‹ Les tortues éteintes de l'Île RodriguezChapitre 4 sur 5 · GE · texte numérisé non relu

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in-/°, est une remise au net destinée sans

Le second manuscrit, catalogué :

doute à l'impression, comme semblent le témoigner quelques passages ; deux essais d'une autre rédaction sont ajoutés à la fin et reliés avec le tout. Les événements survenus vers cette époque auront mis obstacle à la publication. Bien des détails donnés au journal y sont naturellement omis comme trop personnels. Ce manuscrit est paginé; le quatrain ci-dessus s'y trouve reproduit page 80.

Une carte également manuscrite, à une

assez grande échelle, 2

> Tux CNVIron, y est jointe et porte l'en-tête: +Plan de lisle Rodrigue, située par la latitude de 19°, 29 mi Sud. — 1737.» Derrière se t'ouve

une : + Instruction pour l'atterrissage de l'ile

Rodrigue». Cette carte doit être celle dont parle l'abbé Pingré (p. 163), comme lui ayant été remise au cours du voyage par M. de Puvigné. Sa date se rapproche de l'époque à laquelle aurait été composée la Relation de l'ile Bodrieue, qu'a fait connaitre M. Alphonse Milne-Edwards; n'est-elle pas due au même auteur? Certains noms de localités, identiques sur lun et autre documents, peuvent le faire présumer.

M [la été également consulté par M. Eugène de Froberville et M. Alphonse Milneidwards, qui lun et l'autre le citent.

2} + Le foie est d'une délicatesse extrême et fort gros à proportion de Fanimal; car une Tortue, qui n'a que 15 livres de chair, a le foie de 5 à 6 livres. Il est si délicieux qu'on peut dire qu'il porte toujours sa sauce avec soi, de quelque manière qu'on le prépare» (Leguat, loco cit., p. 89).

l'île; 11 parle aussi à plusieurs reprises du soin qu'il a de récolter des exemplaires et des échantillons pour les rapporter en France.

L'abbé Pingré distingue dans le récit les Tortues de terre, qu'il appelle carosses, des Tortues de mer désignées par lui sous le nom de dos-pavé), expressions évidemment empruntées aux gens du pays, et l’on doit conclure de certaines parties du journal que les premières étaient à cette époque devenues rares. Ceci résulte entre autres du désappointement causé par les déprédations faites, à l'endroit des Tortues, par les Anglais, qui semparaient de Pile ou tout au moins y faisaient incursion pendant son séjour. «Vers cinq heures, une pirogue est partie de la Miononne pour venir à lerre; nous avons vu depuis que c'était pour prendre des Tortues, 1l en était resté au pare» (3 juillet). — «Une pirogue laissée par les Anglais pleine de Tortues, près du pare à Tortues, et qui y était encore hier au soir, a disparu cette nuit, enlevée sans doute par nos fugitifs marrons ©... Nos forbans, au sortir d'ici, paraissent avoir été au pare à Tortues» (4 juillet). — + Nos pirates ont réellement été prendre des Tortues» (5 juillet). — + On à envoyé aujourdhui les blancs avec deux jours de vivres pour chercher de la Tortue» (7 juillet). — «Ils (il s'agit d’un navire en vue) ont un canot en route vers le pare à Tortues» (14 juillet). Sans aucun doute, si ces animaux eussent continué d'être aussi abondants, on se fût moins préoccupé de leur perte, on n'eût pas surtout été obligé, pour s'en procurer de nouveau, à d'aussi longues expéditions. La diminution ne s'explique d'ailleurs que trop facilement par lexploitation abusive qu'on en avait faite les années précédentes, exploitation

dont 1l a été parlé plus haut. sans compter la présence des Rats existant

‘Lors d'une excursion pour reconnaitre dernier, qui avait amené l'abbé Pingré de

le tour de Pile, étant surpris par le mauvais temps, + nous n'avions pas, dit-il, de parapluie proportionné à ceux des carosses que nous avons rencontrés ce matin (carosse est une espèce de grosse Tortue de terre), ni à celui du dos-pavé (Tortue de mer}..... ” (21 Juin).

? Les noms de ces navires pris par les Anglais étaient le Plessis et la Mignonne. Ce

Maurice à Rodriguez, est précisément cité par M. A. Milne-Edwards comme un des quatre bâtiments employés au service du transport de Tortues, dont il a été question (A. Milne-Edwards, 1874, p. 19).

8) L'abbé Pingré paraît désigner sous ce nom les habitants de la petite colonie, qui, à l'approche des Anglais, s'étaient cachés dans les bois.

déjà dans l'ile au temps de Leguat et dont l'abbé Pingré se plaint à maintes reprises 0.

On ne peut mieux faire, au reste, pour indiquer l'impression laissée par ces Reptiles dans l'esprit de l'abbé Pingré, que de reproduire le passage suivant, extrait de la mise au net du récit de son voyage :

«La Tortue de terre n’est pas un bel animal, mais 11 nous a été le plus utile de ceux que nous avons trouvés à Rodrigue. En trois mois et demi de temps que J'ai passé dans cette isle, nous ne mangions presque rien autre chose : soupe de Tortue, Tortues en fricassée, Tortues en daube, Tortues en godiveau, œufs de Tortue, foie de Tortue; tels étaient presque nos uniques ragouls; cette chair m'a paru aussi bonne le dernier Jour que le premier; Je n'en goûlais pas beaucoup les œufs; le foie me paraissait être la partie la plus délicieuse de l'animal. Après cinq semaines de séjour, je fus attaqué d'un flux de sang que je celai, parce que pour le guérir je complais plus sur moi que sur le chirurgien de lisle; la diète et le repos me rétablirent en peu de jours, il ne m'en resta qu'une répugnance extraordinaire et involontaire pour ce foie, que J'avais tant aimé jusqu'alors: dois-je, en conséquence, le regarder comme la cause de mon indisposition? La graisse de Tortue est très abondante et ne se fige pas; c'est ce qu'on appelle huile de Tortue : cette huile n'a aucun mauvais goût, elle est trés saine, nous en assaisonnions nos salades, nous lemployions dans nos fritures et dans toutes nos sauces. Les Tortues de Rodrigue ont 1 pied et demi de long sur 1 pied environ de large; elles étaient autrefois plus grandes, mais on ne leur donne plus le temps de croître : lorsqu'on en trouve d’une taille plus grosse, on leur donne le nom de Carrosses. Ces

d'eau, tes pesches-madame, tes huîtres jaunes,

8 septembre 1761 montrent le souvenir tes... (mot illisible), pavées, Les bananes, tes vieilles, tes crabes,

M) Les adieux qu'il fait à cette ile le tes lunes, tes gueules

qu'il en emportait :

; RE , ; tes langoustes, ete. Adieu aussi à ton eau mi- Adieu done, Rodriguez, adieu tes rats, adieu A dore

i : nérale, à ton huile de tortue, ete.

tes chardons, adieu tes tourlouroux, adieu tes Fo

glraumons, adieu, mesdames les tortues, votre compagnie est bonne sans doute, mais elle est trop prolongée.

