‹ Les tombeaux de Saint-DenisChapitre 4 sur 12 · GO · texte numérisé non relu

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le rangeaient d'une manière irrécusable dans ce qu'en appelait le parti de l* aversion, et formaient des pièces suffisantes pour lui intenter un procès, que les chambres poursuivraient sans doute avec la dernière rigueur. Les plus habiles des courtisans commentaient longuement ces phrases pour les torturer, les empoisonner, en taire ressortir les mots d'amitié, de dévoûment au frère du roi: sentiments funestes, imputés à crime, et qui allaient toujours s'éteindre dans le sang , s'expier sur Téchafaud. Ces hommes, qui dévoraient déjà en espérance les dépouilles du favori, étaient flamboyants d'indignation, sublimes de colère contre l'ingrat qui voulait renverser un trône à l'abri duquel il avait grandi, frapper un maître généreux qui, armé de la puissance souveraine, ne prenait que celle d'un Dieu de bonté. Toute la haine de cour qui bouillonnait autour du roi l'en-

veloppait dans ses tourbillons électriques; tous ces serpents qui l'environnaient lui jetaient leur venin au cœur, l'enlaçaient, Tétreignaient de leurs nœuds.

Et quand il fut décidé que le comte de Baradas serait arrêté et traduit devant le parlement, Louis signa l'acte d'arrestation, consentit à ce que le procès fût porté devant les chambres.

Les assistants jurèrent dans leur âme que l'accusé n'en sortirait pas vivant.

Mais non loin, il y avait une femme dont le cœur contenait autant de pitié et d'énergique courage pour défendre le malheureux, qu'il y avait dans ce conseil royal de funestes desseins contre lui. Hélène, demeurée dans la galerie, où les débats de celte assemblée arrivaient jusqu'à elle, recueillait toutes ses forces pour ce moment terrible; la main sur son cœur, les yeux levés au ciel, elle sentait

qu'il était en elle une puissance secourable capable de surmonter les efforts ennemis ; et l'inspiration mystérieuse de cette jeune femme était comme un serment de sauver le comfede Baradas, qui allait se croiser devant le destin avec celui qui jurait sa perte.

Cependant le roi avait pâli sous le coup de l'arrêt de mort qu'il venait de porter comme s'il en eût été frappé lui-même; sa tête défaillante retomba sur roreiller, et son regard sombre se retira du jour qui l'accablait. Il se fit un morne silence autour du prince; ses serviteurs inclinés osaient à peine lui prodiguer leurs soins, et eussent tremblé de lui offrir des consolations, sentant bien que tout signe d'amour de leur part qui viendrait éveiller le souvenir encore si cher du bel ecuyer, serait amèrement repoussé.

Le baron de Charost, placé au pied du lit,

s'évertua cependant à murmurer sa phrase habituelle :

— Ah ! sire, vous lui étiez si bon prince !

Et il eut le bonheur d'accompagner cette plainte touchante d'une larme.

Louis en ressentit une vive reconnaissance ; ce grand roi fut transporté de l'inespérable bienfait d'une larme versée pour lui. il tendit la main au baron de Charost, et dès cet instant on put pressentir que le grand tranchant remplacerait le favori disgracié du prince.

Au moment où l'assistance allait se retirer, Louis tressaillit et Irembia devant une exécution trop rapide de ses ordres. Ce qui blessait le plus cruellement le prince, était l'absence du coupable, qui montrait ainsi dédaigner sa clémence; et, malgré lui, il l'attendait encore. Dans cette vague espérance, il déclara qu'il accordait vingt-qualre heures

à l'accusé pour se présenter devant lui ; mais si le lendemain, à la même heure, le comte de Baradas n'avait point paru, le mandat d'arrestation serait publié et remis aux mains de la justice.

La journée se passa dans une agitation sourde au palais du roi et dans le monastère, où pénétrait en ce moment le retentissement étranger des bruits du monde. Des groupes formés sur tous les points du cloître et des jardins s'entretenaient à voix basse et aussi animée que si le destin de l'univers eût dépendu d'un homme de plus ou de moins à la cour. La chute du favori faisait monter au cerveau des courtisans une ivresse délicieuse... L'intérêt personnel s'anime d'une vive joie dans une comparaison favorable : on se prend à aimer son bonheur en face du malheur des autres!

De toute part on allait et venait : les sei-

gneurs, envieux de la moiniire nouvelle, les moines s'empressant de porter au roi leurs secours et leurs prières , les pages envoyés de tous côtés à la r^^cherclie du grand écuyer, et de tous côtés rentrant consternés de l'inutilité de leurs démarches.

Au milieu du bâtiment royal, l'appartement du comte de Baradas prenait un aspect saisissant de l'intérêt immense qui s'y rattachait : ses murs, ses grandes fenêtres ouvertes semblaient se détacher du reste de la façade et attiraient tous les regards. Sur le perron, dans la cour, de nombreux valets demeuraient la tête basse et les bras croisés dans une oisiveté pleine de consternation ; les chevaux, tout parés de leurs brillants harnais pour la promenade habituelle et restant attachés à la balustrade, regardaient la terre d'un œil morne, et leur front abattu semblait renfermer une pensée de Irislesse^

On voyait dans rintérieur des vastes pièces cette solitude profonde qu'imprimait une nuit d'absence du maître.

Le bon et tendre Koll^nd y demeurait seul; assis au pied du lit, il tenait ses regards fixés sur cette cassette dont le comte lui parlait dans l'entretien que nous avons rapporté, et lui disait renfermer un trésor inutile, mais bien cher ; il restait là comme un chien fidèle attaché à la garde de ce que son maître a de plus précieux, et semblait deviner par Tinstinct du cœur, qui le servait mieux en veillant sur cet objet qu'en errant vainement sur ses traces... Quelquefois il s'élançait au dehors, appelait le comte de tous les cris de son âme désolée , puis revenait bientôt se placer auprès du dépôt sacré.

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