‹ Les tombeaux des papes romainsChapitre 17 sur 37 · Titulus Innocenti papœ IV · texte numérisé non relu

Titulus Innocenti papœ IV

flic saperis dignus, etc., etc. ,

Innocentio IV. Pont. Max., etc., etc.

(V. aux Inscriptionk latines.)

Il renversa à terre Frédéric, ce serpent ennemi do Dieu. Gênes est flère de son glorieux fils, , Et toi aussi, ville de Parthenope, tu le célèbres par d'immenses louanges; . ^ Assez belle de tes charmes, il t'a donné beaucoup.

Le métropolitain Humbert a placé cette épitaphe.

A Innocent IV, souverain pontife,

Qui a bien mérité de la république de Christ tout entière.

Le jour de saint Jean-Baptiste de l'an MGCXLIII il fut

élu pape.

• Il fut couronné le jour de la^ête du prince des apôtres, Après avoir d'abord orné les cardinaux du chapeau de

pourpre.

Pris soin de rendre à saint Pierre Naples, que Conrad avait ruinée.

Et accompli un nombre infini d'autres a(ftions Éclatantes et presque divines.

Qui rendirent illustres son pontificat:

Il mourut l'an MCGLIV-, '

Le jour de la fête de la bienheureuse vierge Lu(îie. Annibal de Capoue, archevêque de Naples, A rétabli cette inscription effacée par le temps. Pour conserver la mémoire de ce saint homme.

A partir d'Innocent IV, Viterbe devint pour quelque temps la résidence des papes; car, après que le grand Brancaleone, sénateur de Rome, eut chassé de la ville Alexandre IV et les cardinaux, en 1257, les papes se fixèrent de préférence dans leurs petites résidences, à Anagni, Pérouse et Viterbe. C'est ce qui fait que nous trouvons le tombeau d*Alexandre IV, Conti (1254-1261), dans la cathédrale de Viterbe, et le caveau de son successeur, Urbain IV (1261-1264), dans celle de Pérouse.

Clément IV, le contemporain de saint Thomas d'Aquin, est également enseveli à Viterbe, où il mourut le 29 novembre 1268. Français et né dans le Languedoc, pendant longtemps secrétaire de saint Louis,

il avait offert à Charles d'Anjou la couronne des Hohenstauffen, et il yit ayant de mourir la chute de Manfred et de Gonradin. Il se trouvait sur les murs lorsque le demier.des Hohenstauffen passa avec son armée, se dirigeant vers Rome, et il lui prédit sa ruiHe. Qu'il n'ait rien fait pour empêcher sa mort, cela suffit pour faire peser sur lui l'accusation de complicité avec Charles d'Anjou, encore qu'il n'ait pas été formellement d'accord avec lui.

La grande lutte des papes et de la maison de Souabe, qui fut si glorieuse mais si tragique pour l'Allemagne, était finie désormais. La papauté en était sortie victorieuse, et à la même époque elle ve* nait de dompter l'hérésie des Albigeois. Mais, au moment même où un pape né en France choisissait un prince français pour ministre de ses vengeances et pour héritier de la puissance souabe en Italie, il jeta la papauté et l'Itatie dans un abîme. La chaire de saint Piwre devint la proie des Français, le pape -leur vassal, et l'Italie une pomme de discorde pour les étrangers à jamais; et depuis lors, par suite de la politique destructive qui consistait à diviser tout à

. DES PAPES Rt)MAINS. 117

l'intérieur et à y appeler les étrangers du dehors, elle est restée dans une confusion perpétuelle. G16^ ment IV ouvre cette nouvelle, période *.

Maintenant que la grande et importante époque des Hohenstauffen est fermée, passons vit& devant les tombeaux des papes de la dernière moitié du U*ei- ' zième siècle. Au dôme d'Arezzo est le tombeau de Grégoire X, au dôme de Viterbe ceux d'Adrien V et de Jean XXI. Tous les deux, de même que leur prédécesseur Innocent V, qui est enterré au Latéran, moururent dans le courant de Tannée 1376; fugitives apparitions qui ne laissèrent point de traces dans rhistoire.

Nicolas III, Orsini (1277-1280)^ nous arrêterait plus longtemps si son tombeau était encore à Saint-Pierre.