Et plus bas :

Adieu donc, Rodriguez, adieu tes poules

L'abbé Pingré semble s'adresser d'abord aux productions du sol, et la seconde fois aux productions des eaux.

% Dimensions équivalant à o m.A87 sur 0 m. 3929.

LMPRIMERIE NATIONALE

Carrosses ne peuvent faire de mal à un homme éveillé; ils ont quelquefois mordu vivement les dormeurs. Les écailles des Tortues de terre nous servalent comme de paniers pour transporter des huîtres ou autres provisions semblables; c'est presque l'unique usage qu'on puisse faire de ces écailles. La chair de ces Tortues est de la couleur de celle du mouton. elle en approche même pour le goût» (second manuscrit, p. 193-194).

Depuis cette époque, on ne trouve plus guère mention faite des Tortues de Rodriguez, sauf pour constater, vers 1770, qu'elles étaient devenues si peu nombreuses qu'on résolut d'abandonner l'établissement conservé jusqu'alors dans cette ile, comme ne donnant pas des résultats en rapport avec les dépenses qu'il occasionnait. Enfin la disparition fut si complète qu'au commencement du siècle, le souvenir de ces animaux était en quelque sorte perdu et 1l devenait impossible de déterminer à quelle ou quelles especes pouvaient se rapporter les récits des voyageurs.

Et cependant quelques rares débris s'en trouvaient dans les Musées d'Europe, par malheur sans lieu d'origine ou, ce qui est peut-être pis, portant à cet égard des indications erronées. Le plus intéressant comme étant le type de l'espèce est la carapace que décrivait Schæplf en 1792, sous le nom de Testudo indica Vosmaeri®”, dénomination régularisée un peu plus tard en Testudo Vosmaert par Fitanger. M. Hubrecht, dans ces derniers temps”, a rappelé que ce curieux objet, faisant d’abord partie de la collection du Stathouder, se trouve actuellement dans le Musée de Leyde.

Cet auteur donne pour ladite carapace les dimensions principales sui-

vantes :

Longueur en hone droite "1." o" 81 Dossière . . .: Longueur en suivant la courbure. . ..... 0 93 : Longueur de la convexité en travers... .. 0 089 Piastione =” MLODEUUR PER R NPE 0 03

à . F 7 O\ 1] Ces mensurations concordent suffisamment avec celles données pa

Schæpff pour justifier l'identification qu'achève de démontrer, d’après PH I J q

0 Schæplf, Historia Testudinum, p. 103, ®) Hubrecht, On certain Tortoises in the pl. XXII (les deux figures inférieures), collections of the Leyden Museum (Notes from 1792. the Leyden Museum, t. HE, p. 41, 1881).

M. Hubrecht, la reproduction sur la planche de certains accidents individuels présentés par cet objet. L'exemplaire avait été donné comme venant du Cap de Bonne-Espérance; cela n'aurait de seconde main, à la rigueur, rien d'impossible, vu l'habitude qu'ont toujours les gens de mer de transporter à bord ces animaux comme vivres frais, les abandonnant souvent là où l’occasion les fait aborder.

Pour suivre l'ordre chronologique, on doit maintenant citer un débris découvert à la fin du siècle dernier avec quelques os d'Oiseaux envoyés plus tard à G. CGuvier, qui présenta le tout à l'Académie des sciences dans sa séance du 12 juillet 1830. Mais une fâcheuse obscurité régna pendant un certain temps sur leur origine.

Voici en effet comment s'exprime l'auteur qui le premier les fait connaître : + M. Julien Desjardins, de l'ile de France, ayant envoyé des ossements qui se trouvent dans cette ile sous des coulées de lave et qui appartiennent principalement à cette grande Tortue terrestre, qu'on désigne mal à propos sous le nom de Testudo imdica, M. Cuvier v distingua d'abord plusieurs os d'oiseaux 1, »

On doit supposer que G. Cuvier avait reçu ces pièces sans indications précises; comme d'un autre côté 11 possédait, depuis déjà plusieurs années, des ossements d'une grande Tortue terrestre de l'ile de France, en ayant figuré dès 182/ l'humérus et le tibia, le nom du donateur le conduisit, par analogie, à rapporter à cette même localité toutes ces pièces, bien que des différences d'aspect montrassent qu'elles ne pouvaient avoir été récoltées dans les mêmes circonstances.

Desjardins, aussitôt qu'il eut connaissance de la précédente communicalion, s'empressa de rétablir la réalité des faits dans une note qui m'est

seulement connue par l'extrait sommaire publié dans le second volume

OU) G. Cuvier, Note sur quelques ossements qui paraissent appartenir au Dronte, espèce + :

d'oiseau perdue seulement depuis deux siècles

(Bull. Se. nat. de Ferussac, t. XXI, p. 192

1830). — Cet article a été reproduit :

Edinburg Journ. nat. and geograph. Science, 2° série, t. TT, p. 30; c'est à cette traduc-

lion qu'ont renvoyé généralement les auteurs anglais.

0) (G. Cuvier, Recherches sur les ossements

ossiles, 2° édit., t. V, 9° partie, p. 248, 1 Ù

pl. XV, fig. 17 et 18, 1894. — Voir également: h*édit.,t.[X, p. 493, pl. 243, fig. 17 et18,1836.

des Proceedines de la Société zoologique de Londres. Voici la traduction

du passage qui sy rapporte : « À propos des os de Dodo (consistant en un

sternum, un crâne et quatre os des membres), lesquels furent envoyés

par M. Desjardins à Paris et ont, l'été précédent, excité à un si haut de-

gré l'attention de M. Cuvier et de M. de Blainville, on prend occasion de

corriger quelques erreurs qui se sont glissées dans les récits publiés à leur

sujet. Ils ont été découverts en 1786 dans une caverne de l'ile Rodri-

oguez(). »

La note de G. Cuvier, comme on le voit, mentionne des os de Tortues.

mais cela par suite sans doute d'une assimilation que la localité fausse

0 Desjardins, Analyse des travaux de la Société d'Histoire naturelle de l'ile Maurice pendant la 2° année (Extrait). — Proceed.

Zool. Soc. London, 1839, p. 111.

La bibliothèque du Muséum possède une intéressante série des publications de la Société d'histoire naturelle de lile Maurice.

Dans les comptes rendus des séances pour les premières années, 1830, 1831, 1839, lesquels, à la vérité, pourraient bien ne pas être complets, étant en feuilles volantes imprimées au recto seulement, sans pagination, Je n'ai pu trouver la communication originale de J. Desjardins sur ces ossements.

