‹ Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne ReidChapitre 2 sur 47 · LES TIRAILLEURS AO MEXIQUE · texte numérisé non relu

LES TIRAILLEURS AO MEXIQUE

gracieuse colonnade formée par les moricAés (roceus maurilia), ces arbres au port ai noble et au fruit ai savou^ut, que 1rs premiers missionnaires. dans leur enthousiasme d'admiration, l’argent nommé le pain de vie (pan de vida).

Je contemple avec étonnement les fougères qui croissent de tous côlés, créatures étranges du monde végétal! Sur le sol de ma terre natale, elles atteignent à peine la hauteur du genou; dans les forêts du Nouveau Monde, ellea rivalisent avec les palmiers par la majesté dr leur suture, et comme eut elles portent è leur sommet un psnncbe ondoyant de longues feuides recourbée», semblables par la forme aoi plumes arrachées à l'aile de l'autruche.

J'admire le magnifique mammé, dont le fruit ovale renferme une pulpe ufranée.

Je m’avance à l’ombre dca branches loufTues du moaqani, et J'observe en passant ses feuilles ovales et pennées qui carbcnl de grosses capsule* en forme é/mf gonflées par la semence reproductrice. A chaque pas que je /sis le soleil ardent du tropique, perçant la vuftte du feuillage, vient se jouer sur la verdure et sur les fleurs; celte végétation luxuriante, illuminée de ses brillants rayons, offre de tous cùiéa aux regards des couleurs non jnoins riches que celles de l’arcen-ciel.

On ne aent point de vent, et c'est 4 peine si la brise a assex de force pour faire osciller légèrement les feuilles supérieures des arbres.' Tout un peuple brillant d’oiseaux agitent scs ailes en volant à travers les arbrrs. Les tanagres an plumage éclatant, lea trogons resplendissants, les bavarda loriots, les toucans au gros bec s'y trouvent \élé* avee le* oiseaux abeilles fies trorhilis et les colibris). Les rayons du soleil, en tombant sur leurs brillants plumages, en font encore rassortir les couleurs éclatantes; ils resplendissent comme des pierres précieuses.

'L'oiseau charpentier (le grand pie) frappe de aon bec le tronc creux d'un magnolia; la rude écorce résonne sous ses coups, et de temps à antre le travailleur emplumé s’interrompt pour jeter ce cri strident comme une note de clairon qui dénonce sa présence à plus d'un mille de distance.

Sous l’ombre des arbres qnl bordent le ruisseau le curasaow huppé sautille et voltige, tandis que le superbe turkey de Honduras étale dans une clairière aus rayons du soleil les couleurs métalliques de son riche vêtement.

Je vois s'enfuir devant moi le gracieux roé (cerrus mertcanui), qu'ont effrayé les pas de mon cheval. Sur la rive le caïman rampe paresseusement, ou bien plonge dans le fleuve pour aller cacher dans les eaui la laideur de son corps difforme. Non moins hideux, l'iguane, reconnaissable à u crête dentelée, ae glisse en rampant le long d’un vieux tronc d'arbre ou suit U branche tortueuse de quelque énorme liane. Le lézard gris traverse le sentier. Caché 1 la naissance de quelque branche, le basilic darde au loin son regard perçant. Le geckolin ■ la morsure vénéneuse court ! travers les feuilles sèches il la poursuite de quelque insecte, tandis que le caméléon saute de branche en branche e * * 5 ffor ce, en changeant de couleur, de tromper et de fasciner scs victimes.

Les serpents se rencontrent à chaque pai. Çi et U ce sont d'énormes boas ntt des macaureU presque aussi gros enroulés autour des ar- ■ r *s. Plus loin le serpent tigré se dresse sur sa queue cl montre en sifllartt sa lête menaçante. Le eascabcl dort au soleil, enroulé comme un elblej le serpent corail déploie sur le »ol les replis de son corps rayé ronge et noir. Ces deux dernières espèces, nueique bien inférieure* par la force au boa, sont cependant plus a craindre encore, et mon cheval se rejette brusquement en arrière chaque fois qu’il aprrçoit le premier briller à travers les herbe* ou qu'il entend Je second annoncer sa présence par un sifflement aigu.

