ANCIENNE ÉPITAPHE D'EUGÈNE IV
Ci-gît Eugène IV, noble cœur;
Ses hautes actions témoignent de sa vie.
A ses pieds sacrés se prosternèrent deux Césars,
L'un venu de l'Orient et l'autre de l'Occident :
Celui-là pour recevoir la doctrine de la foi latine,
Celui-ci pour ceindre sa tête de la couronne d'or.
1 'Titulus Eugenii papœ iF, (V. aux Inscriptions tATiNSS.)
Et après lui les Arméniens, suivant l'exemple des Grecs,
Reconnurent la foi de Rome, et de même les Éthiopiens;
Ensuite les Syriens, et les Arabes, et les Indiens qui habitent les extrémités de la terre.
Une grande foule, mais moins grande encore ique son âme,
Car il marchait déjà à la tête d'une flotte puissante contre les Turcs,
Il marchait, et la mort l'enleva.
Il méprisa toujours les vains honneurs de ce monde.
Et il dit : Greusez-mdi mon tombeau dans cette terre foulée par les pieds de tous.
Mais François, de son illustre famille, ne souffrit point cela,
Lui, qu'il avait autrefois orné du chapeau rouge,
Se souvenant de ses vertus, il donna l'ordre d'élever le monument
Si noble que tu vois ici dans sa beauté.
Le ton vantard de cette inscription suffit pour montrer combien l'esprit de ce temps avait changé. Mais le tombeau d'Eugène a disparu de Saint-Pierre. On lit aujourd'hui dans la petite église de San-Salvatore \n Lauro Tépitaphe orgueilleuse que nous allons rapporter; elle fut faite pour le môme pape* :
i. Urbs. Venetum. Dédit, etc.
La ville de Venise lui donna la naissance, Rome l'auto* rite SOT la Tille et sur le monde; que Dieu donne le royaume des deux à ses désirs.
A la mémoire d'Eugène lY,
L'excellent souverain pontife.
Ci gît celui qui fut sérieux dans la paix, pleia d'ardeur dans la guerre pour l'Eglise du Christ, et patient sous les outrages. Humait les hommes d'Eglise et fut ma-
. gniiique envers les savants. H refréna et brisa l'insolence du concile de Bâle envers la puissance pontificale
' romaine, dans le concile de Florence où Jean Paléologue, empereur d'Orient, reconnaissant le chef de l'Église Romaine, se prosterna humblement à ses pieds arec im
' grand nombre d'autres nations étrangères et lointaines»
La congrégat'on des chanoines de Saint-George in Alga à Venise, en signe de reconnaissance pour son trèspieux fondateur.
L'inscription rappelle à mots couverts et avec précaution rhumiliation que ce pape eut à souffrir dans sa fuite, et le distique parle de sa domination sur la Ville même de Rome. C'est qu'Eugène, bien que longtemps en exil, finit cependant par dompter les Romains sous la sanglante main de fer du patriarche
Jean Vitellèschi^ run des derniers cardinaux cuirassés et guerriers gu'ait eus TÉglise, et qui peut fort bien prendre. rang à côté de ses célèbres contemporains, le condottiere Fortebraccio di Hontone, Piccinino et Francesco Sforza. On sait qu'Eugène IV, à qui il avait conquis Rome.et le patrimoine de saint Pierre, le fit un jour mettre traîtreusement en pièces sur le pont Saint- Ange , . à Tinsigation des. Flo-^ réntins.
Ce fut la congrégratign des chanoines de Saint- George in Alga de Venise qui, par reconnaissance pour son fondateur, fit placer cette inçcription sur Iq nouveau tombeau, que Von avait élevé à ce pape à San-Salvatore in Lauro. Le tombeau est encore un ouvrage du quinzième siècle, et Tun des rares monuments de l'ancien style toscano-romain ; le maîtrq qui réleva n'est pas connu. Eugène y est couché sur un sarcophage de marbre blanc; au-dessus du tombeau s'élève une corniche supportée par deux pilastres. Selon l'usage suivi presque généralement pour les tombeaux au moyen âge, une madone en relief, entre deux anges, est placée au-dessus de la
statue'coucbée. De petites figures de saints occupent les niches très-ornées qu'on a pratiquées dans» les piliers. La sculpture de ce tombeau est sèche et maniérée, et très-inférieure à d'autres ouvrages du quinzième siècle dont Rome est si riche.