Strickland et Melville, dans leur étude bien connue : The Dodo and its kindred: or the history, affinities and osteology of the Dodo, Solitaire and others extinct Birds of the islands Mauritius, Rodriguez and Bourbon (1 h1 pages, 15 planches, London, 1848), ont fait un historique étendu de cette question. Suivant ces auteurs, est en 1789 que ces ossements auraient été trouvés dans une grotte de Rodriguez par un M. Labistour; son beaufils, M. Roquefeuille, en fit don à J. Desjardins vers 1830. Strickland, auquel est due la première partie de l'ouvrage surle Dodo, semble au reste avoir obtenu des rensei-

gnements qui ne sont peut-être pas du domaine public, car il ajoute en note à ce propos : « Lam indebted to M. G. G. Cuninghame for sending me, through sir W. C.

Trevelyan, extracts from the archives of the Mauritian Society, detailing the above facts» (loco cit., 1848, p. 51).

Ces auteurs négligent cependant de faire remarquer que dès 1831, peut-être d'après les renseignements. personnels de Quoy communiqués à Blainville, Guvier avait déjà rectifié cette erreur de localité et dit clairement que ces os d'oiseaux venaient de Rodriguez (Analyse des travaux de l'Académie royale des sciences pendant l'année 1830 , par M. le baron Cuvier. — Ann. Sc. nat., 17° série, t. XXIV, p. 207, 1831).

Strickland et Melville eitent encore, pour la communication de Cuvier, le tome XXI des Annales des sciences naturelles, sans indication de page malheureusement; je ne puis trouver dans ce volume rien qui ait rapport à cette question. Il est également difficile de savoir ce que signifie une seconde indication bibliographique de ces auteurs, ainsi conçue : Revue, sept. 103, 104, 109, 110.» [l y a là une confusion regrettable qui n’a pas été sans obscureir la question.

faisait établir avec ceux décrits et figurés dès 182/h, car, en réalité, 1l nv

en avait qu'un seul, couvert d'incrustations stalagmitiques, prouvant assez,

ere de md at pe me DRE |

Testudo Vosmaeri, Filz.

Radius droit, envoyé à G.Cuvier par Desjardins (grandeur naturelle).

d'ailleurs, qu'il venait bien des mêmes lieux que les os de l'oiseau, lequel n'est autre que le Solitaire de Rodriguez. Strickland et Melville, qui eurent ces piéces en main, se bornent à indiquer en note l'existence d’un os de Tortue sans plus amples développements. Paul Gervais étudia de nouveau ces pièces: toutelois, par une inexplicable méprise, car le travail précité des auteurs anglais lui était connu, l'os en question est décrit comme cubitus du Solitaire Ÿ. Il négligea de le figurer, bien qu'il fasse représenter à nouveau quelques-unes des pièces qu'on trouve déjà sur les belles planches de Strickland et Melville. Cest. cependant, sans aucune incertitude, un os de Tortue; les riches éléments de comparaison que nous possédons aujourd'hui permettent d'y reconnaitre un radius du côté droit, bien que, la roche incrustante

en masquant les contours, la situation soit quelque

peu difficile à déterminer. On en Jugera d'ailleurs par la figure el- jointe

de cette pièce, la première qui ait pu faire authentiquement connaitre

l’une des Tortues de Lepuat®.

À ce propos, 1l n’est pas inutile de remarquer combien fut regrettable,

pour la question des Tortues gigantesques des Mascareignes, la persis-

tance qu'ont mise le

s auteurs anglais à pe pas citer les ossements décrits

0 Striekland et Melville, loco cit. , 1848,

.® P. Gervais, Zoologie et Paléontologie rançaises. Nouvelles recherches sur les animaux sertébrés, dont on trouve les ossements enfouis dans le sol de la France, et sur leur comparaison avec les espèces propres aux autres régions du globe. — 2° édition, Paris, 1859, .L26.

8) «Le Cabinet du Roi renferme aussi une tête de Tortue de terre rapportée de l'ile Rodrigue et qui a près de 5 pouces (o m. 1395) de longueur» (Lacépide, Histoire naturelle des Quadrupèdes ovipares et des Serpens, L. 1, p. 156, 1788). Cette pièce serait antérieure à celle dont il est ici question, mais il n'est pas possible de savoir ce qu'elle est devenue.

et figurés au début par Cuvier. Il n'en est fait mention ni dans Strickland et Melville, n1 dans le grand ouvrage de M. Günther; ici cependant le fait méritait d'être relevé, car c'est là le plus ancien document scientifique positif sur les Tortues éteintes de l'ile Maurice.

Les détails donnés dans les Recherches sur les ossements fossiles sont des plus précis, indiquant que ces objets viennent de +feu M. de Fourcroy, qui les tenait de M. Néraud, habitant de File de France», et «qu'ils ont été trouvés avec d'autres os du même genre au lieu dit des Quatre Cocos") en creusant une citerne». Cest là quil est question du gisement dans «un banc crayeux fort épais, situé sous la lave ». Malgré la confusion subséquente, qui est commise six ans plus tard, on ne peut élever aucun doute sur l'exactitude de ces faits.

La confirmation en était au reste donnée par l'envoi au Muséum d'une série plus riche de débris appartenant à la même espèce et provenant des mêmes lieux, série comprise dans les collections rassemblées pendant le voyage de circumnavigation de lAstrolabe, sous les ordres du commandant Dumont d'Urville, et débarquées à Marseille au mois de mars 1829. On y trouve huit humérus complets ou portions d'humérus, deux fragments assez grands de bassins, deux fémurs incomplets, plus un échanüllon de la brèche craveuse dans laquelle sont enfouis les os et un échanüllon du terrain”. Dans le récit du voyage, aux extraits des journaux des ofliciers de l'expédition, par lesquels se termine le dernier volume, un emprunt fait au journal de Quoy, pendant son séjour à la maison de campagne de Desjardins, près de Flack, donne des détails circonstanciés sur ces amas d'os de Tortues. Ce passage semble avoir échappé jusqu'ici à l'attention des naturalistes :

«+ Nous vimes ensemble, dit-1l, diverses particularités d'histoire natu-

9 D'après les renseignements qui me sont obligeamment fournis par M. A. Grandidier, les Quatre Cocos forment un des huit arrondissements qui composent le quartier de Flack.

® Ces différentes pièces, avec les os décrits dans les Ossements fossiles, ont été réu-

nies dans un même cadre, qui figure dans les collections paléontologiques du Muséum où 1l m'a été possible de les étudier.

L'examen de la roche, qu'ont bien voulu faire MM. Albert Durand et Boule, indique un composé de lapillis basaltiques cimentés

par une malière calcaire.