Les quadrupèdes et le» quadrumanes peuplent aussi ces forêt*. Voici le singe ronge qui s'enfuit il l’approche du voyageur et s'élance sur un ai !»re, «u il saute avec agilité de branche en branche. Le grarieux ouistiti joue innocemment a travers le feuillage; tandis que le féroce tambo remplit le bois de ses cria, qui ae rapprochent de U voix humaine.

A quelque distance le jaguar est couché dans une jongle impénétrable. Au repos pendant tout le jour, il ne déploie son activité que pendant la nuit et ce n'est guère qu'aux rayon* de U luue qu'on peut entrevoir an robe mouchetée. Si je le rencontre parfois pendant que le soleil brliie au-dessus de l'horixon, c'est qu'il a été chassé de son repaire par des chient mi* à sa poursuite. Üana le fourré dorment •us»! l'once, la panthère et le lynx, et de temps 4 autre j'npe<çois le lion du Mexique couché sur quelque branche horizontale; il y guette en silence le cerf timide, sur lequel il médite de s'élancer au passage. Pour moi, je me détourne prudemment de ce redoutable veilleur.

La nuit arrive, et tout change d'aapect. Les oiseaux au brillant pluma' e, perroquets, toucan* et trogons, diaparaixaent juaqu’au matin et laissent à d’autres créatures aHées la possession du royaume (le l'air. Parmi les nouveaux venus qui leur succèdent, beaucoup portent avec eux la lumière qui leur est nécessaire pour se guider au milieu des ténèbre*. Tels sont les cocuyos, dont le corps, éclairé d’une lueur uluisphorescente, ressemble à un globe d'or frappé des rayons du *o- •oil, ou mieux encore à une lampe brillante. A les voir parcourir les

airs, on dirait autant d'étoiles en mouvement. Tels sont aussi les fpiTanilot : la femelle, insecte privé d'aile*, est semblable au ver luisant; elle s'«ttarhe aux feuilles des arbres, tandis que le mile, possesseur d'ailes légère*, voltige autour d'elle et la courtise h la manière dont Jes papillons caressent les fleura. Mais, hélas! l'éclat de ces brillants insectes est trop souvent la cause de leur mort. Il sert 1 révéler leur présence à leurs eruels ennemis l'oiseau de proie, le hibou et la chauve-souris.

Le hideuz vampire étend dans l'ombre ses larges et sombres aiic et fournit sa modeste carrière eu tournant incessamment sur lu# ■ • même, tandis que la grande lechuta (sfryae merfoMM), sortie du ereui ] d'un tronc d'arbre, fait entendre se* cris rffnysnis, semblables al I râlement d'un homme qu'on étrangle. Voici maintenant les hurle* ment du enugnr et les accents féroce* du tigre du Met-que. Le cri | strident de l'alouate se mêle t l'aboiement du chien loup, tandis que j du fond des marais le crapaud confond les accents de ta voix gutturale avee le coassement de !■ grenouille.

Kndant l.i nuit les p»rfuo»s sont moins vifs, et l'arome des fleura se trouve souvent absorbé par les fétides odeurs que répand autour d'elle l’infrcte c hinga; car c’est l'heure oh ce singulier animal quitte ■a retraite et parcourt les bois.

Telles sont les particularités les plus saillantes que présentent aux yeux du voyageur les forêts tropicales situées entre le golfe et let montagnes du Mexique. Malgré ce que nous venons d'en dire, il ne faut pas croire que ce paya soit tout à fait inhabité. Quelques partie* sont cultivées, et l’on rencontre, quoiqu'h de grandes distances, deo j établissements agricole*.

La forêt s'ouvre, et tout à coup 1* décoration change. Devant moi s'étend une plantation. Au milieu s'élève l'habitation (hacienda) d’on riche propriétaire, un rïco. Les champs qui entourent sa demeure sont cultivés par ses serfs ou péoni,qui travaillent en chantant; mai* triste* sont leurs chants! Leur voix est pleine de mélancolie : c'est U voix d’un peuple esclave.

