GOTTLIEB
Donne aussi un linge, Louise, qu'a ne s'abîme pas. Ah ! non, non, une p'tïte machine, qui coûte si cher I {Il a des larmes dans les yeux pendant qu'il enveloppe la cuiller).
tOJISE
Si c'était à nous, on pourrait' en viv' plusieurs semaines.
LiE VIEUX HILSE
J'te conseille ed'dire qué'que chose. Y manquera pus qu'çal Qu'a disparaisse, c'te cuiller du diab' ! que j'ia voye pus ! [Gottlieb sort, en emportant la cui»' 1er]
GOTTLiEB, est de retour tout hors d'haleine. Il s'arrête un instant dans la salle du fond)
J'ies ai vus, j'ies ai vus ! (à une des femmes qui écoutent) Y sont là (Sur le seuil de la porte) : Y sont là, père, y sont là. Yz'ont des perches, et des piques, et ^ des haches ; y sont déjà chez Dietrich, à faire les quat'cent coups ! j'crois ben qu'y s'font donner tout son argent. Seigneur Jésus, quoi qu'y va arriver ! j'ose pas'y penser. Tant de gens, et tant, et tant ! S'y tombent su'les fabricants, c'est pas possib^, y sont fichus !
LE VIEUX HILSE
Pourquoi qu't'as couru comme ça ? tu finiras par rattraper ton ancienne maladie, qui te r'mettra su'i'dos, à rien pouvoir faire et à souffrir !
GOTTLIEB, un peu exalté et presque joyeux.
Y fallait que j'coure, sans ça y m'auraient r'tenu.
Y m'appelaient, y voulaient que j'ieur tende la main. Mon parrain Baumert élait'avec eux. Y m'criaient d'aller ensemb' à la chasse aux thalers, qu'y a assez longtemps qu'on crève ed'faim. Y m'disaient même... qu'y fallait qu'mon père vienne aussi, qu'y fallait faire payer aux fabricants tous leurs crimes. {Avec passion) Oui, y va v'nir d'autres temps, qu'il a dit ; et ça marchera pus du tout pareil pour les tis* serands. Y faut qu'on s'unisse tous, et qu'on aide à tout changer. A partir d'aujourd'hui, qu'nous ayons not'demi-liv' de viande tous lès dimanches, et tous les jours de fête d'ia saucisse et d'ia choucroute, passe que tout va changer, qu'y m'a dit.
LE VIEUX HILSE, réprimant sa colère,
Y s'dit ton parrain ! et y veut t'faire faire des choses maudites comme ça! Te laisse pas entraîner, Gottlieb.
Y a la main du diab' là-d'dans.
LE VIEUX HILSE
attlieb, faut pas douter de la seule chose qui outien à nous aut', pauvres gens. A quoi ait servi que j'reste assis là à m'esquinter à m'crever presque, pus d'quarante ans, et egardé tranquillement et avec résignation ià-bas qui vit dans Topulence et la débauche, lit d'I'or avec ma faim et ma misère... Oui, 'ça aurait servi, si j'avais pas la foi et Tespéi main tendue vers la fenêtre) : Toi, riche, part ici-bas, moijTaurai dans Tautre monde, n'couper en morceaux, on m'enlèvera pas ma ngile l*a dit : Y a une justice suprême, mais Qous qui sommes les juges; et seul, le Seitre Dieu, peut étend* son bras vengeur.
UNE voix, par la fenêtre.
mopde dehors !
LE VIEUX HILSE
es enfants, dansez tant qu' vous voudrez — ite à son métier) Moi j' reste tranquille ici
B (après une courte lutte avec lui-même).
issi, j* vais travailler. Arrive que pourra.
)n entend le chœur des tisserands^ chanté de la maison^ yar plusieurs centaines de i résonne comme une longue plainte mo'
ABiTAKTs DE LA MAISON (da?is la sallc du fond).
sère, misère, y en a, y en a ! ça arrive comme is ! — ^D'où peuvent-y et' tous ces tisserandsisse-moi, laisse-moi, j' veux voir aussi. —
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