‹ Les tombeaux puniques de CarthageChapitre 5 sur 6 · LES TOMBEAUX DE BORDJ-EL-DJEDID · texte numérisé non relu

LES TOMBEAUX DE BORDJ-EL-DJEDID

La hauteur qui porte le fort appelé Bordj-el-Djedid, n'est autre que le prolongement du plateau de VOdéon. Sur le flanc et au pied de celte hauteur on a également trouvé des sépultures puniques.

Dans des travaux de déblaiement pratiqués à l'angle nord des citernes du bord de la mer, j'ai vu retirer des amphores funéraires qui étaient couchées horizontalement dans lesoL

Mais le point de ce quartier d© Carthage qui a fourni le plus de sépultures primitives, est la grande tranchée creu- Bée en avant des citernes avec le souterrain romain qui lui est parallèle et n'en est éloigné que de quelques mètres.

Tai déjà dit au début de cette notice les découvertes faîtes autrefois en cet endroit par M. GouveL

Mais, il y a deu\ ans, les travaux de restauration des citernes ont amené de nouvelles surprises.

Au commencement de 1889, en régularisant les tàlua de la trancliée» on mit à jour plusieurs tombeaux.

Ces sépultures n*étaient pas des monuments comme les grands tombeaux, de Byrsa. Ils renfermaient cependant bon nombre d'objets funéraires. On me montra une sonnette de bronzej des urnes à double oreillon et h panse ornée de bandes rouges et de cercles noirs, des vases à une seule anse et à goulot long et étroit, puis une patère ornée intérieurement de cercles concentriques, les uns bruns, les autres noirs et enfin une lampe punique- Dans un de ces tombeaux découvert à 6 mètres de pro* fondeur, en pleine argile, c'est-à-dire en plein sol primitif^ on recueillit les objets suivants :

i* Des morceaux d'œufs d'autruche, peints en rouge ;

2" Un vase en terre rougeâtre, haut de Oni,i5 ;

3» Un beau vase» haut de 0%30, sans col, à double oreillon et à panse ornée de cercles blancs et rouges se détachant sur un fond launâtre ;

4o Une espèce de bri^le-parfunis, en terre rouge, baat de 0™,045 et à coupe large de 0"i,10 ;

50 Un vase grec de fine argile revêtue d'un vernis noir. Il est muni de deux anses et mesure dix centimètres de hauteur;

G** Un bel ungueniarlum grec, haut de Û"jU, dont la panse est ornée de deux dragons affrontés. Ces deux animaux fantastiques à queue de lion sont séparés Tun de Tautre par une fleur.

Us sont figurés à l'aide de tons bruns et noirs sur les-

quels on a tracé à la pointe sèche des traiis.qul ont pénétré dans Targile du vase et dont la couleur blanchâtre produit sur Teusemble un curieux etTet.

Cependant ces trouvailles, si intéressantes qu'elles soient, méritent à peine d'être signalées à cô^é de la découverte qui était réservée à M. Jean Vernaz, exioMcier d'artillerie, ingénieur attaché aux travaux publics de la Régence (1),

On connai&saît depuis longtemps, au fond du bassin cylindrique qui occupe l'angle sud des citernes, une ouverture en plein cintre dont l'utilité n'avait pas encore été démontrée. Cette ouverture à laquelle aboutissait un escatier était murée. Il devenait donc intéressant de rechercher dans quelle intention cette baie avait été primitivement ménagée au fond de ce bassin. Tout portait à croire qu'elle avait servi d'entrée à un aqueduc souterrain permettant de vtder et de nettoyer les citernes. Mais on tenait à en avoir la certitude,

M. Jean Vernaz entreprit donc des fouilles dans ce but, et ne tarda pas à découvrir Taqueduc qu41 avait soupçonné. Cet aqueduc avait des dimensions considérables. Il mesurait 11^,70 de largeur et environ 3nij35 de hauteur. Sa longueur était de 27Û mètres.

Après avoir suivi la direction sud sur une longueur de IfîO mètres, Taqueduc, formant un coude presque à angle droit, se dirigeait vers les ruines monumentales situées sur le bord delà mer et qui sont les restes imposants de vastes thermes, comme permettait do le conjecturer leur nom de Dermèche et comme Ta prouvé une inscription découverte par M. Yernaz lui-même.

