‹ Les tombeaux des rois sous la TerreurChapitre 32 sur 34 · L'ARMOIRE DES CŒURS · texte numérisé non relu

L'ARMOIRE DES CŒURS

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INTERIEUR DE L'ARMOIRE DES CŒURS Dessins d après nature de M. J. Beuzon.

poussières ceux du prince de Gondé et de son fils, trouvé pendu à une fenêtre de son palais; en face gisent les cercueils de deux filles de France, mortes en exil, Mesdames Victoire et Adélaïde, du duc de Berry, tombé sous le poignard de Louvel, et de deux de ses enfants, de Louis VII, de Louise de Lorraine, femme de Henri III, et de deux princes de la branche de Gondé, échappés aux profanations d'octobre.

Au milieu de l'hémicycle qui termine le caveau royal du côté de l'orient, une armoire en pierres, reposant sur deux colonnettesà chapiteaux du XIII* siècle, contient quelques parcelles des corps de Marie de Médicis, Henri IV et Louis XIV, et les cœurs de Louis XIII, d'un enfant du duc de Berry et de Louis XVI ir\

rendue sur le rapport du Directeur des musées nationaux et de l'école du Louvre.

Dans son Cabinet secret de l'Histoire, notre érudit confrère, le D"" Cabanes, a consacré aux migrations de ces ossements et d'autres reliques royales, tout un chapitre qui ne peut manquer d'intéresser, à la fois, les historiens et les curieux.

1 Lenôtre, loc. cit.

- Le cœur de Louis XIII proviendrait de l'ancienne église

ï'jo LES TOMBEAUX DES ROIS SOUS LA TERREUR

Et voilà ce qu'il reste dans « ces sombres

de la maison professe des Jésuites ; mais nous tenons à dire que, malgré des recherches minutieuses, nous n'avons trouvé, au sujet de cet auguste viscère, aucun document établissant d'une façon indiscutable son authenticité.

Pour ce qui a trait aux restes de Marie de Médicis, Henri IV et Louis XIV, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire le procès-verbal do leur dépôt, sans on tirer aucune déduction ;

« Ce aujourd'hui, 22 octobre 1824, en vertu de l'autorisation et des ordres donnés par le- roi Louis XVIII à son grand aumônier, au mois de juillet dernier, pour procéder au dépôt dans les tombeaux de S'-Denis de quelques parcelles des corps de la Reine de France Marie de Médicis, de Henri IV et de Louis XIV ; vu le mémoire de M. Manteau, actuellement bibliothécaire de la ville de Laon, lequel a eu le bonheur et le courage de sauver ces précieux restes de la profanation des tombeaux de S'-Denis en 1793 ; vu les deux attestations jointes au mémoire du sieur Manteau et données successivement par M. le marquis de Nicolaï, ancien préfet du département de l'Aisne, l'autre par M. le comte de Floirac, préfet actuel dudit département, qui constatent la véracité du sieur Manteau et l'authenticité de ces illustres parcelles ; vue la lettre du Ministre de la maison du roi en date du 28 juillet dernier et celle de M. le baron de la Porté, directeur des fêtes et des cérémonies du 29 du même mois, pour régler, de concert avec le grand aumônier de France, la manière de procéder au dépôt des dites parcelles ; avons prince de Croy, grand aumônier de France, en présence de M. l'abbé de Grandchamp, doyen du chapitre royal de S'-Denis et de M. l'abbé de Cugnac, dignitaire dudit chapitre et gardien des tombeaux, nommés par nous commissaires à cet effet, et en présence de M. Cahier orfèvre du roi et chargé de clore les boîtes qui renferment les dites parcelles, les avons déposées chacune dans celle des boîtes à ce destinée et portant l'inscription conforme aux précieux restes qu'elles contiennent, lesquelles boîtes ont été closes et vissées en notre présence par ledit sieur Cahier, pour être de Paris transportées aux tombeaux de S'-Denis, les jour et heure qui auront été désignés; en foi

lieux, dans ces demeures souterraines « dont

de quoi nous avons signé, avec les témoins ci-dessus, ce procès verbal qui ne sera clos que le jour du dépôt fait dans les tombeaux de S^-Denis.

-|- G. prince de Crov

g^ A'" de France.

Le Bon de L\ Fertk

L'abbé de Graxdchamp

Doyen de S^-Denis.

L'abbé de Cvgnac Ch"» g^'"" des tombeaux.