1. L*auteur allemand^ sans fermer les yeux sur les yiolences que commirent les papes contre les empereurs souabes^ les raconte avec complaisance. Ces luttes lui semblent glorieuses et peut-être même légitimes. Mais les empereurs n'avaient pas un droit meilleur que les rois de France; et à y bien regarder, ils ont fait plus de mal à rÈglise et à Tltalie que la France, et ils y étaient au moins aussi étrangers. L'histoire ne doit pas avoir deux poids et deux mesures.

{Noie du traducteur.)

Ce pape aclif et plein de zèle bâtit beaucoup à Rome ; mais son régne est important par ceci principalement qu'il fit la paix avec Rodolphe de Habsbourg, et obtint de lui la ratification définitive de la donation de la comtesse Mathilde, pour laquelle s'était allumée la guerrp avec les HohenstaufTen.

Nous nous arrêterons aussi un moment à Martin lY, (1281-1285)^ Il était Français, et une créature de Charles d'Anjou. Pendant son règne si court, il eut la douleur de voir les Yépres siciliennes, la mort de Charles profondément humilié, deux mois avant de mouririui-méme, les Siciliens qu'il avait maudits consolider leur liberté, et enfin le petit-fils de Manfred, Pierre d'Aragon, exconmiunié par lui tout aussi inutilement, consolider ce trône qu'il venait de conquérir. Martin mourut à Pérouse, le 29^ mars. Quand on sait que là il repose dans une môme urne à côté d'In- * nocent HI, on ne peut s'empêcher de penser combien fut court l'intervalle de temps qui sépare les deux papes, et à toutes les grandes destinées, et à toutes les révolutions que l'histoire est venue renfermer eu un si petit espace.

DES PAPES ROMAINS. lt9

Le treizième siècle penchant déjà vers sa fin nous donnera encore quatre papes. Un grand siècle! qui dans sa première moitié est aussi essentiellement allemand que le seizième^.

Le premier de ces quatre papes nous conduit dans la belle basilique de Santa-Maria in Aràceli, sur le CapitolQ de Rome. C'est là que s'élève le tombeau

•d'Honorius IV, Savelli (1288-1287). Mais c'est Paul III qui, du Vatican, fit porter les restes de ce pape dans cette église et placer la statue qui était à Saint-Pierre, sur le tombeau. Les Savelli, une des plus anciennes

. familles de Rome, avaient fait bâtir en rhoiineur de

l^int-François la chapelle où il est placé. On y voit deux monuments appartenant à cette famille. Dans le tombeau très-remarquable qui est à gauche, bel ouvrage gothique du treizième siècle, pour lequel on profita d'un antique sarcophage, gît Luca Savelli, père de ce pape, et son frère Pandolphe, célèbre autrefois comme sénateur de Rome. Honorius repose vis-à-vis dans le tombeau de sa mère, Vana Aldobrandesca. C'est un sarcophage de marbre blanc dont le côté antérieur ç?t couvert de mosaïques sur fond 4'or,

OÙ Ton voit les armoiries des Savelli : des lions de gueule passants et des aigles sur champ d'or. Sur la

' base, on lit: DN A YANA DE SABELLIS. C'est là qu'est la statue du pape, couché sur le sarcophage,

, la tête appuyée sur un coussin. Et ce monument est aujourd'hui le tombeau complet de pape le plus ancien qui soit à Rome, si Ton met 4e côté, bien entendu, les sarcophages isolés, pu bien les fragments de tombeaux de Tàncienne église de Saint-Pierre, tels qu'on les voit dans les grottes.

Il est vrai que le successeur d'Honorius, Nicolas IV, Masci (1288-1292), a un beau monument à Sainte- Marie Majeure ; mais il n'est pas l'œuvre du treizième siècle; il appartient au seizième. Il fut élevé à la mémoire de ce pape par Sixte V, lorsqu'il était encore cardinal. Aussi ce tombeau a-t-il le caractère des monuments du temps de ce pape. Nicolas y est représente donnant la bénédiction ; à ses côtés sont placés debout les figures allégoriques de la Justice et de la Religion, Tout cela est complètement étranger à la manière de voir de ces siècles encore simples. Ce tombeau est pourtant le plus noble de tous les monu-

ments qui sont dans cette église, et le meilleur ou-^ vrage de Léonirdo de Sarzana. Il n*est pas hors de propos de dire que ce pape, un parvenu, sorti de la poussière, chercha à se faire un soutien de la puissante famille Colonna, en les élevant beaucoup trop haut; Son ami, le cardinal Jacques Colonna, contribua avec lui au renouvellement des mosaïques qui sont dans la tribune de Sainte-Marie Majeure, et Ton y v(»it leurs deux figures encore aujourd'hui. Ce fut sous le régne de Nicolas que Ptolémaïs, la dernière possession des chrétiens en Asie, tomba entre les mains: des musulmans. Ainsi finissait Tére des croisades.

