Stendhal, De l'Amour, p
L'aisance doit être acquise, pour être, non seulement méritoire, mais encore heureuse : la réflexion, c'està-dire le tâtonnement et l'essai de nos forces, doit précéder en nous l'automatisme, j'entends l'activité maîtresse et sûre d'elle-même, mais emprisonnée dans les habitudes ou les règles qu'elle s'est donnée à elle-même. L'assurance doit être la timidité vaincue' ».
On a dit aussi que la timidité conférait en manière de compensation une prédisposition à la culture des arts.
« Si l'on en croit Rousseau, la timidité serait la raison cachée des vocations d'artistes. L'art seul en effet peut fournir au timide le moyen de déployer ses facultés et de donner sa mesure. « J'aimerais la société comme un autre, dit Rousseau, si je n'étais sûr de m'y montrer non seulement à mon désavantage, mais tout autre que je ne suis. Le parti que j'ai pris d'écrire et de me cacher était précisément celui qui me convenait. Moi présent, on n'aurait jamais su ce que je valais*. » La timidité, même développée et chronique, a donc son emploi. L'art offre au timide une revanche : elle lui ouvre l'accès d'une vie idéale supérieure à la vie réelle pour laquelle il n'est point né. En fait, les artistes, et les poètes, les écrivains ont souvent été des timides, témoin Virgile, Horace, Benjamin Constant, Michelet, Amiel et tant d'autres.