LES DESTRUCTIONS DES 6, 7 ET 8 AOUT
La physionomie de la Basilique était le 6 août 93 ce qu'elle est aujourd'hui : les nefs, les chapelles n'ont point changé ; les cénotaphes de Glovis II et de Garloman sont aux mêmes places, à quelques pas du maître-autel ; dans le croisillon nord, les figures de Louis XII et de la reine Anne, à genoux et les mains jointes, surmontaient, comme aujourd'hui, la plate-forme du mausolée. Seulement, ce jour-là, la vieille église s'éveillait soudain de sa morne et majestueuse somnolence : elle était toute grouillante de soldats à bonnet rouge, d'ouvriers armés de marteaux et de
leviers\ de groupes nombreux avides devoir.
Un homme était là, un témoin oculaire qui
nous a laissé une relation fort précieuse des
événements". C'était un ancien religieux de
* « Les ouvriers étaient dirigés par un entrepreneur connu, SccUier, sous la surveillance des commissaires de la Convention, des délégués de la Commission des Arts et de préposes de l'administration municipale ». Manuscrit de Gautier, organiste de l'Abbaye. Bibliothèque nationale, sous la cote M. Fr. 11681. Ajoutons que parmi les membres de la Commission des Arts figuraient Alexandre Lenoir dont nous parlerons plus loin, et deux médecins, les citoyens Thourel et Puison.
2 « Journal historique de l'extraction des cercueils royaux, dans l'Église de Saint-Denis, fait par le citoyen Druon, cidevant bénédictin. » Ce récit, signé de lui, forme un cahier de i6X'.iO de dix feuillets, d'une grosse écriture droite et serrée, contenant dix-huit pages de texte et quelques ligues seulement au verso du dernier feuillet, paraphé en marge de la première page et au bas de la dernière : « Penthoin, Dombray, Canet, le 18 janvier 1807 », et portant au bas de la dernière page encore : « J'ai trouvé et pris ce journal chez un ci-devant révolutionnaire, le 3 janvier 1804. »
Cette pièce est inscrite, aux Archives nationales, sous la cote AE i i5 et renfermée dans l'armoire de fer avec les pièces les plus précieuses, munies de sceaux d'or et d'argent, le testament de Napoléon I**'', les étalons du mètre et du kilogramme.
Dans la même liasse se trouvent trois autres manuscrits autographes :
1° L'un est de feu dom Lafoi'cade, ancien religieux de l'Abbaye de Saint-Denis, portant sur la couverture cette mention : (( Ce manuscrit a été remis par les jnaire et adjoints de la ville de Saint-Denis, entendus comme témoins, le i3 janvier 181 7 ». Il contient le récit des exhumations à peu près dans les mêmes termes que le manuscrit de dom Druon, avec