Ce]

Le

relle, telles que le sol argileux mélangé de galets de terre, qui recele une grande quantité d'os de Tortue. C'est au milieu des terres, à 2 lieues au moins des bords actuels de la mer. — IT sera toujours très difficile de dire comment s’est opérée en un même point la réunion d'une si grande quantité d'ossements de ces animaux, qui ne vont Jamais en troupes nombreuses et dont nous n'avons point rencontré de grands débris entassés sur les plages que nous avons eu occasion de visiter dans divers points du globe. »

Quoy, plus habitué à voir et à entendre parler de grosses Tortues marines que de Tortues terrestres de cette taille, s'exprime comme s'il s'agissait des premières, mais cette confusion n'enlève rien à la valeur de son récit, en ce qui concerne le gisement et la localité. Ajoutons qu'il connaissait les ossements du Solitaire de Rodriguez, les avant vus entre Îles mains de ce même Desjardins avant que celui-ci les envoyät à Cuvier, et qu'il fut, au dire de Blainville ®, l'un des premiers à signaler l'erreur commise sur le lieu d'où provenaient ces débris, ce à quoi plus haut il a déja été fait allusion.

Pour en terminer avec ces ossements de Tortue gigantesque de l'ile Maurice, Je dirai que la comparaison avec des pièces généreusement offertes au Muséum par M. Edwards Newton conduit à les rapprocher de ceux du Testudo inepta. En comparant la figure de l'humérus donnée par Cuvier avec celle de l'ouvrage de M. Günther!®, on arriverait à la même conclusion.

Quant aux Tortues de Rodriguez, un autre pays d'Europe recevait des ossements analogues à ceux envoyés par Desjardins. Ch. Telfair en présentait à la Société zoologique de Londres; on trouve mentionné dans le recueil de celle-ci que +ees débris renferment, avec de nombreux os des

extrémités d’une ou plusieurs espèces de Tortues de terre. plusieurs os de

0 Dumont d'Urville, Voyage de la cor- ®) H.-D. de Blainville, Mémoire sur le Dodo, vette VAstrolabe, exécuté par ordre du Roi pen- autrement Dronte (Didus ineptus, L.). — Lu dant les années 1896, 1027, 1090, 1020. à l'Académie des sciences le 30 août 1830

Histoire du voyage. Paris, 1830-1833, L V, (Nouv. Ann. du Muséum, t& IV, p.33, 1835). p. 648. 6) Günther, loco cit., 1877, pl. XXV, fig.s.

l'extrémité postérieure d'un gros oiseau et la tête d’un humérus(». C'est la répétition de ce qu'avait vu G. Guvier.

Toutefois cela n'avançait pas la question en ce qui concerne la connaissance spécifique du Chélonien signalé par Lepuat, par l'abbé Pingré, et confirmait simplement les récits de ces voyageurs, quant à la présence ancienne dans File d'animaux gigantesques appartenant à ce groupe. On ne pouvait à cette époque, avec si peu de matériaux, arriver à une détermination précise.

Dans leur Erpétolooie pénérale, G. Duméril et Bibron décrivaient de nouveau le Testudo Voesmart, Fitzinger, mais les zoologistes français avaient à leur disposition des éléments d'étude qui, tout en laissant à désirer sous plusieurs rapports, étaient cependant plus complets que ceux vus par leurs devanciers. En premier lieu, c’est une carapace complète (pl. ID), laquelle, sauf la taille, est tout à fait comparable à celle figurée

par Schæpff; elle offre les dimensions suivantes :

ae | Plus grande hauteur. . .. rorreseeseee 0" 26 (PIS prande ar rent eee 0.91 | Longueur en higne droite, ......,..... o »6 Dossière . . .{ Longueur en suivant la courbure. ...... o 65 : Longueur de la convexité en travers. . ... 0009 (HÉONGHEURE SE SR o 1 Phastrons = Tien RP 0 22 | Flèche de la concavité. . ............. 0 02

[existait en outre dans les collections d'anatomie comparée un squelette complet (moins le plastron, comme la remarque en est déjà faite par ces auteurs). Les dimensions de cet individu , que J'ai prises comparative-

ment à celles des exemplaires précédents, différent pour quelques-unes de

0 Ch. Telfuir, Extracts from a letter ad- taire militaire du gouverneur de Maurice, et

dressed to the secretary of the Zoological Society, dated from Port Louis (Mauritius), november St 1839 (Proceed. Zool. Soc. London, 1883, p. 31). — Les détails donnés dans cette lettre sont relatifs aux fouilles faites à l'ile Rodriguez par M. le col. Dawkins, secré-

M. Eudes, résident à Rodriguez. Ces ossements de Tortue, que Strickland et Melville avaient encore pu voir, ont été perdus depuis, au dire de M. Günther (The pigantic Land-Tortoises in the collection of the British Museum, 1857, p. 32).

LA

celles données par Duméril et Bibron, ce qui doit tenir, d'une part, à la manière dont les mensurations peuvent avoir été faites, d'autre part, au

montage et à l'état de la pièce.

Fr Plus grande hauteur. ............... 0" 28? PP) Plus Gtande LANDE. 0 30 | Longueur en ligne droite. . ........... o 68 Dossière. . .{ Longueur en suivant la courbure. ...... 0 70 | Longueur de la convexité en travers... .. o 65

Duméril et Bibron ne connaissaient pas la provenance exacte de leurs exemplures. Après avoir considéré, par de fort bonnes raisons, comme improbable l'idée que la Tortue de Vosmaer habitât réellement le Cap de Bonne-Espérance, une induction, tirée du Journal de Porter, navigateur qui a fait connaitre l'un des premiers Parchipel des Galapagos, les engage à émettre l'hypothèse, assez justifiée au premier abord, qu'elle doit avoir ces iles pour patrie. Gette vue proposée dubitativement n’a pas été confirmée par les recherches ultérieures, comme on le verra dans un instant.

Pendant nombre d'années, on dut s'en tenir à ces connaissances imparfaites, lorsque, pour l'observation du passage de Vénus en 1874, une expédition anglaise ayant été installée à l'ile Rodriguez, des fouilles habilement conduites par M, Edwards Newton mirent à découvert un nombre considérable de débris de Tortues appartenant tant au squelette qu'à la carapace. Depuis 1865 d'ailleurs, des recherches avaient été entreprises dans cette ile, en particulier par M. Georges Jenner, à linstigation de lAssocation britannique pour l'avancement des sciences, dans l'intention de rassembler des matériaux pour l'étude de ces races éteintes et partieuliérement des oiseaux gigantesques vus par Lepuat.

Les ossements de Chéloniens furent remis à M. Günther en même temps que d'autres, également de Tortues, recueillis à l'ile Maurice. Ge fut loccasion pour le savant directeur du British Museum d'entreprendre une revision de ce groupe dont il présenta une premiére parte en 1875 (. la-

A. Günther, Description of the living and extinct races of gigantice Land-Tortoises (Phil.

Trans., t. CLXV, p. 251-284, pl. XXXIIL à XLV. 1876).

quelle fut complétée par son magistral travail de 1877. I avait préalablement fait connaître comme prise de date, en 1873 °, le résultat d'un premier examen, qui lui permettait de caractériser trois espèces, dont une, propre à l'ile Rodriguez, fut nommée par lui Testudo rodericensis, mas il ne lardait pas à la reconnaitre comme identique au Testudo Vosmaerr, Fitzinger, auquel, suivant lui, devait être réuni le Testudo peltastes, Duméril et Bibron.