Pourtant la nature autour d'eux est pleine d'animation et de joie. Tout y semble heureux, excepté l'homme. La végétation »*y déploie avec une force et une nchesic admirables, l-e* fruits et les fleurs se confondent sur les mêmes plantes et le* mêmes arbres : l'homme est le seul qui souffre au milieu de toutes ces splendeurs.

Le* champs sont traversés par un ruisseau au cours sinueux, dont les eaux limpide* et fraîches proviennent des neiges fondues de l'Orizava. Sur ses bords heureux poussent le palmier, le cocotier et le Kupcrbe bananier. Près de !k de* jardins élégants et de riche* vergrr* sont ornés de tous les fruits des tropiques. Voici l’orange an globe d’or, le limon doux, la magnifique pamplemousse et la gojave au suc rafraîchissant.

Je me promène sous l'ombre de Taguaeate, et je cueille en passant le fruit succulent de la cberimolle. La brise eu passant sur ce* champe fertiles charge ses ailes du parium du café, de l’indigo, de la vaaill*

! et du cacao; et, de quelque côté que je regarde, je vais les feuille j lancéolée» de la canne i sucre briller sous les rayons du soleil, tandi»

I que son aigrette d’or s'agite au souffle de la brise.

| Les champs cultive* du tropique ne sont pas moins beaux à l'eetl ! que ses forêt.» vierges.

Je coutinue à m’avancer dans l'intérieur des terres en m’élevanl graduellement au-dr»su$ du niveau de la mer. Déjà ce ne sont plus des routr» horizontale* que je parcours, ce sont de* sentier* appliqué* aux fl, net de* mon u g ne* ou docnutanl presque à pic dau» les profondeurs de* vallée* et de* ravine . Le sabot de mon cheval n'enloncc plus dan* le sable ou dans la terre d'alluvion; au contraire, il ré^mnern frappant le* rochers de porphyre. Le paysage a changé autour de moi, ]a mite en arène n'est plus la même ; tout, jusqu’à l’atmosphère qui m'entoure, est entière meut différent. I,a température a ron idérableinent baissé , sali* être pourtant descendue jusqu'au froid. Je tui* toujour* dans celle partie du pays qu'on appelle Pied Mont ou lî errai cahcnles. Ce n’e*t que plus haut que je dois rencontrer le* tierras IttnplaJas. Elevé seulement de nulle pieds au-dessus de la mer, je n’ai encore atteint que le pied des Andes septentrionales.

Quelle métamorphose ! Il y a une heure h peine que j’ai quitté la plaine, et pourtant, à la vue de tout ce qui m'entoure, je crois être transporté dans une terre tout 4 fait différente. Je m'arrête sur une place découverte ; rues jeux se portant de tous côtés, mon étonnement redouble k chaque instant.

Ici la végétation est moins puissante, l'herbe est moins épaisse, le* feuilles mois* fournies, les taillis moins fourrés. J'aperçois des collines presque entièrement dépouillés d'arbres. Les palmiers ont disparu, mais à leur place s’élèvent d'espace en espace des végétaux qui leur ressemblent sous certains rapporta : ce sont en effet let patluiers de la montagne. J'aperçois le grand palmelto avec son feuillage en éventail; le yuca, dout les feuilles sont semblables « des baïonnette*. Cet arbuste, peu gracieux mais pittoresque, ses grosses capsule* pleines de graines, donne au paysage un caractère tout particulier. Voici à côté Fsloès pila avec sa fleur en forme de plumet et ae* feuilles armées d'épines. De tous côtés j’aperçois des cactus aux formes étranges, le cactus cncUinéal, le tuna , l'ocuntias, te grand cactus foconoxtle et 1e ptlahaja, élancé comme la flèche

d'an clocher gothique et garni de tous rAtés par de» sortes de bra» qui lui donnent l’apparence d’un candélabre gigantesque. Autour de moi de» centaines de plante» grasses, singulières ou informe», rampent à la surface de la terre, ou s’élèvent de quelque» pieds seulement au-dessus de la surface du sol.