L'avant-dernier pape du treizième siècle fut Célestin V. Il faut aller à la ville napolitaine d'Aquila, dans le couvent des Célestins, pour trouver son modeste tombeau. Nous nous y arrêtons volontiers en rappelant la vie de ce pape à notre souvenir : une ' véritable figure moyen âge qui semble appartenir à la poésie plutôt qu'à Thistoire, et qui exprime de la manière la plus fidèle la simplicité de ce siècle étrange d'où sortirent la légende romaine et la peinture.

in LES TOMBEAUX

Deux ans et trois mois le trône pontifical demeura vacant après la mort de Nicolas lY; parce que les cardinaux divisés en partis napolitain, français et romain, n'avaient jamais pu s'entendre. Toutes les candidatures avaient échoué; le cardinal évéque d*Ostie proposa enfin d'élire un anachorète oublié depuis longtemps dans les sauvages solitudes de T Apulie, et comme par un miracle ironique, toutes les voix se réunirent sur le solitaire. U s'appelait Pietro: le fils d'un paysan, né au château de Molise dans la terre de Labour, le onzième de douze frères, rien de plus. A vingt ans, il se fit bénédictin; puis, dans la fleur de la jeunesse, il s'enfonça dans les cavernes de la montagne de JMiorone, où il passa cinq ans à prier Dieu. Ensuite il se retira sur le mont Majella, en Apulie, Qt rassembla autour de lui d'autres ermites qui prirent plus tard le nom de Célestins. Il vivait là dans le dénûment le plus sauvage, lorsqu'un jour une députatioa d'archevêques et de protonotaires apparurent devant lui, le sommant en vertu du décret d'élection, de descendre de sa forêt sauvage de Majella et de monter sur le trône ppntifi-

DES PAPES ROMAINS. 12a

caL Pietro de Morana s'effraya et refusa de les suivre. Alors vinrent deux rois dans son désert, Charles II, de Naples, et André III, de Hongrie, qui se jetant à genoux devant lui, le conjurèrent de donner son consentement; d'accepter la tiare et de rendre la paix à rÉglise. A la an il céda, parmi les soupiîs et les larmes. Ils se mirent en marche vers Aquila, et le peuple affluant de tous les coins du pays, vit le pape faire son entrée à Aquila, humblement monté sur un âne, que deux/ois conduisaient plus humblement encore, et à pied, par la bride, "fet stoivi des dignitaires de l'Église et da la brillante chevalerie de Naples. Le 29 août 1294, le solitaire fut couronné dans l'église de Santa-Maria de Collemmaggio, et il s'appela Célestin V.

Il ne se rendit pas à Rome, mais à Naples où il avait convoqué les cardinaux: il n'était qu'un instrument passif entre les mains de Charles. L'âme troublée, malheureux, se tournant toujours par la pensée vers sa tranquille solitude où il avait goûté la paix, comme la colombe effarouchée que l'on a arrachée à i^es forêts natives, il ressemblait assez à Victor III,

On dit que Torgaeilleux et rasé cardinal Gaëtani qui fut plus tard Boniface YIII, l'efi^yait la nuit ai^ moyen de trompettes et dé voix étranges et fantastiques, comme si le ciel lui criait de déposer cette écrasante couronne dont il n'était pas digne. Le 13 décembre il abdiqua, et s'échappant bien vite et en 'secret, il retourna à son désert de Majella ^ Hais à peine le cardinal Gaétani eut-il' été nommé pape (24 décembre), que craignant une division de l'Église, il envoya des gens après le fugitif poijr l'arrêter. Celui-ci se cacha dans le désert, et poursuivi par la telreur que lui inspiraient ceux qui le poursuivaient de tous côtés, il s'enfuit encore plus loip, à travers les forêts et les solitudes de l'Apulie, jusqu'à ce qu'il atteignit la mer. Alors il se jeta dans une barque et se dirigea vers la Dalmatie. Mais une tempête re-

j . Dante^ au troisième chant de VEnfer, dit :

Vidi et conobbi la ombra di colni Che fece per viltate il gran rifinto.