La question dès lors était élucidée: les importantes remarques de M. A. Milne-Edwards dont il a été question plus haut”, une note complémenture de M. Haddon‘”, achevaient de nous donner la connaissance, tant au point de vue des mœurs qu'au point de vue ostéologique, de cette curieuse espèce décrite en somme depuis 1792, mais que des circonstances particubères avaient fait jusque-là méconnaitre.

On pouvait légitimement craindre quil fût à tout jamais impossible de pousser plus loin l'étude de cette Tortue et qu'on düt se contenter de connaitre ses parties osseuses avec le revêtement épidermique corné de sa carapace. L'attention des zoologistes était, depuis Schæpff, fixée sur le Testudo Vosmaert, et l'on en comptait les représentants dans les collections sans en voir arriver de nouveau spécimen. Un singulier hasard est venu combler cette lacune.

I y a une dizaine d'années, feu Ferdinand Denis, à cette époque conservaleur-administrateur de la bibliothèque Sainte-Geneviève, informa la direction du Muséum qu'on venait, à l'occasion d'arrangements nouveaux, de trouver un certain nombre d'objets dont la place n'était plus marquée dans cette bibliothèque. car ils se rapportaient à la zoologie, demandant qu'on voulût bien les venir voir pour en reconnaitre l'intérêt et, sil y avait lieu, les transporter dans notre Musée national d'histoire naturelle, Comme

il s'agissait surtout de Reptiles, M. le docteur E. Sauvage, aide-naturaliste

9 A. Günther, Preliminary notice of some 2 Voir p. 263 du présent Mémoire. extinct Tortoises from the Islands of Rodri- %) Haddon, On the extinct Land-Tortoises guez and Mauritius (Annals and Magazine of of Mauritius and Rodriguez (Trans. Linn. Nat. Hist. London, h° série, t. XI, p. 397, Soc., °° série, Zool., t. I, p.115, pl. XHT, 1879). 1001).

attaché à ma chaire, fut chargé de procéder à un examen préalable. Il trouva, avec un crâne du célèbre Cartouche, plusieurs peaux de Serpents d'assez belle tulle, mais imparfaitement préparées et clouées sur planchettes; un gros Crocodile, individu très âgé, d'après les dimensions de sa tête boursouflée par l'exasération sénile de sallies osseuses couvertes de profondes r'UpOSILES ; malheureusement cette peau était en très mauvais état, les extrémités des membres en partie brisées et toute la partie supérieure du cou, avec les écailles nuchales et le bouclier cervical, enlevés, on ne saisit pas bien pour quelle raison. Comme la provenance péopraphique d'aucun de ces animaux ne pouvait être établie, 1ls resterent sans emplor, la détermination exacte en étant impossible. n'en fut pas de même d’un dernier animal, -qui se trouvait être une

Il fut ] l

Tortue de grande taille (pl. 1), complètement montée, et que je reconnus © ; \ ne A ; SA F ë ÿ

sans peine pour un très beau spécimen mäle du Testudo Vosmaerr. La forme particulière de la carapace relevée et largement ouverte en avant, comme une niche à chien, suivant l'expression si juste qu'Auguste Duménil avait l'habitude d'employer dans ses cours, reproduisait absolument celle des pièces analogues connues au Musée de Levde et au Muséum d'histoire naturelle. Le peu d'épaisseur de la carapace", la brièveté du plastron et la présence d'une plaque gulaire simple ne pouvaient non plus permettre aucun doute sur cette assimilation.

Bien que le montage laisse certainement à désirer au point de vue artistique et se ressente de l'époque éloignée à laquelle il a dû être fait, que la

ea k 4 : 4 L ea 22

pièce, abandonnée pendant de longues années, ait souffert en quelquesunes de ses parties, cependant la peau est dans un état d'intégrité suffisante pour permettre de s'en faire une idée convenable.

La longueur totale de l’ensemble, prise de l'extrémité du museau à celle

du membre postérieur, est de 1 m. 51; la hauteur au-dessus du sol. de

(M Ce caractère, donné par les auteurs plaques cornées épidermiques. Les contours aux Tortues de Rodriguez, est un peu vague, de ces dernières y apparaissent en relief, comme fout caractère d'appréciation, mais reproduisant par suite le dessin polygonal se précise, lorsqu'on peut examiner la face de la face externe, surtout pour les plaques interne de la dossière, en remarquant la vertébrales. Ceci n’a pas lieu chez Les Tes-

saillie que fait sur celle-ci la matrice des tudo où la carapace osseuse est épaisse.

o m. 60; le cou, étendu directement en avant, mesure o m. 55. Les di-

mensions de la carapace sont les suivantes :

Plus grande hauteur. ................ 07935 Carapace. .…. D A :

| Plus PLANTE ÉPAISSEUR, 0 bo

Longaeur en fiphie droite... ne o 85

Dossière. . .{ Longueur en suivant la courbure. ...... Ô 99

Longueur de la convexité transversale... 0 93

Le ea RP D DU o 64

Plastron. .. ô An

HArpeUR SR Se ee o 30

En comparant cette carapace, pour la forme et la disposition des plaques écailleuses, avec celle, plus petite, dont il a été question précédemment, et avec la description donnée par Duménil et Bibron, on ne trouve que de très légères différences: la cinquième plaque vertébrale est visiblement bombée au lieu d'être presque plane; la premiére costale est plutôt heptagone qu'octogone; tout cela peut tenir à des conditions individuelles, peut-être au sexe.

L'exemplaire du Musée des Génovéfains est, en effet, certainement un mâle; le plastron offre une concavité très prononcée, dont la flèche ne peut être estimée à moins de o m.08 à o m. 09. Pour la petite carapace du Muséum , au contraire, elle est au plus de o m. 0°. La différence est énorme si l'on compare ces dimensions à celles données respectivement soit pour la largeur des plastrons, o m.6/ et o m.2», soit pour la longueur des dossieres, 0 m.8b et om.b6: on pourrait donc, avec quelque raison, considérer la carapace connue des auteurs de lErpétolouie générale, comme provenant d'une femelle.