Plus loin voici le» cardonals et les mimosas; h côté s’élève cet arbrisseau curieux nommé par la acienee mimosa fruttKtns , dont la sensibilité est si vive qu’à mon approche il reploie ses feuilles sur jlles-mème* et ne le» ouvre que torique je me suit éloigné.

Cette région est la terre favorite de l'acacia. Cet arbre pousse de toutes parts, et forme, avec ses branches entrelacées et ses épines, d’impénétrables fourrés connus dans le pajs sous le nom de chapparaL

C'est an milieu de ces fourrés que poussent le caroube à miel, J'algarobo, le mrtquite épineux et plus remarquable encore que tous ecs végétaux la fauquiiro splende ru, dont les tiges élancées et garnies an sommet de grappes de fleurs rouges présentent de loin l’aspect d’une bannière déployée.

A cette hauteur, on trouve moins d'animaux que dans le» régions inférieures ; cependant cette terre n'en est pas entièrement dépourvue. La cochenille vit et meurt sur la feuille du cactus; la grande fourmi ailée attache sou nid d'argile aux branches de l'acacia ; le fourmiller, accroupi sur la terre, tend, comme un filet, sa langue gluante sur le chemin que doivent parcourir les insectes pour rentrer dans leurs demeures; l'armsdille au pelage rayé se réfugie dans les trous de rochers, ou se roule en boule pour échapper à la poursuite de tes ennemis. De grands troupeaux à demi sauvages broutent l'herbe des clairières, ou descendent la colline pour gagner quelque ruisseau, tandis que le vautour étend ses ailes dans le ciel, cherchant de l'asil quelque proie sur laquelle il puisae s'abattre.

Ces lieux ne sont point non plus entièrement abandonnés par l'homme : il y a porté son industrie. Ça et là s'élèvent la hutte du péon oo le roncAo du petit propriétaire- Ces constructions sont plus solides que celles de la région des palmiers. On y a employé la pierre. Là aussi se rencontre la demeure du rico, l 'hacienda avec ses murs blancs et ses ouvertures serobLbles à des fenêtre* de prison. De distance en distance, je rencontre un petit village (pueblita) avec son église en croix et son clocher peint de vives couleurs.

Le blé indien a remplacé la canne à sucre. Je traverse aussi de grands champs plantés de tabac. C’est là que se trouvent également le jalap, le gsyac, le sassafras odorant et le salutaire copahu.

Je m’avance toujours, tantôt escaladant des collines, tantAt descendant dans Je barranca , sortes de ravines creusées par les lits des torrents. Plusieurs de ces barranca» ont jusqu’à mille pieds de profondeur, et la roule qu'il me faut suivre pour pénétrer entre leur» flancs n’est le plus souvent qn’nn étroit sentier bordé d’un cAté par un rocher à pic et de l’autre par un torrent qui mugit au-dessous à une distance effrayante.

C’est en voyageant de la sorte que je traverse la région qui s'étend au pied des montagnes et que je pénètre enfin dsns ces montagnes elirs-tnémes par un défilé des Andes mexicaines.

La gorge que je suis, couverte de bois épais et sombres, est surplombée de chaque cAté par des masses de porphyre bleu. Je parviens enfin à la traverser, et je débouche de l'autre côté de la sierra. Un tableau d'un nouveau genre vient alors se dérouler à mes yeux.

Autour de moi tout est si calme, si par et si agréable, que j’arrête mon cheval et que je regarde avec un sentiment d’admiration moins encore peut-être que d’etonnement. J'ai devant moi une des volUe* du Metique, grands plateaux situés au milieu des Andes à plusieurs milliers de pieds au-dessus du niveau de la mer. et qui s'étendent du centre de ces montagnes presque jusqu’aux côtes de l’océan Arctique.

La plaine qui se déploie à mes yeux est unie comme une glace ou comme la surface d’un lac; des montagnes l’environnent de toutes part*, mais ces montagnes sont percées ç* et là par des défilés qui conduisent à des vallées de la même nature que celle que j’examine. Des mamelons s’élèvent brusquement dans la plaine et sans transition : tantAt ce sont de grands cônes, tantôt des murs coupés à pic dont le faîte se perd dans la nue.

