‹ Les tisserands: drameChapitre 6 sur 37 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

d' même. Aujourd'hui y a pus moyen d* trouver d*ouvrage. Et la vannerie peut pas m' faire gagner assez. J' fais des corbeilles jusque dans la nuit, et quand je tombe éreinté sur mon lit, j'ai gagné deux groschen. T*as d' l'éducation, toi, quoi qu' tu dis d' ça? Tout renchérit, comment qu'y faut s'y prendre? Faut donner quatre thalers de contribution, trois pour la maison, — dans toute Tannée, j' peux en gagner quatorze, y m'en reste sept pour moi — avec ça faut faire la cuisine, payer le charbon, les habits, les souliers et le reste — comment qu' vous voulez qu'on arrive à payer l'impôt. .

LE VIEUX BAUMERT

Moi^ j' dis, faudrait que quelqu'un aille à Berlin et qu'y dise au roi comment qu' ça se passe chez nous.

JuEGER

Ça ne servirait ben à rien, père Baumert. Y z'enont déjà, parlé d' tout ça dans les journaux. Mais les riches, voyez-vous, ça embrouille tout, ça fait passer les meilleurs chrétiens pour des bandits»

LE VIEUX BAUMERT, secouaut ia tête.

Y z'ont pas de cœur à Berlin I

ANSORGE

Dis, Maurice, c'est t'y possible ? Y a donc pas d'iois ! Quand on travaille à s'râper la peau de la main, et qu^on peut pas tout de même payer les intérêts d'son , emprunt, est-ce qu'on peut vous chasser? Y veulent ' tous leur argent ! Quoi que j'vais d' venir ! m'v'là vieux, et faudra que j'm'èn aille? [Etouffant des sanglots) J'^uis né ici, moi, mon père a travaillé à ce métier ici pus d'quarante ans. Y disait tout le temps à ma mère:

lourir, faudra tout de même garder la bien gagnée, la maison! Chaque clou, ravailler toute une nuit pour avoir d'quoi que planche, ça a coûté un an de pain ient me fiche dehors!

J^GER

Ludits, ceux qui vous prennent yot'dernier

ANSORGE

..Mais j'm'en'irai pas, y m'emporteront lais moi j'm'en irai pas. J'aime mieux pauv* père aussi, ça y a pas fait d'peine urtant à la fin, y suait de peur. J*m'étais ui. Alors il est d'venu pus tranquille, j'avais treize ans à c*t'époque-là. J étais 'endormis à côté de lui. Je pensais à l je m'ai réveillé, il était déjà froid.

RE BAUMERT, apvès uu sUeuce.

s lo four, Bertha, et porte la soupe à

BERTHA

Ansorge, voilà à manger.

soRGE, mange en pleurant.

mi, oui... (Le vieux Baumert prend de viande dans la casserole pour le

LA MÈRE BAUMERT

tience donc, Tpère ! Laisse Bertha ser-

•Jiai

LA MÈRE BADMERT

S c'qu'il a. Il est toujours content.Y rit s, cours donc, dépêche-toi {Auguste nt IsL bouteille vide). Eh! vieux, tu Bst bon 1

ERT, mastiquanty excité par la nourriture et la boisson.

rice, t'es notre homme ! Tu sais lire et aais not' situation, et t'as pitié d'nous.

Qd' not' cause en main, t'mett' à parier

3MGER

ï faire! j Voudrais aussi leur jouer un [ à tous ces animaux-là. J'suis pas mé-

l'sang m'monte à la tète, je prends ne main, rDictrich de l'autre, et j'ieur es cailloux l'un contre l'autre, jusqu'à : leur sortent de la tête. Ah ! si on pouon les ferait danser, ces moineaux-là!

it! va-t'en voir, nous avons pas besoin

nos affaires. Nous n'avons qu'à dire nous voulons ça et ça, et puis nous le nDieu, faudrabien qu'on nous le donne !

ïi qu'on mont'les crocs, y fileront doux, es vilains bonzes : des lâches !

LA MÈRE BAUMERT

Moi non pus, j'suis pas méchante; j'aF il en fallait, des gens riches ; mais quand passe.

JiEfiER

lies! Mais non, que l'diab' les emporte

Il tire ce papier

coûtez -la* {Il lit ilanty mais avec mnaît du désesj la haine, et la

lie,

l's fourbus, s plus.

[1 aille.

is.

les paroles de haut degré, n'a * d'interrompre à peine provon-.

noitié pleurant)

aille... Clui qu'a

Irame de M. Ilaupti a servi de thème r les couplets qui L'idée qui domine on qu'il fait dès les Vehme. Il y avait illemand, qui peut mais on a craint , et c'est pourquoi in par ces vers de

frappant le sol du pied avec rage.

ul aussi, faut qu'y crèvent tous*

ANSORGE

..Oui, oui, leur linceul aussi.

montrant le poing d'un air menaçant.