Chez les Tortues terrestres, lorsque la concavité du plastron du mâle est très prononcée, chez Le Testudo carlonaria, Spix, par exemple, la femelle, on le sait, n'a point cette partie de la carapace plane ou convexe, mais sensiblement excavée. Par contre, 1l est vrai, pour le Testudo elephantina, où la concavité chez le mâle est assez notable, je n'en trouve pas trace sur les quelques femelles que j'ai pu examiner; d’un autre côté, des différences assez notables peuvent se rencontrer pour un sexe donné dans une même

espèce; aussi la manière de voir que je propose pour cet exemplaire du

Testudo Vosmaert, bien qu'elle me paraisse la plus probable, n'est 1er présentée que sous toutes réserves, surtout n'ayant pour la comparaison que deux individus. Le plastron manque, on l'a vu, sur le squelette étudié par Duméril et Bibron , chose d'autant plus regrettable que ce sujet, précisément intermédiaire aux deux autres par sa taille, eût constitué un terme de comparaison très instructif, quel que füt son sexe; autant qu'il est permis d'en juger par la force des os, 11 parait plutôt avoir dû être un mâle.

L'écaillure du cou et des membres, assez bien conservée en général. permet de s'en faire une idée suffisamment exacte, sauf en ce qui concerne le dessus de la tête. Sur cet exemplaire des Génovéfains, la partie supérieure de celle-ci est en mauvais élat, et, comme on a cherché à pallier cet accident par quelques retouches de peinture, semble-tAl, avec de nombreuses couches d'un épais vernis, 1lest dificile d'y rien voir de disnet. Quelques débris de peau, qui restent adhérents au crâne du squelette, donnent de meilleures indications, mais ils se trouvent sur le devant de la tête, et, pour la partie postérieure, on ne peut non plus décider sil y avait ou non de grandes plaques occipito-frontales. Dans tous les cas. 1l est certain qu'en avant n'existait pas la paire de plaques nasales connue chez la Tortue éléphantine; on ne trouve chez la Tortue de Vosmaer que de petites écailles avee quelques plus grandes scutelles, allongées d'avant en arrière, mesurant à peine 0 m.010 sur 0 im. 00 à o m.006 de large et irréguliérement disposées; encore ne les voit-on pas sur lexemplaire des Génovéfains, dont le museau est finement écailleux.

La peau du cou ne présente que des granulations: 1l faut dire que, pour celui-ci comme pour les membres et la queue, la distension excessive due à un montage prossier a pu faire disparaitre certains plis, lesquels. en limitant des ilots de ces granulations, auraient pu donner sur cerlains points l'apparence écailleuse.

À l'avant-bras et à la jambe, par contre, existent au côté externe de larges seutelles, plus développées au membre antérieur, rappelant celles qu'on connait sur les parties homologues des Tortues gigantesques actuellement connues.

Les ongles, aux pieds de devant aussi bien qu'aux pieds de derrière,

sont remarquablement allongés: celui qui se trouve sur les premiers, au milieu de la série, est le plus grand de tous et atteint o m. 07. L'ergot qui arme l'extrémité de la queue n'est pas moins développé; plus large que haut. il mesure environ o m.05 dans le premier sens; extérieurement une ou deux scutelles épaisses lui sont accolées.

Le bec corné qui revêt les mächoires est dentelé, beaucoup moins cependant qu'on n'aurait pu le croire d'après l'examen de la tête osseuse du squelette, sur laquelle le bord correspondant, au moins à la mâchoire supérieure, qui seule m'est bien connue sous ce rapport, est profondément sinueux.

Que cette Tortue vienne de Rodriguez, la chose ne peut faire aucun doute, puisque c'est incontestablement le Testudo Vosmaert, Fitzinger, mais il n'aurait pas été sans intérêt de déterminer l'époque où cet exemplaire avait pu être rapporté et de connaitre les circonstances dans lesquelles un animal aussi précieux avait été recueilh. Les indications positives manquent; l'étiquette qui accompagnait Fobjet porte simplement : + Tortue des Indes+: suscription banale qu'on attribuait, fort improprement, depuis Perrault à tous les gros Chéloniens terrestres. Sur la queue se trouve collé un n° 107: les recherches qu'on a bien voulu faire à la biblio thèque Sainte-Geneviève n'ont pas permis de retrouver un catalogue quelconque pour expliquer cette indication; des numéros semblables étaient placés sur les Serpents ?.

Cette Tortue ne se trouvait pas au Musée des Génovéfans à la fin du Av siècle. Dans l'ouvrage du R. P. Molinet®, où sont cités cependant

quelques Chéloniens de bien moins belle apparence, il n’en est pas ques-

1 Cette étiquette, en gros caractères de o m. 035 de hauteur! est à double face, c'està-dire que le nom se trouve porté sur lun et l'autre côté; il est done certain que la

Tortue a été exposée dans le Musée et pro-

bablement de telle sorte qu'on püût tourner

autour. ® Voici quels étaient pour ceux-ci les numéros : à deux Boa constrictor? 103 et

10h; à un Python indélerminable, 105. Le

Crocodile n'avait pas ou avait perdu cette indicalion;, ne serait-ce pas le numéro manquant 106?

Molinet, Le Cabinet de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Divisé en deux parties. Contenant les antiquités de la Religion des Chréliens, des Égyptiens et des Romains ; des tombeaux, des poids et des médailles, des monnoyes des pierres antiques gravées et des minéraux ;

des talismans , des lampes antiques, des animaux

tion. Sur les planches qui donnent la disposition générale de certaines parties du Musée, on ne la voit pas non plus représentée. Ajoutons qu'à cette époque, précisément celle du séjour de Leguat, l'île Rodriguez était trop peu fréquentée pour qu'on puisse croire qu'on en eût reçu un semblable objet.

Dans les traités bien connus de Desailler d'Argenville®, un chapitre est consacré à la description +des plus fameux cabinets de l'Europe touchant l'Histoire naturelle»; 1l y est question des raretés que renferme la bibliothèque Sainte-Geneviève. Malheureusement, au moment où paraissait la première édition de l'ouvrage, tous les objets avaient dû être emmagasinés dans un garde-meuble, en attendant la construction d'un nouveau bâtiment pour les recevoir. Lors de la seconde édition, Pinstallation était, en grande partie au moins, refaite; l'auteur énumère ® plusieurs objets se rapportant à l'histoire naturelle et autres curiosités, mais sans entrer dans de grands détails ; 1l parle d'animaux suspendus au plafond de la première salle; Ta Tortue se trouvait-elle avec eux? C'est peu probable, car son montage n'indique pas qu'elle ait jamais été accrochée; si elle se füt trouvée dans ou sur les armoires du pourtour, elle eût sans doute attiré l'attention : plusieurs spécimens de moindre importance, au point de vue de la rareté et de nature à moins frapper les veux, sont en effet cités. On peut done avoir la présomption qu'elle ne se trouvait pas encore à celte époque dans le Musée des Génovéfains. Quant à la troi-

sième édition, cest une reproduction textuelle Ÿ de ce que contenait la

les plus rares et les plus singuliers, des coquilles les plus considérables, des fruits ctrangers et quelques plantes exquises, in-fol., 224 pages, avec planches, 1692.