« Sur son parcours, dit Fauteur des fouilles, cet aqueduc traverse des couches de nature très diflérente, terrains peu

<l) E. Jean-Louis Vernaa, offlder d'artillerie, que son état d© santé avait obligé de quitter Tartnée, vient d*être subitement enlevé à J^aïTiJCtlon de sa fdraiUeetde ses ït ombreux amis 11 est mort le "î avril 1890^ sur la mer Uûuge, à bord le vapeur le Sidneiff qui le trai^sporlaSt vers la Nouvelle- Calédonie, où il allait rejoindre son frère» M. Léon Vernaz» Ingénieur delà Société le Nickel, à. Nouraéa. M. Jean-Louis Vernaz était 5gé de 33 ans.

réaistants sur les extrémiléSp grès plus ou moins friables daae la partie centrale ; tenant compte de cette différence, les constructeurs de Taqueduc se sont contentés, dans la traversée du grès, d'en revèlir les parois verticales d'un simple placage en maçonnerie qui a disparu à pea près partout, tandis que, dans les terres ordinaires, les pieds droits ont été formés entièrement de pierres de taille de forte dimension, encore parfaitement intactes aujourd'hui.

« Des regards de forme carrée et espacés d'environ 10 mètres, permettaient de visiter Taqueduc; des cavités pratiquées dans le parement de Tune des faces de ces regards, facilitaient la descente en jouant le rôle de marches assez régulièrement espacées,

« La voûte est en plein cintre et construite en maçonnerie ordinaire. En bon état de conservation, sur la plus grande partie du développement de l'aqueduc, elle s'est effondrée sur une longueur d'environ 100 mètres dans les grès. »

Cet éboulement partiel de la Toùte permit à M. Vernaz de retrouver h côté de l'aqueduc une vingtaine d'urnes fun<jraires remplies d'ossements calcinés, disposées sans ordre, les unes au-dessus des autres par suite de Taffaissement du terrain sous-jacent et en partie brisées, à Texception de deux d'entre elles qui étaient parfaitement conservées.

Mais ce fut surtout la disparition des pieds droits de Faqueduc dans la partie où il est creusé dans le rocher qui permit h M. Yernaz de constater Texistence d'une nécropole punique que les Romains avaient traversée en creusant ce souterrain. Il reconnut une vingtaine de tombeaux disposés les uns à droitej les autres à gauche de Taqueduc.

Voici en quels termes M. Vernaz expose lui-même les résultats de cette importante découverte :

« Ces tombeaux, taillés dans le grès tendre, sans adjonction de maçonnerie à pierre sèche ou ^i mortier, se rapportent à deux types généraux* Les uns forment de petites chambres rectangulaires où l'on ne peut accéder que par une ouverture percée dans Tun des petits côtés et fermée

par une dalle placée verticalement; les autres, semblables aux auges funéraires dont parle Daux dans son analyse des fouilles de M. Gouvet, sont recouverts de grandes dalles posées à plat. Ces dalles, surtout celles qui sont placées verticalement, ont des dimensions parfois considérables; elles atteignent 2 mètres de hauteur, 1 mètre de largeur et 0",50 d'épaisseur. Elles proviennent, sans aucun, doute, des latomies d'El-Aouaria ou des carrières voisines de la presqu'île du cap Bon, qui fournissent seules des matériaux de cette nature, et l'on se demande au prix de quels efforts des blocs du poids de plusieurs tonnes ont pu être transportés et mis en place avec les moyens primitifs dont disposaient les colons phéniciens.

c Des puits rectangulaires, taillés eux-mêmes dans la roche dont la profondeur atteint jusqu'à 4 mètres, donnent accès à ces caveaux funéraires. C'est au fond de ces puits que se trouvent les grandes dalles qui recouvrent les tombeaux ou qui ferment les ouvertures.

« L'aqueduc ayant traversé les tombeaux qui se trouvent du côté ouest, presque toutes les chambres de cette partie de la nécropole sont ouvertes à la fois sur l'aqueduc et sur un puits de descente ; mais il est aisé de reconnaître que la communication avec le puits se faisait par une petite porte taillée dans la roche, tandis que la communication avec l'aqueduc est purement accidentelle et résulte simplement de l'absence de la paroi rocheuse.

« Les tombeaux du groupe ouest sont au nombre de treize ; dans deux d'entre eux, le caveau a disparu complètement par suite de la construction de l'aqueduc, et il ne reste que le puits ; dans trois autres tombeaux, le caveau a égal<3-' ioaent disparu, mais l'auge funéraire subsiste encore avec ses dalles de recouvrement. Les autres tombeaux sont complets ; je n'ai déblayé entièrement que deux puits, mais j'ai constaté pour les autres la présence de dalles de fermeture.