Conformément aux dispositions précédentes, le jour etl'heure de la déposition des trois susdites boîtes ayant été fixés au jour même de l'inhumation du corps de S. M. Louis XVIII, en présence de M. le marquis de Brézé, grand-maître des cérémonies, ce jourd'hui i5 octobre 1824, en présence de MM. les Commissaires ci-dessus désignés et de M. le baron de La Ferté, directeur des fêtes et cérémonies de la Cour, nous, grand aumônier de France, avons assisté à la déposition dans les tombeaux de S*-Denis des trois boîtes contenant des parcelles des corps de Marie de Médicis, de Henri IV et de Louis XIV, en foi de quoi nous avons signé et clos ledit procèsverbal, et arrêté qu'une copie signée de nous en sera envoyée au sieur Manteau, comme un témoignage authentique de son courageux respect pour les cendres de nos rois et de l'accomplissement de ses pieuses intentions; et ont signé avec nous MM. les témoins ci-dessus nommés.

A St-Denis, le 25 octobre 1824

-(- G. prince de Croy

gà 4ioi- (ig France.

L'abbé de Grandchamp Doyen de S^-Denis.

Le baron de La Ferté

L'abbé de Gugnac < Ch^o giien dgg to77ibeaux.

Il nous reste à transcrire, au sujetdu cœur de Louis XVII, une intéressante communication de M. Maurice Pascal, qui a bien voulu nous autoriser à reproduire le dessin, pris sur

parle Bossuet, où l'on pouvait à peine ranger les rois et les princes anéantis, « tant les rangs y sont pressés, tant la mort est prompte à remplir ces places. »

Une petite lampe, allumée du dehors, projette une lumière douteuse dans cette lugubre enceinte qui n'évoque plus aujourd'hui que des souvenirs d'exil, de meurtre, de suicide et d'échal'aud.

nature, de l'armoire des cœurs, lors d'une visite qu'il fît à la sépulture royale le 24 mars 1896 : « Le dernier socle de l'ai-moire des Cœurs devait soutenir le cœur de Louis XVII, que le roi Charles X avait accepté et fait déposer à l'archevêché de Paris entre les mains deMonseigneurde Quel en. De l'archevêché le cœur de Louis XVII devait être déposé, et au préalable porté en grande pompe à Saint-Denis, auprès des autres cœurs de sa Race. Mais la Révolution de i83o survint avant que parussent les décrets octroyant les honneurs qu'on devait lui rendre, et c'estpourquoilesocle resta vide. Depuis, ce cœur de Louis XVII fut porté par M. Maurice Pascal à l'aîné des Bourbons, Mk"" le duc de Madrid, qui le lit déposer dans la chapelle royale de Froshdorff où il est actuellement avec plusieurs souvenirs de la Famille Royale, entre autres le fichu ensanglanté que portait sur l'échafaud Marie-Antoinette ».

La remarquable conservation du corps de Henri IV, et, quoiqu'à un degré moindre, celle des corps de Louis XIII et Louis XIV, nous ont engagé à résumer, sous ce titre, les causes d'une pareille résistance à la destruction, qui ont pu piquer la curiosité de certains lecteurs.

Il faut reconnaître, d'abord, que les circonstances, qui influent sur la marche de la décomposition cadavérique, sont loin d'être toutes élucidées, et que l'on observe parfois, à cet égard, des différences considérables sur des corps placés dans des conditions en apparence absolument analogues. « Un exemple frappant de ces différences est rappelé par Briand et

i'j6 LES TOMBEAUX DES ROIS SOUS LA TERREUR

Chaude. Les corps d'individus qui avaient été tués pendant l'insurrection de i83o, à Paris, furent inhumés côte à côte dans le même terrain et exhumés dix ans après ; on observa alors sur ces divers individus tous les degrés de décomposition, depuis la dessiccation complète des ossements jusqu'à une conservation si parfaite des parties musculaires, que les traits étaient reconnaissables^ ».

On sait, en tout cas, que l'accès de l'air, ou du moins de l'oxygène, est une des conditions qui favorisent le plus les progrès de la putréfaction ; qu'elle se fait plus rapidement avec l'élévation et l'humidité de la température ; que l'électricité atmosphérique hâte sa marche ; que le froid, au contraire, la retarde, et que la congélation l'arrête.