1) Cet ouvrage est désigné sous le nom de: La Conchyliolopie. Son titre à un peu varié dans les éditions successives. (Voir, pour plus amples renseisnements à ce sujet, mon travail: Les collections d'Herpétologie et d'Ichtyologie au Muséum d'histoire naturelle. — Revue scientifique, 1890, t. XLV, p. 013.)

2) Première édition, 1742, p. 208.

8) Deuxième édition, 1757, p. 128.

M) On voit, ilest vrai, aux parties inférieures el latérales du cou, près de la tête, les traces très apparentes d’une constrielion, mais ce n'est évidemment pas là qu'on eût pu prendre un point d'appui pour suspendre l'animal au plafond et cet accident doit être attribué plutôt à une ligature maladroite lors de la mise en peau ou du montage.

8) Troisième édition, 1780, p. 226.

seconde, sauf une omission sans imporlance à l'égard du point parücuber qui nous oceupe1c1. H parait plus que probable que les éditeurs de Desailler d'Argenville, mort à cette époque, s'en sont fiés à ce qu'il avait lui-même écrit précédemment sans prendre la peine de voir à nouveau cette collection.

En somme, sans qu'on puisse rien aflirmer, cest très vrasemblablement dans la seconde moitié du xvm° siècle que cette Tortue dut être apportée à Samnte-(Greneviève et avant 1793. à partir de ce moment Îles objets d'histoire naturelle n'avant plus eu leur place dans cet établissement passé sous la direction du gouvernement central; d'ailleurs, ce qui n'est pas moins décisif, la Tortue de Vosmaer, on l'a vu, n'existait plus dés cette époque à Rodriguez.

Une hypothèse se présentait très naturellement à l'esprit : l'abbé Pingré. génovéfain lui-même et bibliothécaire de la communauté depuis 1753", n'était} pas le donateur, puisqu'il avait été à Rodriguez et v avait vu les Tortues? Mais la lecture de son journal, que j'ai cherché à étudier en détait, à ce point de vue spécial, ne permet pas de Le croire. En effet, pendant son

séjour dans l'ile Rodriguez”, ce savant astronome. qui note si minutieuse-

Alfred de Bougy, Histoire de la bibliothèque Sainte-Genevieve, p. 119, 18h45.

2 Voici brièvement les principaux traits.

du voyage. Le journal commence le 16 novembre 1760 à Paris; lembarquement a lieu à Lorient le Q janvier 1561. Arrivé à Maurice le 7 mai, on en part le 8 pour se trouver en vue de Rodriguez le 26 du même mois; débarquement le 28. Le séjour sy prolonge Jusqu'au 8 septembre; dans l'intervalle, l'ile est prise par les Anglais le 9 juin, mais ils quittent vers le 5 juillet; lobservalion astronomique du passage de Vénus est faite dans de mauvaises conditions le 8 août el l'on repart le 8 septembre. Au retour, l'abbé Pingré s'arrête à Maurice du 12 septembre au 17 octobre, puis Sembarque sur le Bordin

qui le met le 18 à Bourbon. Après v avoir

passé environ un mois, 1l reprend la mer le °0 novembre pour l'Europe. Le 12 février 1702, le Bordin est pris par les Anglais, qui l'amènent à Lisbonne le 24. L'abbé Pingré quitta celte ville le 27 et, abandonnant la voie de mer, rentrait en France par Roncevaux le 28 avril, au bout, écrit-il, de 1 an, 3 mois, 18 Jours, 19 heures, 53 minutes et demie». La narration s'arrête Île 22 mai à Toury (quil écrit Touri), à une vingtaine de lieues de la capitale. La remise au net s'arrête plus tôt, à l’arrivée en France.

Ce journal, qui, à plus d'un siècle en arrière, nous initie à la vie de ce savant astronome el expose d'instant en instant ses impressions personnelles, ses pensées intimes, mériterait d'être publié.

ment ses diverses occupations, ce qu'il fait exécuter à chacun, les spécimens qu'il ramasse comme eurtosités scientifiques, pierres el minéraux, plantes, graines, coquilles, etc., ne mentionne nulle part la préparation d'une Tortue, ce qui n'aurait pas élé cependant un incident sans importance et l'aurait d'autant plus frappé que ces animaux attirérent souvent, comme on l'a vu, son attention. La fin troublée de son voyage empêche également d'admettre qu'il ait rapporté ce représentant des Tortues de Rodripuez, d'un côté ses collections ayant été pillées lors de la prise de son navire, d'autre part son pénible retour en voiture de Lisbonne à Paris ayant dû mettre obstacle à ce quil püt faire transporter d'aussi loin par cette voie un objet aussi encombrant”. Reste l'hypothèse qu'une fois de retour il ait profité des relations qu'il avait laissées aux Mascareignes pour obtenir l'envoi de cette pièce, mais c'est une pure supposition que rien n'appule Jusqu'ici.

H faut malheureusement, à l'heure actuelle. S'en tenir à ces renseignements négatifs sur l'origine de ce curieux spécimen, D'autres exemplaires analogues sont d'ailleurs à peu près dans le même cas : ainsi le Testudo indica, Schneider, disséqué par Perrault, le Testudo Grayr, Duméril et Bibron ; tel a été jusqu'a ces derniers temps le Testudo ephippnum, Günther. Les recherches de M. Baur viennent de montrer que la provenance pour ce dermier pouvait être précisée, l'exemplaire type du Musée d'Édimbourg ayant dû être rapporté par le capitaine Basil Hall de File Abingdon®. Espérons donc que la découverte de documents nouveaux viendra fournir un jour des indications plus décisives sur l'intéressante Tortue du Musée des (rénovéfans; les détails dans lesquels j'ai cru devoir entrer 1e1, en fixant sur ce point l'attention de chercheurs plus heureux,

contribueront peut-être à hâter ce résultat.

4 Citons également cette phrase du journal : « Voici assez de bavardage pour aujourd'hui, trop même dirait le cher comte de Chemillé, auquel je ne porterai point de Tortue» (14 août 1761). Ce comte de Che-

millé, nous dit l'abbé Pingré (p. h), se rendait aux Indes pour servir dans l'armée de la Compagnie.

® Baur, The pigantice Land-Tortoises of the Galapagos islands, 1889, p. 104».

(ll

Les spécimens du Testudo peltastes, Duméril et Bibron, sont encore plus rares dans les Musées que l'espèce précédente et je ne trouve à citer, avec l'exemplaire type du Muséum d'histoire naturelle, que les ossements et les carapaces plus ou moins incomplètes, trouvés en même temps que les débris du Testudo Vosmacri, lors des fouilles récentes exécutées à l’île Rodriguez, fouilles dont il a été question dans le paragraphe précédent.

La description très détaillée de l'£rpétolonie générale est faite d'après «un squelette du Muséum dont on ne connait pas l'origine; malheureusement la tête manque, ainsi qu'une partie des vertèbres caudales "+. Seize ans plus tard, Constant et Auguste Duméril indiquent la Tortue peltaste, comme représentée dans les collections par un type unique : c'est la carapace que nous possédons encore aujourd'hui (pl. HT).

