‹ Les tombeaux des papes romainsChapitre 9 sur 37 · LE$ TOMBEAUX · texte numérisé non relu

LE$ TOMBEAUX

La destinée d'Othon III se trouve encore étroitement liée à celle d'un autre pape, Sylvestre II, le premier Français qui soit monté sur la chaire de saint Pierre (999-1003).

Gerbert, d'abord bénédictin, plus tard archevêque de Reims, l'homme le plus fin et le plus original de son temps, mathématicien remarquable, astrologue et rhéteur, avait su gagner le cœur et la faveur d'Othon. Après la mort de Grégoire V, l'empereur releva au trône pontifléal de l'archevêché de Ravenno, auquel il avait été nommé par ce pape lorsqu'il avait été dépouillé de celui de Reims. Il monta donc sur les trois chaires épiscopales de Reims, de Ravenne et de Rome; et l'on raconte que jouant sur

ces trois R comme la lettre mystique de sa destinée,

il composa lui-même le vers suivaut :

Scandit ab R. Gerbertus ad R., post Papa viget R.

La légende du moyeu âge s'est emparé de cette figure, et en a fait une espèce de magicien, le modèle primitif de Faust ; ce qui est assez bizarre pour un pape. Ses connaissances étonnantes dans les sciences mathématiques et mécaniques — pendant longtemps on montra à Magdebourg Thorloge solaire astronomique qu'il y avait construite — devaient sembler à cette époque quelque chose de plu^ qu*humain*, et dans sa carrière si remplie de troubles et^si agitée, \m le conduisit pourtant à la fin sur le trône des papes, on croyait voir la maiu/et l'aide du diable. La chro-

1. Dans ses Vitœ pontificœ, Ciacomus rapporte Tépigramme suivante tirée d*un manuscrit de la bibliothèque Altempsiana, intitulée : De romanis pontificibus :

Ne mirare Magtun fatal quod inertia vulgi

Me (yeri minime gnara) {uisse patat.

Arcbimedis studinm quod eram Sophîœqne secntus

Tfim, cum magna fuit gloria scire nihil, Credebat Magicum esse rudes sed busta loquuntur,

Qnam pins, integer, et religiosus eram. .

nique si connue de Martin Polonus de C!ozenza, qu'on peut mettre à côté des MiraMlia urbis Romœ^ raconte cette légende diabolique avec beaucoup de bonhomie et de naïveté. On y voit comment Gerbert, poussé par Torgueil et une incroyable soif de dominer, obtint Tarchevêché de Reims à l'aide de la corruption, puis ensuite celui de Ravenne, et par un coup d'audace encore plus grand et le secours du diable, le pontificat ; mais à cette condition qu'il appartiendrait après sa înort à celui par la ruse de qui il était arrivé à une aussi haute dignité.

Lorsque, dans sa soif insatiable de régner, Gerbert avait deiôandé au diable combien d'années lui restaient à vivre comme pape, l'ennemi du genre humain lui avait fait une réponse à double sens, selon sa coutume : f Si tu n'entres pas dans Jérusalem, tu vivras longtemps. » Il occupait le trône pontifical depuis quatre ans, un mois et dix jours, lorsqu'un jour, officiant dans la basilique de Sainte-Croix de Jérusalem, à Rome, il vit en révélation sa destinée et sa mort. Touché de repentir, il confessa ses égarements devant le peuple et l'exhorta d'abord à renon-

cer à^ l'orgueil, aux concupiscences du diable^ et à suivre la bonne voie. Puis ensuite il pria tous les assistants de mettre son cadavre en pièces lorsqu'il serait mort, ainsf qu'il le méritait, de le mettre sur un char à deux roues, et de l'ensevelir au lieu même où les chevaux le conduiraient de leur propre mouveinent. Et Ton dit que par la volonté de là divine Providence, afin que les pécheurs apprissent que Dieu leur a gardé auprès de lui une place de pardon, s'ils se repentent encore en cette vie, les chevaux allèrent d'eux-mêmes vers la basilique de Saint- Jean de Latran, où son corps fut enseveli. Ce même Martin ajoute encore : « Depuis lors, on a toujours vu dans

le cliquetis de ses ossements, et dans la sueur, ou pour mieux dire, dans l'humidité dont se couvre son tombeau, le signe avant-coureur et infaillible de la mort d'un pape; et l'épitaphe elle-même le dit. Les papes que cela concerne peuvent voir eux-mêmes si cela est vrai ou non. » Voilà les paroles dont se sert Platina, l'auteur de la Vie des Papes si connue, et (Jui écrivait vers la fin du quinzième siècle. Nous verrons tout à l'heure que la fable des ossements de Sylvestre

se mettant à résonner quand un pape est sur le point de mourir, est née de la fausse interprétation du premier distique de son épitaphe^ Cette inscription, doublement précieuse, se lit encore* aujourd'hui sur une pierre, dans la basilique de Saint-Jean de Latran; mais le tombeau de Sylvestre a péri.

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