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léable, a retroussé les bords sur trois points, de manière à l6S aoiener au contact; la lampe présente ainsi, non plus la forme plate et arrondie qu'on rencontre généralement k Carthage, mais la forme d*un petit vase à trois orifices, un grand et deux peLits.
« La disposition du caveau offre des particularités remarquables* Ses dimensions sont plus considérables que celles de tous les autres tombeaux; au fond du puils, se trouve une saillie qui semble avoir été destinée k supporter des dalles aujourd'hui disparues; enfin, une cloison taillée dans Ja roche et s*élevant jusqu'à la hauteur de cette saillie divise la caveau en deui parties sensiblement égales. D*un côté, se trouvaient les ossements ; de l'autre, deux bancs de pierre dont il est difficile de comprendre Tutilité, k moins que Ton n'admette que les vivants aient visité les morts. »
M. Vernaz ajoute que ce tombeau n'est pas le seul qui ait existé sur la colline Bordj-el-Djedid. Il en a, en effeti découvert deux autres et il est d'avis qu'il serait facile d'en trouver encore de nouveaux. Mais ces cuveaux funéraires creusés dans le grès tendre, ne renferment aucune trace des squelettes qui y forent jadis déposés. Ils ont été visités par les successeurs des premiers habitants de Carthage et même utilisés, car Tun d'eux a ses parois recouvertes d'un enduit très soigné appliqué sur la rocbe elle-même et qui n'appartient pas assurément à l'époque punique.
Nous avons maintenant terminé Texposé de toutes les découvertes connues des tombeaux puniques à Canhage. Leur ensemble permet de se rendre compte, comme on va le voir, de la façon dont la ville acommencé, s'est formée et s*est développée, et la description particulière de cbacune de ces sépultures fournit de précieux renseignements sur les usages funéraires des premiers fondateurs de Carthage*
RÉSULTAT DES FOUILLKS.
Si maintenant on jette un coup d^œU d'ensemble sur les divers tombeaux dont nous avons raconté la découYorte, on voit qu'ils sont tous placés sur les hauteurs qui entourent, suivant un arc de cercle, la partie basse de Cartliage. Les principales collines de Tancienne ville ont donc été primitivement occupées par des sépultures-
Jusqu'à ce jour, en efTet, on n*a point découvert un seul tombeau punique sur remplacement de la ville basse. MM, Reinach et Babelon qui, dans leurs fouilles de 13S*, croyaient en avoir trouvé un vers te forum (1) ont dû reconnaître qu'ils s'étaient trompés et que ce tombeau était un simple réservoir d*époque punique (2).
Les diverses nécropoles de Cartilage dont nous avons parié ne doivent pas appartenir à la même époque. Tout d'abord, on serait lenlé de croire que, parmi ce^ sépultures, ceJles qui sont creusées dans le roc sont les plus anciennes. Cependant, Texamen attentif du mobilier funéraire qu'on y a recueilli, semble prouver le contraire. Tandis que les chambres sépulcrales de Byrsa et de la colline de Junon ne renferment que des poteries de forme et de fabrication primitives, les caveaux ûe Bordj-el-Djedid, creusés dans le rocber, ont fourni un certain nombre de vases grecs qui en fixent la date à une épot^ue relativement basse.
Plusieurs des tombeaux découverts ù Cartilage doivent être antérieurs de plusieurs siècles à la fondation de lai^ille punique. Ils doivent appartenir à cette époque reculée où de hardis commerçants partis de Tyr vinrent débarquer leur cargaison sur le rivage et échanger leurs marchandises contre les produits naturels du sol africain. C'est autour de ce lieu de débarquement, de dépôt et d'échanges, que se
(1) Tissût. Géographie comparée d$ la Proifincc fiomain^ d' Afrique, T, f, p. &0B, note 1.
t2J Id. T. Il, p. 797.
construisit la ville de Carlhage, car, comme Ta savam- TOent démontré S. Em, le cardinal Lavigerie, le berceau de l'illustre ville fut non pas Byrsa, mais bien la place du marché, sur le bord de la mer. Des habitations s'élevèrent autour de celte espèce de souk que Ton appela plus tard ra^om,puis \b forum et, suivant les coutumes pbénicienneSj on réserva les hauteurs pour la sépulture des morts autour de quelque sanctuaire qui en occupait le sommet.
Lorsqu'une nouvelle colonie tyrienne, celle de Didon, si on doit ajouter foi à la légende, résolut de s*établir d'une façon solide et définitive dans cette splendide position ^ elle entoura la ville d'une muraille et fortifia Byrsa en y conservant le sanctuaire.
