Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne Reid
Loin, bicnh'Q, par delà l<> vague* du grand Atlantique, derrière les île» brûlantes de l'Inde occidentale, se trouve une vaste terre du pins agréa me aspeit. A sa vttrtacc s'étend comme un immense tapi, le vert brillant de l'émeraude; le ciel 7 est comme un dais de sa-
E bir; son soleil est semhlale à un globe d’or; cette terre, c’est le psys d'Anahiaac.
Le touriste dirige ses pas eer» l'Orient; le poète pense aui gloires passées de la vieille Grèce, le peintre va demander ses tableaui aui paysages tant de fois reproduits des Alpes et des Apennins, le romancier emprunte à l'Italie les mœurs et les scènes pittoreaques de s» »
bandits, ou bien, comme le héros de Cervantes, retournant de plutieur* siècles < q arrière, il s’enfonce dans les mystères du moyen âge, et entretient les miss romanesques et les apprenties module* de mensongers combat* où se trouvent mêlé* des coursiers fabuleux et des héros impossibles. Pourquoi tous, peintres, poètes, tou-
— A la mémoire do l'homme immortel dont nous célébrons U fête.
rtstes et romanciers, en r»
cherche du pittoresque «t du poétique, ne tournent.' ils pss plutôt leurs regard* et leurs pss vers ce riche et splendide pays?
Ce que personne n’a encore oaé faire, nous allons aujourd'hui l'essayer. Courage Comme le hardi aventurier génois, dirigeons notre esquif sur les vagues de l'Atlantique, traver.ons les archipels américains et tout li-has abordons A la terre d’Anshuac. Osons essayer de débarquer sur ses côtes, de pénétrer dans la sombre horreur de ses forêts épaisses, de gravir ses montagnes élevées et de traverser ses vastes plateaux.
Suivex-nous, touristes, ne craignes rien. Devant nous vont bientôt se dérouler des scènes à la fois pleines de grâce et de majesté. Poètes, vous y trouverex une nature qui inspirera vos accent*; peintres, il y a là pour voa pinceaux de fraîches et hrillanlescoulears qui semblent à peine échappées de la main de Dieu; écrivains, il y a U pour vos livres bien de* récits qu'aucune plume humiine u'a encore racontés, bieu des légendes d'amour et de haine, de reconnaissance et de vengeance, d'hp-
LES TIRAILLEURS AU BfEXIQUE.
poerisie e» de fnrehise, de noble* vertu» et de crime» ignoble», des téetodei émouvante» comme des romans, réelle» comme 1a vérité.
Nous continuons à gouverner »ur le grand Atlantique, à travers le» archipel» de l’Inde occidentale , en avant, toujours en avant, fers le» cite» d'Anahoac.
L'aspect de cette terre est contre un riche tableau ob les scènes *c multiplient et varient comme les nuance» de l'opile. Rien de ravissent comme le spectacle qu'offrent ce» brillant» tatilcaUl. Ici , ce ront des vallées qui semblent vouloir t'enfoncer dans le» CBlftilll* de la terre ; U, ce «ont des monisgoes qui élèvent jusqu’au ciff) UîlTf jnt» sourcilleux, plut loin ce sont de» plaine» qui s'étendent sut limites de i'horison jusqu'à ce que le bleu du ciel se mêle et se confo|d« avec les ligues indéterminée» de leurs indécises limites. Ail- If en», c'est un paysage bérisaé dr monticule» tans nombre qui présentent à l'oeil l'aspect des vagues nombreun-» d’un océan de verdure.
Hélas! la parole est itnpnissnnie à donner une idée de ce tabln-u, et la clame ne peat que bien imparfaitement retiacer les sensations s ta fMS sublimes et profonde» que produisent sur l’esprit du spectateur la vue des larges vallées ou celle des bsutns montagnes du Mes que.
Bien infructueux sans doute aeront mes effort», pnuri. nt je n’rn vent pas moins eaa «yer de retracer de mémoire quelques imparfaites esquisses, un panorama des tableaux au» »ont déroulés »ous mes jtux pendant un seul voyage.
Je suis sur 1rs rôle* du golfe de Mexique; les vantes viennent mollement s’abattre à me» pieds sur uue grève de sable autsi blanc qUO l'argent. L'onde est pure et transparente; rien ne trouble l’axur d« »e» Oui», si ce n'est, d 'espace en espace, Je» blancs flocuns d'écume q et s'attac hent autour des récifs dr rorril.
