pas dire qu'il est timide. C'est le mot timoré qu'il faut employer lorsqu'il s'agit du domaine de l'intelligence : on évite ainsi une

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