Mais, quelle est, en son essence, la cause de la désorganisation des tissus, en vertu de quels phénomènes intimes s'accomplit-elle, et quelles sont les diverses phases de cette

^ Vibcrt. Médecine légale, 1893.

destruction ? Les travaux d'Armand Gauthier sur les ptomaïnes et les leucomaïnes, et ceux de Duclaux sur la décompobition des matières organiques nous permettent aujourd'hui de répondre scientifiquement à cette question jusqu'ici si obscure et de comprendre également les phénomènes qui peuvent arrêter la marche dutravail de décomposition. D'ailleurs, dussions-nous n'esquisser qu'une explication incomplète, le lecteur n'aura rien à regretter, puisque, à notre connaissance, cette étude n'a jamais été tentée, au point de vue qui nous occupe.

Dans le cas ordinaire d'un cadavre enseveli dans un cercueil plus ou moins perméable à Vair, mais assez hermétiquement clos pour empêcher la destruction, concomitante avec celle des microbes, de cette autre faune des tombeaux qui comprend les insectes diptères, coléoptères, lépidoptères, etc., le travail de destruction des tissus s'accomplit en vertu des phénomènes suivants :

i" Des microbes qu'on appelle anaérobies, c'est-à-dire vivant sans air, se livrent à une première transformation des matières albuminoïdes, base de nos éléments organiques, en ammoniaque. Phénomène curieux, ces microbes anaérobies sécrètent, en même temps, une toxine qui suspend rapidement leur vitalité, et arrête ainsi le premier travail de destruction qui modifie à peine l'aspect extérieur des tissus.

2" A ce travail microbien succède rapidement un nouveau phénomène, produit par certains microbes aérobies (auxquels l'oxygène de l'air est nécessaire) , qu'on appelle microbes de Vinogradski, qui transforment, à leur tour, en azotes nitreux les matières albuminoïdes déjà transformées par les microbes de la première phase.

S** Un dernier phénomène se produit enfin, dû à une série de microbes encore aérobies .^ dit nitrifiants^ qui achèvent la décomposition de la matière albuminoïde, en transformant les azotes nitreux en azotes nitriques.

Tous phénomènes accompagnés de dégagement de gaz acide carbonique, hydrogène sulfuré, hydrogène carboné, etc., et de formation d'acide acétique, d'eau, d'alcaloïdes ou ptomaïnes, et de sels qui constituent un résidu terreux.

La décomposition de nos organes s'accomplit donc en vertu d'un travail de transformation dû à des équipes successives de microbes, qui peut varier et se modifier, d'ailleurs, suivant certaines circonstances atmosphériques plus ou moins favorables à la vie microbienne, l'état du cadavre, le genre de mort (les sujets qui ont succombé à des affections septiques, comme Louis XV, se putréfient très rapidement), l'humidité du milieu et le degré d'hydratation des organes.

Dans le cas de Henri IV qui nous occupe particulièrement, il s'agit : 1° d'un corps soustrait à l'influence atmosphérique par les soudures hermétiques d'une enveloppe de

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plomb ; 2° du cadavre d'un roi tué en pleine santé, sans altération préalable des tissus, comme celle qui résulte d'une affection septique ; 3° d'un accident dû à une hémorragie foudroyante qui a déshydraté les organes, ce qui a une importance capitale, étant connue l'influence de l'humidité sur la vitalité microbienne.

Ces conditions étant établies, aussitôt après le décès du roi, le premier travail des microbes anaérobies a pu s'accomplir, travail, nous l'avons dit, de courte durée, qui modifie les tissus d'une façon inappréciable à la vue. Par suite de la faible quantité d'air que contenait le cercueil, les microbes aérobies de la deuxième phase n'ont pu accomplir qu'une transformation de très courte durée également, l'oxygène de l'air leur faisant défaut.

Et le travail de destruction s'est arrêté de bonne heure, dans des conditions d'ailleurs défavorables à la vie microbienne, puisqu'il s'agissait d'un cadavre exsangue, plus ou moins deshydraté.

La fermeture hermétique de Fenveloppe de plomb, qui est la condition première de toute conservation, n'est pas toujours facile à réaliser : le défaut d'occlusion absolue peut tenir à l'imperfection du travail qui a laissé une fissure minime, à celle qu'a occasionnée l'oxydation d'un point faible de la soudure, ce qui explique pourquoi, sur cinquante-quatre cercueils de Bourbons embaumés, cinquante ne présentaient guère qu'une masse informe à la dévastation de 1793.

Et ceci nous amène à dire un mot des embaumements des rois que quelques années réduisaient à des ossements désunis au milieu d'une « putréfaction liquide. »

Nous ne pouvons choisir un plus beau modèle d'embaumement que celui qui fut fait pour M"" la Dauphine par M. Riqueur, apothicaire du roi.