Ou a rapporté ces vers à Tabdication de Célestia V. Voir l'histoire de Télection de Fra Morone dans le Ckronic'on Januense Ja» cobi de Voragine, apud Muratori, ix, p. 50.

poussa la nacelle et le rejeta sur le rivage de Viesta dans la Capitanate, où les autorités reconnurenrie fugitif et l'arrêtèrent. Le prisonnier fût amené à Anagni, dans le pklais du pape Boniface, et de là on le transféra à la tour de Fumone près de Ferentino. Là, dans un cachot étroit et malsain, ce vieillard de quatre-vingt-un ans vécut encore dix longs mois dans une solitude qui n'était que trop absolue, jusqu'à ce que la mort vint le prendre le 19 mai de l'année 1296. Voilà quelle fut la vie d'un pape du moyen âge; elle peut éveiller bien des réflexions dans l'esprit du voyageur qui visite le tombeau d'Aquila. Car c'est là que repose Célestin V, l'anachorète. Quelques années après sa mort, Clén^ient V le mit au rang des saints à Avignon. Temps singuliers, étonnants que ceux-là ! Ils sont passés et oubliés depuis longtemps, et ils nous parlent cependant par ces vieilles sculptures et les inscriptions, qui semblent déjà des hiéroglyphes, comme avec une'voix étrange pleine de mystères.

Et là sur le couvercle d'un cercueil de marbre sans ornements et noirci par le temps, nous avons devant nous, au fond des grottes de Saint-:Pierre, la figure du

126 LES TOMBËAVX

fameux Boniface VIII d'Anagni. On trouverait difficilement un autre pape^ qui éveillât autant de sympathies et d'émotions. Il ferme le treizième et ouvre le quatorzième siècle, et en même temps il est le représentant de l'époque dantesque. Dante comparut devant lui en qualité d'ambassadeur des. Florentins, et ce fut au moment du premier jubilé qu'ait vu Rome, que Giovani Villani conçut le plan de sa chronique, le. plus grand ouvrage de l'Italie. On était en 1300 lorsque Boniface institua cette solennité, et un monument bien précieux nous le rappelle encore aujourd'hui, la belle et charmante peinture de Giotto que l'on conserve sous verre dans la nef de droite de Saint-Jean de Latran, et qui représente Boniface debout entre deux cardinaux au moment où il fait solennellement l'ouverture du jubilé. On connaît l'histoire de ce pape, car sa fin tragique s'est gravée dans la mémoire de tous. On sait sa querelle avec Philippe le Bel, roi de France, et avec les Colonna de Rome, et il suffit de rappeler comment il fut surpris à l'improviste dans la résidence d'Anagni, par $ciarra Colonna et Guillaume de Nogaret, maltraité

et délivré enfin par les habitants de la ville *. Ramené à Rome, il mourut subitement au Vatican, où les Orsini le retenaient prisonnier, le 11 octobre 1303, trente-sept jours après son malheur d*Anagni, au mi-

' lieu d'un accès de folie furieuse occasionnée par la rage qu'il ressentait de la honte qu'il lui avait fallu boire. Ce fut le dernier de ces grands caractères de pape$ au moyen âge, passionné, colère, despotique, ' mais le cœur haut, mais ferme et majestueux, leder-.

. nier prince de l'Église, en un mot, qui ait compris la papauté dans le sens de la domination universelle, dans l'esprit de Grégoire VII, d'Alexandre et d'Innocent III. Après lui aucun pape ne s'éleva plus à la hauteur des vastes plans qu'il avait conçus. Son cadavre fut porté à Saint-Pierre avec une grande suite de nobles et de chevaliers et accompagné par Charles II de Naples. On le déposa dans une chapelle que lui-même avait bâtie et décorée de mosaïques, et on lui érigea un magnifique tombeau. Lorsque cette chapelle fut

Page 1