Je parcours cette plaine et j'en examine les détails. Rien n’j ressemble à la région que j’ai laissée su-dessous de moi, la (terra caeienle. Je suis maintenant dans I* tierra Umplad a Les objets qui *rsppeot mes yeux, l’aspect général de la nature, .atmosphère qui * .environne, tout est changé, tout est nouveau. L’air est plus frais, /on jouit ici de la température du printemps; mais je sors d'une région plu» chaude, et la transition subite me fait éprouver une sensation de froid : je rapproche autour de mon corps les plis de mon manteau.

Bli vue découvre an loin le p-ys, car la vallée esl presque sans arbre*. Je ne tarda pas à y reconnaître des traces de culture ; la civilisai ion se révèle partout, ees hauts piateaus, les (terras tempiaJas, sont le siège de U civilisation mexicaine- C'est U que se trouvent les villes , le» grande» cités, les riches couvents et les superbes cathédrales; là que la population se presse en masses plu» serrées. Csat dam ces campagnes qa'on rencontre les ranebos construit

: en briques crues (adobi I ) ; c'est là sussi qu’on trouve de» villages entiers de esbanes en terre, entourées la plupart par des haies de cactus et habitées par les descendants basanés des anciens Astèques.

Partout s'étendent des champs fertiles. C'est là que l'agave atteint •*» gigantesques proportions et que le maïs couvre des plaines entière» de ses épis jaunes, qui , lorsqu’ils sont agités par la brise, of- ; frent aux yeux l’aspect d'une mer aux flots d’or. Le froment t croit i avec abondance à côté du piment et de la fève d’Eapagoe; la rose présente de tout côté u corolle embaumée : elle tapisse les nun et décore le portail des maisons. Celte terre est encore le sol natal cl favori de la patate douce.

Dans le» vergers, les branches des arbres s’affaissent sous le poids des poires, des grenades, des coings, des pommes et d’autres fruits savoureux. Par une heureuse confusion, les graines des tones tempérée» poussent à côté des eucurbiiacées du tropique.

Je quitte cette vallée, et je passe dans une autre en traversant une gorge de la montagne. Le spectacle n'est plus le même; pourtant il n’ett pas moins attrayant. Je suis maintenant dans un vaste pâturage que couvre une herbe luxuriante et où paissent des troupeaux innombrables sous la conduite de vaqneros à cheval.

Je traverse un antre défilé. 'Nouvelle vallée, nouveau tableau. C’est un désert de sable. A sa surface se dressent de sombres colonnes de poussière, gigantesques fantômes qui semblent se mouvoir sous le souffle de quelque génie.

J'entre dans une autre vallée, et mes pas sont arrêtés par une vaste nappe d’eau. À mes pieds s’étend un lac grand comme une mer intérieure. De vastes savanes forment ses rive». Sar ce terrain marécageux, les joncs et les roseaux poussent en abondance.

Plus loin, c'est encore une plaine; mais on n’y trouve ni eau, o végétation, ni fraîcheur. La lave et les scories ls couvrent seules. C'est une surface désolée, où l’on ne voit ni arbres, ni plantes, ni rien qui rappelle 1a vie.

Tel» sont les traits principaux mais incomplets qui caractérisent cet grand* plateaux, théâtre de scènes uns cesse nouvelles et tonjours pleines du plus puissant intérêt.

J'abandonne cette région pour m'élever plus haut encore. Chaque pas que je fais me rapproche des nuages. Je gravis les flancs escarpés des Cordilières : j'arrive enfin à 1a région froide, tierra fria.

Me voici maintenant à dix mille pieds au-dessus du niveau de l'Océan ; je voyage à couvert sous l'ombre d’une épaisse forêt. Les arbres gênent ma vue et m'empêchent de distinguer à une grande distance. Où suis-je? Certes, ce n’est pas sous le tropique, car je reconnais autour de moi la végétation des pays septentrionaux. Voici le chêne avec ses branches noueuses et ses feuilles découpées, le frêne à l’écorce blanche , le pin à la forme conique.