« Cet embaumement s'est exécuté avec tout le désintéressement, l'habileté et la prudence qu'on a pu désirer, en présence de M. d'Aquin, alors premier médecin du roi ; de M. Fagon,

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premier médecin de la feue reine, et qui l'est présentement du roi ; de M. Petit, premier médecin de monseigneur le dauphin ; de M. Moreau, premier médecin de feue M""^ la dauphine ; de M. Félix, premier chirurgien du roi ; de M. Clément, maître chirurgien de Paris et accoucheur de la dite princesse. M. Dionis, son premier chirurgien, opérait, étant aidé de M. Baillet, chirurgien ordinaire, et d'un autre chirurgien du commun : M"'' la duchesse d'Arpajon, sa dame d'honneur, M™" la maréchale de Rochefort, dame d'atour, et plusieurs femmes présentes.

Description du baume qui a été fait pour M^^ la dauphine.

% Racines d'iris de Florence, 3 livres. Souchet, I livre 2 • Angélique de Bohême, gingembre, calamus aroma-

ticus, aristoloche, aa i livre.

Impératoire, gentiane, valériane, ââ 5 livre. Feuilles de mélisse, basilic, ââ i livrer^. Sauge, sariette,thym, ââ i livre.

Ilyssope, laurier, myrrhe, marjolaine, origan, rhue, ââ "2 livre.

APPENDICE l83

Auronne, absinthe, menthe, calament, serpolet, jonc

odorant, scordium, ââ 4 onces.

Fleurs d'oranger, i livre g • Lavande, 4 onces.

Romarin, i livre.

Semences de coriandre, 'i livres 5 .

Cardamome, i livre.

Cumin, caris, ââ 4 onces.

Fruits et baies de genièvre, i livre.

Gérofle, i livre :, .

Muscade, i livre.

Poivre blanc, 4 onces.

Oranges séchées '^ livres.

Bois de cèdre, 3 livres.

Santal citrin, roses, ââ 1 livres.

Ecorces de citron, d'orange, de cannelle, ââ^ livre. Styrax, calamité, benjoin, oliban, ââ i livre ■^. Myrrhe, 'j. livres ^ .

Sandarac, ^ livre.

Aloès, 4 livres.

Esprit-de-vin, 4 pintes ; — de sel, 4 onces. Térébenthine de Venise, 3 livres.

Styrax liquide, 2 livres.

Baume de copahu, j livre.

Baume du Pérou, 2 onces.

Toile cirée.

Le cœur, après avoir été vidé, lavé avec de l'esprit-de-vin et desséché, fut mis dans un vaisseau de verre avec cette liqueur ; et ce même viscère, ayant été ensuite rempli d'un

l84 LES TOMBEAUX DES ROIS SOLS LA TERREUR

baume fait de cannelle, de gérofle, de myrrhe, de styrax et de benjoin, fut enfermé dans un sac de toile cirée de sa figure, lequel fut mis dans un cœur ou boîte de plomb, qu'on souda aussitôt pour être donné à M™^ la duchesse d'Arpajon, qui le mit entre les mains de M^''" Févèque de Meaux, premier aumônier de feue M""" la Dauphine, qui le porta après au Val-de-Grâce. L'ouverture du corps fut faite le plus exactement qui se puisse par M. Dionis, son premier chirurgien. M. Riqueur remplit toutes les capacités d'étoupes et de baume en poudre. Les incisions furent faites le long des bras jusque dans les mains, lesquelles furent munies de cette poudre aromatique, après qu'on eut exprimé tout le sang et qu'on les eut lavées avec de l'esprit-devin ; on en fît autant aux cuisses, qui furent incisées de part et d'autre depuis les reins jusque sous les pieds, et le tout fut proprement recousu. — On se servit d'une grosse brosse pour frotter le corps d'un baume liquide et chaud, fait avec de la térében-