« Dans le premier, au milieu de la hauteur du puits, est encastré, dans la croûte supérieure du banc de grès, un

cofTrage en dalles dont la direction est perpendiculaire au grand côté du puits; peut-être est-ce là un tombeau d'une époque postérieure, je n*y ai trouvé qu'un fragment de poterie phénicienne.

Vase grec trouvé par M. Veriiaz.

« Les caveaux dont l'ouverture se trouve près de la paroi esty sont beaucoup mieux conservés, ce sont les puits qui de ce côté ont été traversés et modifiés par le passage de l'aqueduc.

« Ces tombeaux sont au nombre de neuf, dans l'un, le puits a disparu ; les sept autres sont complets.

■ Les vases recueiUis dans ses tombeaux sontj pour la plupart, phéniciens: un petit nombre sont de fabncatioa grecque ou italique.

fl! La poterie ptiénicienne, grossière et lourde, à peintures géométriques, ne s'écarUnt guère de deux types fondamentaux, les vases à ventre étroit et k col allongé, et les vases sans col et à large ventre dont la forme a été conservée par les arabes; la poterie grecque, fine, légère.

Vase grec trouvé par M, Vernaz.

peinte avec soin, d'une variété et d'une élégance de formes admirables. 11 est à remarquer que les poteries de provc nance grecque ont des dimensions excessivement faibles et n*ont pu être d'aucune utilité pratique; on ne peut voir en elles que des objets de luxe rapportés par quelque trafiquant et ayant appartenu à des personnages importants^ soit par le rang soit par la fortune,

« Un certain nombre de petites assiettes en terra grossière, des lampes et deux objets qui pourraient avoir été un flambeau et un autel votif^ complètent la collection de poteries découvertes dans ces tombeau^*

« Les objets métalliques y ont été rencontrés en très petit nombre; ce sont des débris de vases en bronze parmi lesquels je ne citerai qu'une anse à tête de femme encore très nette, quelques palères de môme métal et deux armes. L'une de ces armes est en fer, elle a 3a forme d'un pic recourbé dont Fœil apparaît encore sous répaisse

Vâ.se grec trouvé par M. V«rnaz,

couche de rouille ; l'autre, formée d'une lame de bronze, mince et étroite^ devait être ûxée k Textrémité d'une hampe en bois et n est peut-être qu'une lance de cetta époque primitive-

<i Des fragments d'œufs d*aiUrucbe ont été également trouvés dans ces tombeaux. L'un de ces œufs» à peu près complet et assez bien conservé, est décoré de peintures triangulaires au vermillon ; Tartiste qui Ta orné a détaché le segment correspondant au gros bout, a percé ce segment

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d'une ouverlurâ circulaire de la largeur d'une pièce de monnaie et en a fait un support sur lequel l'œuf, placé sur son petit bout, pouvait se tenir en équilibre, ofl'r an t l'aspect d'un vase dont le bord supérieur était dentelé d'une façon sscz régulière .

Vû$e grec trouvé par id, Vernaz, d^na la nécropole du Bordj-el-Djedid,

(ï Tous ces objets étaient enfouis dans ïe sable apporté par les filtrations des eaux pluviales ou formé directement aux dépens de la roche elle-même. Quant aux ossements que les tombeaux avaient dû renfermer, ceux que les Romams avaient respectés, lors de la construction de Taqueduc, étaient presque partout réduits en poussière- Je n*ai pu conserver qu*un crâne brisé et un humérus,.. *

Telle est Tintéressante fo'jille de M. Vernaz.

Depuis cette découverte, un officier de marine, chercheur passionné s'est avisé d^aller visiter cette nécropole souterroine.Muni d'une corde à nœuds, d'une lanterne ctd'un burin, il descendait par un des regards » et, comme autrefois le

célèbre Bosiodans les catacombes de Rome, s'enfermait des journées entières dans la nécropole punique de Bordj-el- Djedid.

Grâce à Ba constance qii*aucune dtfftcuUé ne pouvait lasser, il parvint 'h découvrir une chambre Tunéraire- M. Audemard a bien voulu me remettre sur ses fouilles une note que je suis heureux de reproduire ici.

Note de M. Audemàrd, officier de marine

Les tombes de la nécropole punique de Bordj-eUDjedid pr(5seotentdansleur ensemble une disposition favorable aux recherches archéologiques.

Leur orientation est sensiblement de Touest à Test, et les tombes, pïacées parallèlement entre elles| gisent sur un môme alignement à des dislances h peu près égales*

Profilant de celte disposition, je dirigeai mes recherches sur remplacement présumé d'une nouvelle tombe dont Texistence m*était révélée par la seule Inspection du pïan*

Le procédé qui devait me conduire le plus facilement à un résultat consistait à percer la muraille latérale du tombeau contigu au moyen d'une longue tarière.