Les fouilles semblent indiquer que longtemps encore elle continua d'y enterrer ses morts, Sicile n'y construisait plus de grands tombeaux, elle se contentait d'inbumer simplement les corps au-dessus des sépultures primitives^ les déposant parfois dans des vases après les avoir soumis à l'incinération.
Byrsa a donc été une nécropole avant d'être l'acropole de Cartiîage.
Mais je croirais volontiers que, dès le principe, il y eut sur cette colline le principal sanctuaire. Un fait curieux à signaler, c'est que les grands tombeaux de la colline de Saint- Louis ont tous leur entrée dirigée vers le sud-ouest, tandis que ceux de la colline de Janon s'ouvrent à Topposé, c'est à-dire vers le nord-est. Je crois que cette dilTérence de disposition doit s'expliquer par la présence, entre les deuK nécropoles, d'un temple central situé sur le sommet de iiyrsa à l'endroit ofi s'élève aujourd'hui la nouvefie cathédrale et vers lequel on plaçait la tête des morts en les déposant dans leur dernière demeure. Ce temple devait être celui d'Eschmoun que les Romains identifièrent plus tard avecEsculape.
Plusieurs inscriptions latines que nous avons trouvées sur la colline de Saint-Louis confirment d'ailleurs Templa-
cernent du fameux Àtclépeium qtii, d'après Strabon (1), couronnait te sommet de Byrsa,
On pourrait encore de l'existence d*une nécropole sur la colline deSaint-Louislirerunargumenten faveur de l'opinion de Tissot qui était porté à voir, dans le mamelon isolé voisin des anciens ports, Tacropole de la première Carthage {2^<
Les fouilles de Carthage ont révélé les différentes sortes de sépultures en usage parmi les premiers colons tyriens. Ici c*est Tapogt^e artificiel formé de longues pierres disposées par assises horizontales, à joints verticaux, sans mortier ni ciment, sans dessin ni aucune ligne décorative, sans monnaie ni inscription, tantôt avec niches intérieures^ tantôt sans niches, avec ou sans un couronnement triangulaire destiné h s'opposer à la poussée du sol et aux inTiltrations pluviales. Là, c'est le simple sarcophage, auge monolithe ou composée de grandes dalles j ailleurs, c'est le caveau creusé dans le roc. Parfois on a pratiqué dans le sol vierge une fosse qu'on a recouverte de dalles épaisses après y avoir déposé le cadavre. D'autres fois, on a simple^ ment inhumé le corps sans autre abri que la terre qui le recouvrait. Enfln, à une époque que je crois beaucoup moins ancienne, on trouve des corps d'enfants reposant dans des amphores, puis des ossements d'adultes brûlés et déposés dans des urnes funéraires ou encore simplement noyés dans le sol-
Parmi ces sépultures^ toutes celles qui sont construites le sont de la môme pierre, espèce de tuf coquillier de nature spongieuse dont les antiques carrières se voient encore de nos jours, à Bl-Aouaria dans la presqu'île du cap Bon, Oa trouve la même pierre près de Palerme en Sicile où elle est connue sous le nom de piétina d'Âspra.
Tous les tombeaux puniques découverts jusqu'à ce jour à Carthage sont souterrains. Un puits vertical permettait Vaccès de la porte. Je crois que parfois le puits était rem-
(IJ Livre ivij.
(î) Géogrûphis comparée ^e la Pfoimoe Romains d*Afriquey T. 1, p 5B5
placé par uns espèce de corridor à flanc de colline qui condaïsait de pUin-pied à rentrée du tombeau.
Au sujet de nos « hypogées artificiels », M. le marquis de lie Yogilé a fait les remarques suivantes :
« Le travail de toute la construction est assez grossier; mais il dénoie chez ceux qui l'on conduit l'existence de moyens mécaniques puissants et certaines connaissances malhémaliques- La section du vide de la chambre donne un carré, celle du toit un triangle équilatéral ; Tunité de mesure employée est la coudée égyptienne de 0'n,525,et les chliïres donnés par les principales mesures indiquent des préocçupaLions symboliques : ainsi le côté du carré intérieur et celui du triangle supérieur mesurent 3 coudées ; ta hauteur des assises et la largeur des pierres du plafond Gsl de 0"'j67 ou exactement 9 palmes; la largeur des auges est de 0i«,45, ou 6 palmes ; l'épaisseur du couvercle O'n.S^ ou 3 palmes et ainsi de suite ; tous ces nombres sont des multiples de 3. »
Le corps était souvent déposé dans un cercueil de bois.
