‹ Les timides et la timiditéChapitre 87 sur 89 · Dugas, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Dugas, loc. cit., p

2. Cf. Vigny, Journal d'un poète : • Je ne sais pourquoi j'écris? La gloire après la mort ne se sent probablement pas; dans la vie elle se sent bien peu... L'argent? Les livres faits avec recueillement n'en donnent pas. — Mais je sens en moi le besoin de dire à la société les idées que j'ai en moi et qui veulent sortir. »

CONCLUSIONS 2GÎ

Certes, la timidité ne donne pas le talent, mais elle pousse l'artiste dans la voie imaginative où l'appelle son talent. Elle n'est pas la source de l'inspiration, mais elle est la cause occasionnelle de l'art*. »

En vérité, ces explications me paraissent un peu spécieuses et ces compensations insuffisantes. Je ne crois pas que ce soit à proprement parler la timidité qui prédispose aux vocations d'art, mais bien plutôt l'hyperesthésie affective, la délicatesse du cœur, la finesse de l'esprit, dont la timidité n'est qu'une des manifestations sociales. Or on peut être doué d'un cœur sensible, d'un esprit fin, sans être pour cela timide, sans se retrancher du monde et sans s'interdire exclusivement les joies de la vie pratique. Quoi qu'on en dise, les voluptés intérieures du dilettantisme et de la création d'art ne sauraient suppléer entièrement aux satisfactions que procurent l'activité et l'efTort parmi la collectivité humaine. La pensée et le rêve ne remplacent pas l'action et la vie. Et la preuve la plus éclatante, c'est que les plus délicats et les plus nobles parmi les penseurs et les artistes, ont été tourmentés sans cesse par le besoin de jouer un rôle public et de se mêler à l'agitation humaine, comme en témoigne précisément l'exemple des Rousseau, des Stendhal, des Benjamin Constant, des Lamartine, des "Wagner, et de tant d'autres. Sans doute, il est bon d'avoir été timide : mais il est meilleur encore d'en guérir et de ne plus l'être.

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