S'agit-il là de deux exemplaires ou d'un seul et même sujet? Cette dernière manière de voir est, sans nul doute, celle qu'on doit adopter. Les recherches que M. le professeur Pouchet a bien voulu faire faire dans les collections d’Anatomie comparée pour trouver un second spécimen n'ont donné aucun résultat; d'autre part, les dimensions de cette carapace répondent très exactement à celles données dans l'Erpétolopie générale. Voici les mesures que nous avons prises; on trouvera dans une deuxième colonne

celles fournies par Duménil et Bibron pour quelques-unes d'entre elles.

Plus prande hauteur 2727721 Re CR it Carapace. 0 ; :

PINS brend'diamelre 7,2... o 924 1 (Longueur en lione droite... 0 39 1 Dossière.: Longueur en suivant la courbure. ... 0 46 o 47 : Longueur de la convexité transversale. 0 48 o A6 ONE SE 0 26 o 25 Plastron. 6 ROUTE R R 0 99 0 29 O 1 Erpétologie générale LA, p.140 ,1835. 3) En additionnant les trois dimensions : ® Catal. méth. Coll. des Reptiles, p. 5, antérieure, moyenne et postérieure, données

n° 91, 18D1. pour le sternum.

Il est difficile de rencontrer dans de semblables mensurations une concordance plus satisfaisante.

L'état dans lequel se trouve cet objet porte aussi à présumer qu'il aurait bien pu appartenir à une préparation anatomique. Non seulement le plastron est détaché par deux traits de scie latéraux, ce qu'on n'aurait sans doute pas pris la peine de fre si on avait simplement voulu conserver la arapace, les dimensions des ouvertures antérieure el postérieure, la petitesse relative du plastron, rendant facile l'enlèvement des parties contenues, mais encore du côté droit, près de la section qui sépare les deux parties de la carapace, deux paires de trous, placées à une certaine distance l’une de l'autre, semblent disposées à l'effet de recevoir des fils métalliques pour former un système de charnière permettant d'ouvrir et de fermer ce plastron. Enfin la dossière elle-même a été sciée sur toute sa longueur à om.02 ou om.03 de la ligne médiane du côté gauche; cette opération a fait, au moins peut-on le présumer, tomber à droite de la section une partie des trois plaques épidermiques suivantes : l'angle interne antérieur de la première marginale gauche, des portions de la première vertébrale et de la cinquième.

Cette carapace est évidemment très analogue à celle figurée par M. Günther sous le nom de Testudo Vosmaeri © Jun., sur la planche XATT de son grand ouvrage (1877). Je trouve également qu'un plastron osseux, long de o m. 25 et large de o m. 20, dont le Muséum est redevable à M. Edwards Newton, avec les autres ossements provenant des fouilles faites à Rodriguez, amène à la même conclusion en ce qui concerne le rapprochement à établir entre ces différents exemplaires.

On peut done regarder comme parfaitement démontré que le Testudo pellastes est bien une espèce venant de cette ile. La carapace de la collecüon du Muséum présente , au reste, les caractères attribués aux Chéloniens terrestres de Rodriguez, à savoir : une plaque gulaire unique et les piéces osseuses remarquablement peu épaisses. Bien que cette dernière particularité soit, à proportion, moins accentuée ici que chez le Testudo Vosmavrr, cependant la saillie des matrices dessinant le contour des plaques épider-

miques est très nette sur la face interne de la dossiére.

Reste à savoir si l'on doit regarder ce Ghélonien comme formant un type spécifique distinet où si, suivant l'opinion de M. Günther, c'est simplement l'état jeune de la femelle de la Tortue de Vosmaer. Malgré l'autorité du savant directeur du British Museum, cette dernière manière de voir ne me parait guère admissible. La discussion des caractères des deux sexes chez le Testudo Vosmaerr, d'après les exemplaires du Muséum, en admettant l'hypothèse proposée plus haut, tendrait à faire croire qu'ils différaient assez peu lun de l'autre quant à la forme générale de leur carapace. On ne voit pas non plus, par ce qui nous est connu du développement dans d'autres espèces de Testudo où genres voisins parmi les Tortues terrestres, qu'on puisse être aulorisé à supposer de semblables changements de forme. Si nous étudions sous ce rapport une espèce voisine, le Testudo elephantina, Duméril et Bibron, dont J'ai pu trouver dans nos collections des exemplures de tailles variées, depuis les plus petits âgés de six mois à une année, mesurant 6 M. 100 à o m.110 de long et du poids de 75 à 100 grammes, Jusqu'à ceux qui atteignent les dimensions gigantesques que l’on sait, on constate que la forme générale ne varie pas d’une manière sensible. Estal des lors supposable qu'un animal à carapace régulièrement bombée d'avant en arrière, avec un contour ovoïde, arrive à donner une dossière tout à fait déclive dés son origine dans le premier sens, et si notablement rétrécie au côté antérieur, pour ne parler que des caracteres principaux ?

La forme des plastrons n'est pas davantage favorable à cette idée. Sur la carapace du type. il présente une coneavité qui, pour être faible, n'en est pas moins nette: sa flèche peut être estimée à o m. 015. Sur le plastron parfaitement intact et de même dimension, peut-on dire, donné par M. Edwards Newton, cette flèche est près de moitié moindre, o m. 008. Bien que la différence soit minime, on peut se demander si l'on n'a pas là les deux sexes; en tout cas, il est douteux qu'au moins le premier soit un individu femelle.

Enfin, sur les plastrons encore, l'aspect du promontoire antérieur se montre très différent dans lun et l'autre type. Surbaissé et continuant le

plan général du plastron chez le Testudo peltastes, est bien plus aigu et

LES TORTUES ÉTEINTES DE L'ILE RODRIGUEZ. nl fortement relevé d’arrière en avant chez le Testudo Vosmaerr. Sans doute. et j'ai peut-être été l'un des premiers à insister sur ce fait pour le Testudo anvulata, Schweigper®, le mâle et la femelle peuvent sous ce rapport. présenter de sensibles différences dans une même espèce, mais elles ne sont pas du même ordre que celles dont 1l'est 11 question.

En somme, d'après les pièces dont on peut aujourd'hui disposer, 1l'est plus rationnel d'admettre la distinction établie par les auteurs de Frpéloloore wenérale entre les Testudo Vosmaert, Fitzinger, et Teshudo pellastes, Duméril et Bibron. Ce seraient 1à deux des trois espèces de Tortues signalées à Rodriguez par les premiers explorateurs.

UL. Vaillant, Description d'une Tortue terrestre d'espèce nouvelle (Testudo ypriphora). — Nouv. Arch. du Muséum, 3° série, t 1, p. 166, pl. XV, 1889.

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