En appliquant cette méthode, !a sonde indiqua le vide à une distance d'un mètre vingt-cinq.

Je perçai à cet endroit une galerie et, après en avoir élargi Touverture, j'arrivai dans un tombeau de forme cubique, taillé dans le grès, sans adjonction d'aucune maçonnerie.

Sur Tune des parois était pratiquée Touverture de la chambre funéraire encore fermée par d'énormes dalles en parfait état de conservation.

Le sol était recouvert d'une terre légèrement humide.

crevasBéâj et formant autour des dalles de fermeture un petit monticule produit par les infiltraiions de Feau,

Rien n ^apparaissait k première vue sur le solj si ce n*est une crevasse qui attira mon attention.

En l'exammant, je pus me rendre compte qu'elle était produite par l'éboulement d'un sarcophage de petite dimension, recouvert à peine de vingt centimètres de terre.

Ce sarcophage de forme rectangulaire avait un mètre soixante centimètres de longueur et cinquante centimètres de largeur, 11 ne renfermait aucun objet*

Sur le fond, reposait une poussière noirâtre recouvrant des ossements pulvérisés et impalpables.

^enveloppe de ce cercueil était en bois, si j'en Juge à l'empreinte encore apparente, laissée par les planches sur la terre dans laquelle il était ensevelL

J'ai pu j en outre^ observer sur les parois et principalement sur celle du dessus, de longues raies longitudinales en forme de stalactite provenant de rinflltration de la terre humide à travers les planches disjointes.

Les fouilles que j'entrepris dans le fond du tombeau amenèrent la découverte d'une cavité en forme de parai lélipipède rectangle droit, d^environ vingt centimètres sur quarante.

Cette cavité, également dépourvue de tout objet, ne contenait que les débris du bois qui avait servi à tapisser les parois. Dans la suite, je découvris une cavité analogue placée dans le coin opposé au fond de la chambre funéraire.

En continuant mes recherches, je mis à découvert un deuxième sarcophage de dimensions plus considérables, à une profondeur de trente centimètres environ, au centre du caveau.

Je trouvai là les mêmes débris de sarcophage recouvrant quelques ossements réduits en poussière.

A Tendroit où reposait la tète, c'est-à-dire auprès de la muraille faisant face à l'entrée du tombeau, était placée une

urne brisée, enfouie en contre-bas dans un trou de forme carrée.

En creusant à une plus gfrande profondeur autour du premier cercueil, je découvris un autre sarcophage affectaiît

Plan d'un lombeau punique découvert par M. Auûeu^ivc* Dfflclfir de marine.

une forme 'irrégulière provenant, sans doute, de Tébouiement de ses parois , Comme les deux autres j il renfermait des ossements et des débris de planches; j'en retirai, en outre, trois urnes à large ouverture, une lampe portée sur

une assïeUe en terre grossière et enfin quatre fioles à coi allongé.

Ces diverses poteries sont identiques à celles qui ont été découvertes dans les tombes puniques de Byrsa ; elles sont grossièrement travaillées etporteîilj sur leur pourtour, des peintures brunes»

Les dalles de fermeture du tombeau se trouvant en place, je n'ai pu pénétrer dans le puits de descente qu'en élargissant l'ouverture»

J*ai constaté que ce puits avait été comblé avec le grès provenant du creusement de la cliarabre et que sa longueur dépassait deux mètres.

Disposant de faibles moyens pour faire des recherches j'ai dû renoncer k débïayer le puits et à pratiquer des fouilles dans le but d*y chercher Tauge funéraire que Ton trouve généralement h cet endroit.

Telle est la note de M. Audemard sur ses propres fouilles mais pour faire connaître toutes les découver^tes de tombeaux puniques réalisées jusqu'à ce jour à Cartilage, je parlerai encore de quatre autres sépultures trouvées par M, Vernaz plus près de Bordj-el'Djedid-

NOTE DE M. YeBNAZ

« J'ai déblayé, dit M, Vernaz, deux chambres formant ensemble un tombeau complet avec puits de descente et caveau, analogues, mais non identiques aux tombeaux découverts près de Taqueduo souterrain de Bordj-el-Djedid.

« Les ossements et les poteries qui y ont été trouvés ne laissaient aucun doute sur son origine phénicienne. L'une de ces poteries, dérivée de la lampe punique, mérite d'être mentionnée } le potier, pendant que la terre en était mat'

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