Mes regards se portent vers l’e»t. Bien hu delà de la portée de ma van s’étend une mer pairible dont le magnifique aspect semble invltnr k la navigation. Mais où sont les aile* blanches de» inrssager» di| commerce v A peine si j'aperçois l'esquif solitaire d'un sauvage tteador liitianl à la surface de l'eau sa trace fugitive, ou quelque omble poiacta occupée à jeter sur la cote son chargement dr contrebande. Une pauvre pirayua e»t à l'ancre dans une crique voisine, c’e»t là toetl Me» yeux et ui» Icngue-vue oui br.m interroger l’e*peMj^dcvtne entre voile ne parait a l'horizon. l a mer qui déploie dèvtnt moi sa magnifique étendue est une route encore inconnue au nevire» du commerce.
PWfc absence de voile» ramène ma pensée sur la terre d'Anabuac et sur ses babiunts; l'idée que j'en prends n'est favorable ni à leur élit moral ni à leur état matériel. Il ne doit y avoir la ni commerce, ni industrie, ni prospérité. Mai» je m’arrête. Qu'aperçois- je plus loin?... Si.... Un objet d'nne couleur sombre, semblable par la forme à mie tour, *e dessine » l’benxon. C'e»l la fumée d'un steamer, signe certain d’une civilisation avancée, emblème d’une vie active. Il s’approche de la eête... Ah! un pavillon étranger!... Oui, le pavillon d’une antre terre se distingue sur son couronnement, ce »ont des conteurs étrangères qui flottent à sa force d'at timon. Le* visages qui paraissent au demis de ses bastingages ont aussi le type étranger, et c'nt dans an idiome étranger aussi que le commandant donne se» ordres. Ce bâtiment n’aopariient point à ce pays, ma première conjeeture est Juste.
Il fait route pour le ptiaefpal port. Il jette b terre quelques paquets de lettres et de papiers, un petit nombre de marchindises et une ietui-douxaine de malheureux que la fièvre dévore; puis il retourne sa proue, tire un coup de canon et reprend aa route, liientdt il disparaît dans le vague de l’Océan. Le» flot» ont repris leur silence et rr solitude, et si quelque chose trouble encore l’aspect monotone 4 leur surface brillante, c’est le vol du gigantesque albatros ou le \ySgeon de l’orfraie de mer
Mes regards se porteui ver» ic nurd. Luc tciiuuiu tic tJilt blanc maure la mer axurée. Je me tourne vers le aud, et je distingue de je côté une ceinture de la même espèce. Des deux côtés, aussi Joiu |ue la vue peut s'étendre, et à des centaines de mille» an delà, c'est toujours un large ruban d’argent qui sert de limite à la mer du Meti- ]ue. C'rtle bande blanrhe forme une ligne de démarcation entre l'eau ni trimes de lu<q»oise et les foré u aux couleurs d'émeraude. Toutefois, cette large bande est loin d’offrir cette surface unie, caracWf* ordinaire aux plage» de l'Océan; au contraire, ce rivage, que des millions d'ato mes brillants font resplendir aux rayons du soleil do ttapique comme une ea ir '»'e étincelante, tourmenté constamment par l'aile des venta, s’est creusé en vallée* profonde* ou formé en liantes collines qui s’étendent çà et ls dan» toute* les direction* et présentent à l'ttil élonnfaMspecl d'un chaos de neige.
Je m’avance avec peine cette côte si stérile, que (( -André plante n'y saurait trouver sa nourriture; je parcours ces vallées montantes , enfonçant et trébuchant à chaque paa; j’esaaye de gravir ces collines de sable à l'aspect étrange et fantastique, tantôt semblables à des dômes, tantôt taillées à pic, d'autrefois aussi coupées en pla- Cètu. On 'dirait que le vent a joué avec ers masses énormes comme on rnfanf qui se serait amusé a uaanr l'argile d'un potier, il y h là é’Mnn'Cascs bassins, semblables à des cratères do volcan, formés par
quelque tourbillon , de» vallées aux abîmes profonds qui s'enfoncent entre de hautes muraille* dr sabir, coupées la plupart du temps à pic. cl parfois aussi surplombant le précipice comme dus voûtes à moitié détruites.
L'espace d'une senle nuit, un coup de baguette magique suffisent iMiur changer de fond en comble l’aspect de ce singulier paysage. Si Le vent du nord est le magicien : a’il souffle, tout e»t bouleversé; oh la vrille il y avait une vallée le lendemain s'élève une oolline,c> l'abime du soir est remplacé par la montagne du malin.
Je monte sur le sommet de ers montagnes de sable , et je frissonne sous la froide haleine de la brise du golfe. Je descends dans 1rs vallées, et je suis brûlé par un soleil du tropique. Dca millier» de cristaus réfléchissant autour dr moi la lumière et la cluleur de ses rayons, mes yeux en sont éblouis, ma cervelle en bouillonne. Plut d'un voyageur, dan» ces conditions, a péri victime d’une insolation.