APPENDICE l85

thine, du styrax et des baumes de copaliu et du Pérou, comme il est dosé ci-devant. Chaque partie fut enveloppée avec des bandelettes trempées dans Tesprit-de-vin ; l'on mit autant que l'on put de ladite poudre aromatique entre le corps et les bandelettes. Le corps fut revêtu d'une chemise et d'une tunique religieuse et environné d'autres marques de dévotion particulière, comme d'une petite chaînette de fer, au bout de laquelle il y avait une croix, que cette princesse gardait dans un coffre qu'elle avait fait apporter avec elle de Bavière. On l'enveloppa ensuite dans une toile cirée et on le lia fort étroitement pour être posé dans un cercueil de plomb, au fond et autour duquel il y avait quatre doigts dudit baume en poudre. Ce cercueil, étant bien soudé, fut enchâssé en un autre de bois, tous les espaces vides ayant été remplis d'herbes aromatiques séchées. Les entrailles, bien préparées, furent mises dans un baril de plomb avec une grande quantité des mêmes poudres aromatiques ; on le

l86 LES TOMBEAUX DES ROIS SOUS LA TERREUR

souda bien et on l'enferma dans un baril de bois. ^ »

On se demande comment d'aussi horribles mutilations n'ont pas détourné les familles royales de la pieuse pensée de recourir à l'embaumement de ceux qui leur étaient chers, comment un art ainsi compris a pu rester en honneur près des grands jusqu'à Louis XVlll. Un sujet ainsi tailladé, morcelé et farci « ressemble plus à des viandes préparées, dit Ganal, qu'à un embaumement » ; et, certes, une pareille mutilation ne pouvait être utile qu'à accélérer la décomposition.

On était loin de la pratique des embaumements modernes, dont l'honneur de la découverte revient à Ganal, vers i83o, procédés qui permettent, sans mutilation, sans soustraction d'organes, de conserver indéfiniment un cadavre, sans aucune altération.

C'est sur l'antisepsie, c'est-à-dire sur la puissance de certains liquides de suspendre

* Voir Ganal, Histoire des Embaumements, i838.

OU de détruire la vitalité des micro-organismes qui sont, avec la cessation de la vie, les agents destructeurs de nos organes, que repose l'embaumement moderne.

Aujourd'hui, avec une incision de quelques centimètres au col, sans que le corps soit dépouillé de ses vêtements, il suffit d'injecter dans la carotide une solution de chlorure de zinc^ ou encore mieux une solution de formol, pour obtenir la conservation d'un corps, qui peut rester exposé à l'air, pendant des mois, sans éprouver aucune altération. Si l'exposition à l'air était prolongée plus longtemps, le corps embaumé se dessécherait complètement, dans un temps plus ou moins long, suivant l'état hygrométrique de l'atmosphère et l'élévation de la température qui président aux phénomènes d'évaporation^

^ Elle doit être concentrée jusqu'au degré où le maniement donne aux doigts la sensation d'un picotement.

^ Les momies des Egyptiens devaient leur conservation à l'influence seule des circonstances atmosphériques. La preuve en est que, sans être préparées et seulement couvertes d'une couche de sable, des corps promptement desséchés par une atmosphère chaude et aride se sont conservés inaltérés pen-

i88 LES TOMBEAUX DES ROIS SOUS LA TERREUR

Mis à l'abri de Tair dans un cercueil hermétiquement clos, les corps embaumés se conservent indéfiniment ; et si Ton veut rendre aux tissus à peu près leur couleur naturelle, il suffit de pousser, avant le liquide conservateur, un demi-litre de glycérine tenant en dissolution une matière colorante rouge. Les sujets ainsi traités présentent un simulacre de vie ou plutôt Tapparence du sommeil dans le repos sans fin.

Avant d'achever cette étude où le lecteur pourra nous reprocher d'avoir tiré un médiocre parti d'un sujet aussi plein de situations dramatiques, nous tenons à ajouter qu'on chercherait en vain dans ces quelques pages une intention politique, et que jamais nous

dant des siècles. C'est ce qu'on nomme les momies des sables. On comprend alors que les cadavres égyptiens, préparés par n'importe quel procédé, aient résisté à l'action destructive du temps, lorsqu'ils étaient placés dans des caveaux où la température constante était de 20° et où l'hygromètre restait fixe à 0°. (Voir. Ganal. Loc. cit.)

n'avons confondu, dans notre esprit, l'idée de la Révolution avec les atrocités de la Terreur. Néanmoins, à notre époque où l'on élève chaque jour une statue nouvelle à la Révolution , il est bon de rappeler certaines pages de son histoire qui peuvent fournir des bas-reliefs à son piédestal. Quoi qu'il en soit, en ce qui touche au sujet de notre récit, apologistes comme détracteurs de cette époque tragique, tous doivent en convenir, les hommes abominables, qui violèrent l'asile des morts, ont commis à la fois un crime et une monstrueuse absurdité, comme si la violation des sépulcres était utile à la cause de la liberté, comme si les passions des hommes avaient le droit de fouiller les tombeaux.

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