Le vent gémit à travers les feuilles mortes, et son baleine me fait frissonner; les branches dépouillées se choquent entre elles : ce sont bien là les bruits de l'hiver. Cependant je suis toujours sous la zone torride, et ce soleil sans force, dont les rayons se font jour à travers les branches de chêne , est le même qui me brûlait il y a quelques heures à peine quand je voyageais au milieu des palmiers.

La forêt cesse, et je me trouve au milieu de collines cultivées : ce sont des champs couverts de chanvre, de lin et de céréales assez vi-

E u reuses pour résister aux frimas des zones froides. Le ranebo du joareur est une cabane en bois couverte d’un toit de tuiles ; il est tout à fait différent , par l’aspect, de celui qu’habite le cultivateur des grandes vallées ou des tierras ealieotes.

Je passe au milieu des fourneaux fumants du carbonero et je rencontre l'arriero avec son atajo de mules pesamment chargées de glaces enlevées au sommet des montagnes. Ce sont des cargaisons destinées à rafraîchir le vin dans 1a coupe des habitants des grandes villes de la plaine.

Je monte, je monte toujours. Les chênes sont laissés loin derrière moi ; je ne trouve plus que le tronc rabougri des pins nains. Le vent devient de plus en plus froid, l’aspect de l'hiver m’environne.

Je monte encore. Les pins ont dispara ; aucuns végétaux ne s'offrent à mes yeux , si ce n’est pourtant les mousses et les lichens qui pendent aux rochers. On se croirait dans les terres arctiques. Je suis arrivé dans la région des neiges éternelles. Mon pied foule les glaciers , j'aperçois des lichens qui ont poussé dans les fissures de leurs masses transparentes.

Tout est glacial et désolé. Je me sens gelé jusque dans la moelle des os.

Plus haut , plus haut ! je n’ai point encore atteint le sommet. A travers les neiges imoncclées, sur la snrfaee des champs glacés, le long des pics escarpés et rugueux, avec des abîmes à mes pieds, le» genoux tremblants, la poitrine haletante, les doigts crispés par le froid , je m’avance encore, je monte toujours. Ah! enfin j’ai atteint mon but, je sais tout sa haut.

Me voici sur le sommet de rOrixava, — la montagne de l'Etoile brûlante, — à plus de quatre milles au-dessus du niveau de l’O.éan. Le visage tourné vers ( orient , je regarde en bas. La neige, la ceinture de lichens et de rochers- la région des pins, celle des chênes, les

champ* d’orge, le plaines de maïs, lea taillis de yucas et d’acacias, la forêt de palmiers, la côte et la mer elle-même avec ses rayous d'aiur, tout m’apparait à la fois. Ou sommet de l’Orixava aux côtes du Mexique, j'embrasse d’un seul regard tous les degrés d’un immense thermomètre ; je suis au pôle, je distingue jusqu'à l’équateur.

Je sois seul... Le froid a gagné jusqu’à ma cervelle , les mouvements de mou pouls sont irréguliers, les battements de mon cœur se font entendre au milieu du silence, je suis écrasé par le sentiment de mon propre néant, je me sens un atome à peine visible sur la surface lu globe terrestre.

Je regarde et j’écoute. Je vois, mais je n’entends pas. D’ici, la vue est immense, mais le bruit n’arrive pas jusque-là. Tout autour de moi Signe un imposant silence. C’est le silence sublime du Tout-Puissant, dont la majesté seule habite ces déserts.

Ecoutez ! Quel bruit affreux vient tout à coup rompre ce silence ? Serait-ce le roulement du tonnerre ? Won, non ! ce sont les craquements affreux de l’avalanche. Je frémia à ce bruit. Est-ce la voix de Pin visible, est-ce donc un avertiaaement de Dieu ?

Je tremble et j’adore.

Lecteur, ai vous pouviez gravir le sommet de l’Orisava et regarder de là les côtes du Mexique te déroulant à vos pieds, vous auriez devant vont, comme sur une carte, la scène du drame que je vais essayer de vous raconter.

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