, on s'ra les leurs... A bas Tpa-

aux.

SGER, lisant,

est noire bagne, ' sont les geôliers ons sur nos métiers y vieille Allemagne, et nos garçons ul que nous tissons.

au paroxysme de la rage.

3'est ton linceul, ô vieille Allerdemande, c'est-y juste, tout ce Guillaume Baumert, maît' tisseleux m'présenter et dire que j'ai toute ma vie. Eh bien, r'gardez- .pporté? Quelle figure que j'ai? oi?... Oui, not* maison est notre bras) Mais... c'est ton linceul ieille Allemagne, y faut qu'tu îures.(7^ tombe anéanti sur une

lui le panier auquel il travail^ blant aussi de rage, et balbu-

nge, je rdis, qu'ça change tout c'qui veut, y faut qu'ça change

^'^'^WPiiPi!f^7

lée, et est assise, occupée à quelque tapisserie, près de la table couverte d'une nappe. Elle lève un instant les yeux de dessus son ouvrage, et reste ;^ écouter un choral funèbre qu'on entend dans le lointain, chanté par des enfants.

Maître WiEGAND le menuisier, est assis à la table voisine, dans son costume de travail, en face d'un verre de bière de Munich. On voit que c'est un homme pratique et malin, qui doit s'entendre à faire ses affaires.

Un commis-voyageur, est assis à la table du milieu, fort occupé à manger un beefteck allemand. Il est de taille moyenne, replet, a un air de suffisance qui ne l'empêche pas de paraître gai, hardi et beau parleur. Il est babillé à la dernière mode; sa valise, ses coffres d'échantillons, son parai)luie, son pardessus, et sa couverture de voyage, sont près de lui, sur des chaises.

WELZEL, portant un verre de bière au voyageur , dit en passant à Wiegand.

U diable est déchaîné aujourd'hui à Péterschwalde.

wiEGAND, qui a une voix très aiguë.

Voilà, c'est le jour des livraisons chez Dreissiger.

MADAME WELZEL

Les aut'fois, y a pas tant d' bruit qu'ça.

WIEGAND

Ça pourrait bien et' à cause des nouveaux, des deux cents ouvriers qu'y veut engager.

MADAME WELZEL, toujours occupée à repasser.

Oui, oui, ça doit et' ça, s'il en veut deux cents, y en aura bien sûr six cents qui seront venus. La mauvaise herbe» c'est pas ça qui manque.

WIEGAND

Ah ! fichtre non, y sont pas près d' s'éteindre ! Y z'ontbeau ét'misérables^y font toujours plusd' gosses qu'y n'en faut pour la besogne qu'y a à faire {On entend un instant plus distinctement le choral).

toussé plusieurs foîs^ avanco décide enfin à parler, avez raison, monsieur, pour ce ces ealerrements! Et pourtant, le dire, ce n'est pas un des plus

MMIS-VOYAGEUR

rouver tout l'argent nécessaire?

WIEGAND

;z-vous, mon digne monsieur, moyen d' leur ôter ça d' la lêle.

ourainsidire uneidée à eux qu'y equi est du rapportdes défunts* passés, y z'ont une superstition demandent de l'argent partout leuvent en demander. Les héritat dans toutleurentier.Et ensuite ore de tous les côtés. Et c'est ît c'est le sacristain, et tous les d'eux qu'il faut leur en donner t de par dessus encore en avoir iger, et toute la boutique. Moi, monsieur,on peut pas dire que respect, pour ce qui est despas naturel qu'on se ruine comme jont décédés.

IMIS-YOYAGEUR

que le pasteur devrait interve-

WIEGAND

igné monsieur, faites excuse. Y

te rouge en lui donnant la main Qarié ?

E COMMIS-VOYAGEUR

...Oui, je dis que je le suis! Et vous e je porte une alliance. C'est pour s lesjeunes filles me feraient la cour, e ne crains rien. (Il met la bague kfais dites-moi, sérieusement, vous petit peu envie de tâter du mariage!

V, secouant la tête.

MADAME WELZEL

ille, OU y faudrait qu'a rencontre ire.

l COMMIS-VOYAGEUR

t-cequi dit que ça n'arrivera pas?

riche seigneur de la Silésie qui a de chambre de sa mère ; et le fabri- ;t-ce qu'il n'a pas pris pour femme condition, pas seulement moitié si lemoiselle. Et maintenant elle roule pas vous aussi ? {Il fait demi-tour), sse de café. {Ansorge et le vieux

chacun avec un paquet, et s'as- ^if sans rien dire auprès de Uori est à gauche sur le devant),

WELZEL

nsorge. Y a longtemps qu'on t'avail

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