Voici venir le terrible norlé. Voyez! là-bas du côté du nord, l'LurÎ 2 ori change tout à coup ; l'aaur du pavillon céleste se transforme cl une couleur sombre et plombée. Le tonnerre, avec sa grande voix cl se> langues de feu, annonce le changement de température; en son ahaence , d'ailleurs, mes »en» suffiraient pour m'en avertir. L'atmosphère brûlante qui m ‘accablait il n'y s qu'un moment »’e*t métamorphosée comme par enchantement en une brise piquante dont l’haleme glaciale gerce la peau de mon visage et occasionne dans tout mon corps un trembleaicnl involontaire. C'est la fièvre que ces nuages por ent dan» leurs flancs, et cette fièvre nat U mort; son nom , c'est le Vi/milo.
La brise augmente, elle est devenue an vent Tiolent; maintenant c’est une tempête. Soulevés par son souffle impétueux, les sables volent de tous côtés, des nuage» épais obscurcissent la lumière du ciel, de» tourbillons immenses roulent dans l'espace, s'élevant et s’abaisaai't tour à tour au gré du fléau qui le» pousse, Impossible de rien voir, impossible de respirer, «?*e»t un véritable simoun. Si j'osrit me lever de terre, je serais infailliblement aveuglé par la poussière et percé dans tout mon corps parlas myriades d’atomes aoguleux que le vent à mises en mouvement.
Le norté dure des heure» entières, quelquefois même il règne pendant plusieurs jours, puis il s’éloigne comme il est venu, sans cause apparente, sans transition, et va iaire sentir plus au sud les effets du ta terrible influence.
Sou passage a singulièrement modifié l'aspect de la xonc de sable, tout y e*t changé. Bien des collines ont disparu, et, à la place où elles s'élevaient, de* vallées profondes ont été creusées.
Telles sont les côtes d’Anahuac, ces rivages de la mer du Mexique, *an» commerce et presque sans port. Ce n'est qu'une vaste étendue de sable, mais cependant elles offrent à l'ail un aspect imposant et un cachet de pittoresque d une incontestable bea\«é.
Maintenant, a cheval, et en avant! disor: c ü*TJ nos ft.ts bleus du golfe.
Noua avons traversé la ceinture de subi » qui s'étend le long de la côte , et nous voici cheminant sous les ombragas épais des forêt» d la Vera-Crux. C’est bien là une forêt du tropique. La forme d feuilles, leurs bnllautes couleur», leur variété, tout lé révèle. L’n se repose avec bonheur sur un feuillage où loi tes les nuances vert se fondent avec les riches couleurs de l’or. Voici l'arbre e baumé d'où découle une cire odorante; voici les décos du mij lia et les feuilles gigantesques du bananier. A côté s'élève la ü* élancé du palmier, cet arbre élégant disposé par assise* comme t> colonne, et qui semble supporter la voûte du ciel. La vigne parasita mêle sou feuillage à celui de» arbres qui lui servent d’appui, et l<*t lianes géantes s’élancent d'un tronc à l'autre en se tordant autour de leurs branche* comme autant de monstrueux serpents. Là se rencont-r à chaque pis la tige flexible du bambou; à ses côté* croissent d i normes fougères. Quelque part que le regard se porte, des fleurs aux corolle» épanoui es viennent réjouir et fl .lier I» vue. Parmi ce» fleur . je distingue surtout celles de l’arbre du tropique, les pétales de I.» vigne écarlate, et Us longs tubes du l»gnt»»»« semblables à des trompette».
Cette Woreqm m'entoure a ponr moi tout l’attrait de la nouveauté; )’adœire le port élégant du pàlma rial, dont la tige s'élève sans aucune feuille jusqu'à plus de cent pied» de hauteur; sa têie est couronnée par un vaste pan toi de feuilles légères comme des plumes que le moindre souffle de la brise suffit pour agiter doucement. A se» pieds je trouve sa compagne inséparable, la canne de l'Inde, petit iimit-r dont le tronc mince et t'hnmble stature contrastent admin»lement avec le» proportion» colis ale» de son noble protecteur. Non loin de U j’admire aussi le corcïo, outre genre de palmier royal, dont le magnifique feuillage s'étend au loin et se recourbe en voûte gracieuse comme pour protéger contre le soleil les noix rondes qui pendent en grappes à l'extrémité de scs branches. Voici maintenant l'oba- IMOT avec ses énormes feuilles taillées en forme d’éventail, le pilinie à cire d'où découle un suc résineux , et le pirnjao avec aon trône rugueux et se» énormes régime» de fruits dorés. Je voyage à cheval en lu cours d'un boisseau sur les bords duquel s’élève ans