Titulus Urbanipapœ VI : Hac anima magnus, etc, etc
(V. aui Inscriptions latines.)
Udbain VI, né dans la ville de Parthénope.
'Avec le plus grand courage il supporta les plus grands schismes. *»
Sous un tel pape tout simoniaque tremblait.
Mais à quoi bon lui donner sur cette terre des louanges mortelles ?
La gloire du ciel brille pour lui à cause de ses vertus *.
Mais pour si sotte que soit Tépitaphe d'Urbain, son
tombeau devait être très-beau et très-riche, car c*est
ainsi qu'il est représenté dans les dessins qui en ont
été^faits avant la destruction ^de la vieille église de
Saint-Pierre.
Elle contenait aussi les tombeaux de Boniface IX,
Tomacelli (1389-1404), et d'Innocent VlI,'MigIiorati, (1404-1406). Le règne de ce pape et celui de ses successeurs immédiats sont rendus très-obscurs et furent remplis de confusion par le schisme, par les antipapes et les conciles. C'était alors pour l'Allemagne, où commençaient à fermenter les germes de
1. Platina dit dans la vie de ce pape : «Sepelitur in beati Petri basilica, paucis admodum ejus mortem^ utpote hominis rustici et inexorabilis^ flentibus. Hujus autem sepulchrum adhuc visitur cum epitaphio satis rustico et inepto. »
i4« LES TOMBEAUX
la réforme qui allait bientôt venir, le temps de Jean Huss et de Jérôme ^e Prague; et pour Tltalie, c'était l'époque où la démocratie allait tomber sous la domination absolue des tyrans et de leurs dynasties, pendant que les sciences classiques, s'enfuyant de Gonstantinople et de l'Orient devant la barbarie des Turcs, trouvaient précisément un asile à la cour de ces souverains.
Grégoire XII, le Vénitien Angelo Torrer, est enterré au dôme de Récanati (1406-1409) ; son succèsseur, Alexandre V, Candiote de naissance, dans Té-
glise des franciscains de Bologne (1409-1410); dans la cathédrale de Florence, Baldassare Cessa, si connu sous le nom de Jean XXIII, cet orgueilleux et adroit Napolitain qui fut déposé au fameux concile de Constance, après s'être soustrait par la fuite à l'accusation portée contre liii. Il fut pris, et pendant près de trois ans il resta prisonnier à Heidelberg, sous la garde de l'électeur palatin, jusqu'au moment où les prières de Cosme de Médicis vinrent le délivrer, et peut-être aussi jusqu'au moment où il se racheta par de grosses sbnmies d'argeot. Alors i\ s'enfuit à
Florence, et là, à l'étonnement du monde entier, repentant et soumis, il se jeta aux pieds du pape Martin, son successeur. Celui-ci- le fît cardinal de Tusculum; mais cette âme ambitieuse et avide de pouvoir ne supporta sa honte que quelques mois. Il mourut à Florence, et Gosmé, qui avait hérité, dit-on, de trésors considérables de Baldassare, lui fit élever dans le baptistère de Saint-Jean un monument magnifique, avec répitaphe suivante :
Le corps de Balthasar Cessa, Jean XXIII, autrefois pape, est inhumé dans ce tombeau.
Et ce tombeau aussi, devant lequel le souvenir de Jean Huss se réveille et vient se mêler à celui de Savonarole, est un monument commémoratif d'une des époques les plus décisives dans la vie des peuples. C'est le monument de la division de TÉglise, et c'est en même temps le dernier tombeau de pape que nous trouverons hors de Rome.
Martin Y mit enfin un terme au schisme. Élu à Constance, par le consentement unanime des nations, le 12 novembre 14i7, il ouvrait une nouvelle ère de
réorganisation pour l'Église et pour Rome, qui, sortant de son abaissement profond, allait bientôt atteindre une nouvelle splendeur, par-dessus toutes les villes de la terre. Lui-même était Romain, et avant son exaltation il s'appelait Otto Colonna. Il fut le premier pape de cette fameuse famille des Gibelins, qui fut toujours attachée aux empereurs d'Allemagne et Tennemie des papes.
Lorsque Martin, attendu du peuple comme un ange sauveur, fit son entrée à Rome, il trouva cette ville dans le même état où Grégoire XI Tavait trouvée autrefois, dans la plus profonde misère, ravagée par les guerres intérieures des familles nobles, en ruines; les rues, menacées de tous côtés par un nombre infini de tours, étaient presque impraticables, les églises abandonnées ou écroulées, et la population,' au milieu de la famine, des haines et des assassinats journaliers, était retombée à l'état de bsgrbarie. Et comme il avait mis fin à la division de l'Église, Martin rendit Tordre et la paix à la ville, et Rome déchue commença à se relever peu à peu. Rarement un pape a été aimé comme lui. Doux et prudent, juste et
énergique, doué de tous les -plus heureux dons de la nature, il mérita le surnom de Félicitas temporum $uorum. On le lit encore aujourd'hui sur son tombeau. Ce monument se trouve à Saint-Jean de Latran, non pas sur les murs, mais encastré dans le pavé de l'église, en avant du maître-autel. Ce n*est qu'une plaque tombale en bronze, sur laquelle le pape est représenté en bas-relief : une très-belle figure vrài- "ment. Antonio Filarète, le même artiste qui exécuta la plus grande partie des portes de bronze de Saint- Pierre, est Tauteur de ce monument.
Le successeur de Martin fut le Vénitien Condulmer (1431-1447), Eugène IV, homme énergique et savant, rempli de bienveillance, et qui fit beaucoup pour les sciences. Il ferme véritablement le ,moyen âge, car son successeur posa déjà les fondements de la nou- . velle Rome. C'est aussi le dernier pape jusqu'à Pie IX que les Romains, prenant les armes dans une fureur soudaine, aient chassé de Rome. Sous la robe d'un simple frère lai et accompagné d'un seul moine Eugène ne parvint qu'avec peine à gagner le Tibre, où il se cacha dans un bateau de transport et descen-
dit le fleuve, sous une grêle de traits et de pierres que lançaient après lui les Romains accourus sur la rive. Telle est la position où, par une contradiction du sort, se trouva le même pape qui couronna Tempereur Sigismond et vit un autre empereur, Jean Paléologue, paraître devant lui en suppliant. Ce der^ nier événement eut pour théâtre Ferrare et Florence, où Eugène avait convoqué et, malgré Tempereur et les peuples, transféré le concile de Bâle, et où il éblouit le monde par le pompeux mais vain spectacle du retour de TOrient à la foi latine.
Voilà ce que célébrait Tinscriptiori primitive du tombeau d'Eugène, qui disparut plus tard de Saint- Pierre.