Mais, quelle que soit la différence qui existe entre les diverses? sépultures carthaginoises, elles ont toujours ceci de commun qu'elles sont accompagnées de vases funéraires et d'objets ayant appartenu aux morts.
Les nombreuàes poteries trouvées récemment dans les nécropoles primitives de Carthage, sont venues combler pour l'histoire de la céramique, une lacune que M. Perrot signalait, il y a peu d'années, en ces termes (1) :
«( Les fouilles de Carthage n'ont encore rien donné d'intéressant; on parle vaguement de tessons d'une pâte jaunâtre, avec des traces de peinture brune qui rappelaient singulièrement les vases archaïques que l'on exhume à Corintliej à Athènes, dans l'île de Théra, sur plusieurs auties points de la Grèce et en Etrurie. » (Beulé, Fouilles à Carthage^ p. 5G).
{\)m*ioiTed^ VarU T. HI, p. G71.
Parmi les poteries funéraires, la lampe fait parement défaut M. Perrot croit qu'on la laissait allumée lors de la fermeture du tombeau et cet usage semble confirmé par les restes de mèche tantôt complètement calcinée, tantôt à demi-brûlée que nous avons remarqués dans les lampes des hypogées de Byrsa. Le résidu conservé dans une de nos lampes indique qu'on y brûlait aussi des parfums ou des bois de senteur.
Quant aux autres vases placés dans le tombeau, à côté du corps ou même directement sur le corps, il n'est pas douteux qu'ils ont renfermé des aliments, comme c'était la coutume chez les Egyptiens et les Chaldéens. Les détails de nos fouilles ne laissent aucun doute à cet égard. Les grands vases que nous retirons des tombeaux aussi nets que s'ils sortaient du four du potier et sans aucune trace de résidu intérieur, ont dû renfermer une provision d'eau. Pour les autres, le dépôt indique qu'ils ont contenu des aliments plus ou moins solides. Le champignon que j'ai cru reconnaître, les débris certains d'amandes, les traces de lait que j'ai signalées, sont, avec le squelette d'oiseau ou de petit mammifère, autant de preuves d'un usage qui révèle chez les Carthaginois la croyance à une vie future. Nous voyons cependant dans le Deutéronome que les Israélites a vaie nt en horreu r cette coutu me païenne^Lo rsq u1ls o [Traient la dimCj ils devaient, d'après Tordre formel du Seigneur, protester de la sainteté de cette dîme, en déclarant hautement qu'aucune partie n'en avait été employée aux funérailles : * Nec expendi ex his qiiidquam m ï*e ftinebvi (I). »
A ce point de vue encore, nos découvertes ont comblé une lacune, car Ton avait pas encore retrouvé^ au rapport de M. Perrot (2)^ ces aliments dans la tombe pliéniclenne.
(1) Diiui. XX Vr, 11. Les tombaaint puniques de Carthage, remontani k uno trèsbâute antiquité, pauvflnt, pour csrUinftS questions, fournir un précieux comme n taira à nos livras sacrés ; j'ai itidîqaé quelques rapprochements, mais Je& savants, en pM'tIculler les profiasseuis d'Ecriturtî Sainte* an trouveront d'autres k faire.
mHUtùiredtl'Art, ïll, p. 140.
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Les masques et les statuettes de terre cuite sortis de nos fouilles sont précieux pour l'histoire de Tart et pour l'étude de la religion des Carthaginois. On peut en dire autant du masque en pâtes de couleur et de ces colliers formés de perles en pâte de verre de pendants divers et surtout de ces amulettes en faïence égyptienne sans glaçure.
Des trois influences principales, Tégyptienne, l'assyrienne et, la chaldéenne, qu'on reconnaît dans l'art phénicien partout où il se montre, c'est l'influence égyptienne, comme jeTai déjà fait remarquer, qui domine surtout à Carthage.
J'ai déjà dit également que les vases grecs brisés qu'on retrouve par centaines dans la couche supérieure du sol de Byrsa au-dessus des tombeaux puniques, me paraissent complètement étrangers aux usages funéraires. Outre les graffiti puniques, chiffres, lettres, signes particuliers que J*ai signalés sur ces débris, il y en a deux qui portent des caractères grecs ou latins, mais plutôt grecs. Sur l'un se lit la lettre A et sur l'autre sont tracées les deux lettres A et P.