A répoque d'Eugène et de ses successeurs, Nicolas y, Galixte III et Pie II, les prélats rivalisaient avec les papes ptur se faire de somptueux monuments, et s'assurer de leur vivant l'immortalité de 'art. Tous ces monuments sans nombre, d'évêques, d'abbés et de cardinaux, qui remplissent les cloîtres et les églises de Rome, appartiennent pour la plupart à cette époque où, avec Mino da Fieçole, commençait un riouveau mouvement dans la sculpture. Paolo Romano, Antonio Filarète, PoUajuolo et bien d'autres artistes avaient toujours à faire dans les églises. , .
Les plus beaux monuments de cette époque ont péri malheureusement, notamment les tombeaux de Nicolas V et de Paul II, qui semblent avoir été les plus considérables et les plus magnifiques de Tancienne église de Saint-Pierre. Par les fragments qui en restent dans les grottes, on voit encore Timportance de ces compositions et leur valeur au point de vue de Tart.
Nicolas V (de Sarzana) (1447-1455), l'un des papes qui firent le plus pour les sciences, a bien mérité de Rome et du monde, et on lui devait un monument qui perpétuât sa gloire plutôt qu'à tant d'autres princes de l'Église; car. c'est lui qui, à proprement parler, ouvrit l'ère nouvelle où entrait la
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papauté, et commença les temps de Jules II et de Léon X. Pés lors pénétrait dans FÉglise cet esprit de science et àe philosophie mondaines, d*art et de luxe, qui a donné à la Rome moderne le caractère grandiose qu'on lui voit, et par des'monuments étonnants de toute espèce éternisé la papauté, comme la domination impériale s'était rendue immortelle autrefois dans les monuments de Rome antique. Ce fut Nicolas, sous le règne de qui Gonstantinople tomba au pouvoir des Turcs, qui donna une si grande im* pulsion aux éludes grecques, et il rassembla autour de lui des hommes comme Poggio, Bracciolini, Fi* lelfe, Nicolas Perotto, Laurent Valla, Grégoire de. Trébizonde, Théodore de Gaza et le cardinal Bessa* rion. Dans les dernières années de son pontificat Tart de l'imprimerie arriva à Rome, et la noble fa^ mille Massimi ouvrit hospitaliërement son palais de la région Parione à cette colonie de l'esprit qui arrivait du fond de l'Allemagne «,
1. Tout Allemand li|*a avec plaisir les distiques latins qu'on voit à la fin de la Bible de Jean Àntonius^ évèque d'Oléria. Us font allusion aux premiers imprimeurs allemands qui vinrent à Rome,
Nicolas V est aussi le véritable fondateur de la bibliothèque vaticane , car il envoya des hommes instruits dans tous les pays pour acheter des manuscrits. Il conçut ridée véritablement impériale de faire du Vatican la ville des papes, un palatin apostoîique, et de rebâtir Saint-Pierrç de manière, à ce qu'il devint le plus grand temple du monde; mais ce plan ne put être commencé que cinquante ans plus tard par Timpatient Jules II, qui osa essayer de le réa- User. Quoique Jules fût l'hérilier de cette gigantesque idée de Nicolas V, il ne ressentit malheureusement aucune pilié pour le tombeau de son grand prédé-
et dont Tart, disent-ils, tempère les noms barbares :
Âspicis illastris lector qaicumqae libellos,
Si cupis arti6cum nomina nosse : lege.
Aspera ridebis cognomina Teutona : forsan
Mitiget ars musis inscia verba virum.
Conradas Suneynheym, Arnoldus Fannartzque ; magistri
Romœ impresserunt talia malta simul.
Fetrus cum fratre Francisco Maximns, ambo
Haie opère optatam cohtribuere domnm.
MCDLXXI.
Il faut avouer que ces vaillants imprimeurs avaient de^ noms tout particulièrement barbares, Schweinheym et Pannartz ; il est difficile d'en trouver de plus laids.
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cesseur. Il le fit démolir en même temps qne Téglise, et il fut perdu. A peine quelques débris dans les grottes, les statues des apôtres saint Matthieu, saint Jean, saint Jacques, des figures d'anges et d'autres fragments rappellent-ils aujourd'hui que le monument de Nicolas V dut être d'une composition d'une grande magnificence.
Une urne carrée de marbre blanc, sur laquelle est couchée la statue du pape, vieillard sans barbe, avec un visage de moine, enclôt son cadavre. Son épitaphe, la dernière à ma connaissance qu'on ait composée en vers pour un pape, est l'œuvre de son socrélaire Mafeo Vegio * :