Pour moi, je crois que ces poteries ne sont autres que les vases ayant appartenu aux prêtres du temple d'Eschmoun ou aux militaires casernes dans l'acropole. Chacun avait marqué sa vaisselle d'un signe particulier et, une fois celle-ci brisée, en a jeté les morceaux. C'est ainsi que nous les trouvons en si grande quantité. En dernier lieu on a recueilli avec ces débris grecs une magnifique monnaie punique de bronze. C'est un disque de quatre centimètres et demi de diamètre, épais de six millimètres, portant sur la face une superbe tête de déesse tournée à gauche et sur le revers un joli cheval debout, au repos, tourné à droite et surmonté du globe entre deux urœus, sujet sur lequel j'ai déjà attiré l'attention en faisant la description de notre beau vase de bronze. A propos du cheval figuré sur les monnaies de Carthage, plusieurs anciens auteurs disent que, lors de la fondation de la ville, les premiers colons, en creusant au pied d'un palmier,trouvèrent une tête de cheval, symbole qui, d'après Justin, semblait consacrer le siège de
la cité nouvelle. On rapporte même que le premier nom de la ville fut Kakkabe^ qui en punique signifie tête de ciieval.
Dans les fouilles des tombeaux primitifs de Carthage, Tor est représenté par un chaton sur lequel est gravé le dieu Dès, par un pendant d'oreille à croix ansée, par une bague de femme, une sonnette d'or ornée en filigrane et deux montures de scarabée.
L'argent nous a fourni deux anneaux de sceau et une quantité considérable de petits anneaux formés de III s en roulés j espèces de pendants qu'on trouve parfois enfilés sur des cercles de bronze ayant servi de bracelets, de colliers ou d'anneaux destinés à tenir et orner la chevelure.
Le bronze se montre dans le magnijique œnochoé, dans un mirojrj dans des hachetlesj des sonnettes, des anses de vases, des palères, des castagnetteSjde nombreux anneaux et de menus objets sous forme d'amulettes, perles, cylindres, hameçons, etc.
Enfin le fer (1) qui, selon l'expression de M. Perrot, alors même que Ton sut l'extraire et le travailler, ne se fit place que bien lentement à côté du bronze, apparaU dans l'arme en forme de pic de M. Vernaz, dans notre poigîiard à fourreau de bois, dans une espèce de dard à aiguiser et dans une lame de couteau.
Celte dernière, comme je Tai dit plus haut, conserve des traces de la toile qui î'enveloppait. Je ne reparlerai pas du panier d'osier. Mais je signalerai les disques d'ivoire qui l'ornaient et qui viennent s'ajouter aux autres objets de cette matière, tels que le dauphin, la palmette et une sorte de domino dans un des colliers sortis des sépultures supérieures de Byrsa.
Enfin les œufs d'autruche étaient déposés dans les tombeaux sous forme de vases, de coupes, de disques et de croissants- Sous ces deux dernières formes, les œufs d'autruche
i\} Nous savons par U Oeuèaa (cb. IV) que Tubalcâiïn travaillait la broijzd €l It* kTj fuit maHmtor et f^ber in cuncta Qpcra œrn vt ferri.
nous ont conservé des spëcimens de peinture de la plus haute antiquité.
La glyptique est représentée dans les résultats de nos ' fouilles par quatre scarabées.
Tel est, en résumé, le résultat des fouilles de Carthageau point de vue punique. Mais parmi elles, celles de Byrsa, sont particulièrement intéressantes et ont l'avantage de promettre beaucoup plus encore. Je les préfère parce qu'il m*est facile de les diriger sans nuire à mes autres occupa^ lions et sans y consacrer trop de temps. Il me suffît à l'heure des récréations de me rendre compte de la marche des travaux et si, dans le courant de la journée, quelque surprise vient- éveiller Tattention des travailleurs^ n'étant qu*à deux pas du chantier, je puis m'y transportera Tinstant et, après- avoir donné mes indications, venir reprendre aussitôt mes travaux ordinaires.
Une personne généreuse, M™" Abel Couvreux, fille de M. Decauville, Tin ven leur des chemins de fer porlalîfs, visitant récQjmment n0!=: fouilles de Byrsa, a voulu s'y intéresser d'une façon pratique, en nous olTrant en son nom et au nom de ses frères^ plus de cinquante mètres de vole ferrée et deux wagons pour le transport des terres de déblais. Nous voilà donc propriétaires d'un chemin de fer! Malheureusement, ce qui nous manque le plus souvent, c'est l'argent indispensable pour le faire fonctionner. Avis donc aux amis de la science! Qu'iïs nous viennent en aide et ils faciliteront d'importantes découvertes qui seront autant de surprises pleines d'intérêt pour l'étude des origines et pour l'histoire d'une ville si fameuse qui dispula aux Romains pendant plusieurs siècles, l'empire du monde.
Lyon. — Impr» P. MouBÏn-niisandt rja S^eUa^ 3,
■^T^îT
LES
DE
GARTHAGE