‹ Les tortues éteintes de l'Île RodriguezChapitre 3 sur 5 · IMPRIMERIE NATIONALE · texte numérisé non relu

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archives du Ministère de la marine et dont la date doit être, suivant lui, approximativement fixée vers 1730, se trouvent de non moins intéressants détails sur ces Chéloniens terrestres. + La Tortue de terre, nous dit l'auteur inconnu du Mémoire, est très abondante; elle n’est pas beaucoup grasse eu égard à la grande quantité qu'il y en a et à la disette d'herbe; elle mange les feuilles et les graines des arbres que le vent fait tomber à terre. Il y a de la Tortue de trois espèces et les plus grandes que j'aie vues sont de 3 pieds à 3 pieds 8 pouces ® de longueur d'écaille. Elle n'est pas si commune dans les hauts comme dans les ravines à cause de la disette d'eau dans les temps de sécheresse ©.» L'auteur, étranger sans doute à l’histoire naturelle, mais incontestablement très bon observateur, reconnait, comme Leguat, trois espèces, fait à noter, vu les opinions diverses émises sur ce point par les zoologistes modernes.

Dans ce même travail, M. Alphonse Milne-Edwards donne, d'après des chiffres officiels, une effrayante statistique du nombre de Tortues prises à l'ile Rodriguez pour l'approvisionnement de Maurice et de la Réunion. Du 5 décembre 1799 au 12 mai 1761, c'est-à-dire en dix-huit mois, 30,000 Tortues terrestres furent enlevées par quatre petits bâtiments spécialement affectés à ce service !

À cette époque, un savant génovéfain, associé libre de l'Académie royale des sciences, l'abbé Pingré, venait à Rodriguez pour observer le passage de Vénus. Débarqué le 28 mai 1761, son séjour s'y prolongea jusqu'au 8 septembre de la même année. On possède la relation de son voyage

dans un journal écrit entièrement de sa main. Ge curieux manuscrit", qui

om 97 41 m.19-

2 À, Milne-Edwards, Nouveaux documents sur l'époque de la disparition de la faune ancienne de l'ile Rodrigue (Ann. Se. nat., 6° sér., LIL, art. n° 4h10 4071)

6) A, Milne-Edwards, 1874, p. 19.

En réalité, la bibliothèque Sainte- (reneviève possède deux manuscrits. L'un, véritable journal de l'abbé Pingré, est eatalogué : G!7, in-4°: il à été rédigé pendant le cours même du voyage suivant les im-

pressions du moment, ce qui lui donne un intérêt très particulier; comme il n'y a pas de pagination, je renvoie aux dates pour les citations qui en seront extraites.

Cigit, qui chérit tant Vénus,

Qu'à Rodrigue il fut la surprendre.

De l'astrologue in partibus,

Cher passant, respecte la cendre.

Cette épilaphe burlesque (21 mars 1761)

est offerte à l'auteur par un de ses compagnons de voyage, le comte de Chemillé, dans

m'a été communiqué avee une extrême oblgeance par M. H. Lavonx fils, conservateur-administrateur de la bibliothèque Sainte-Geneviéve!”, fournit sur les Reptiles dont nous nous occupons ici quelques indications, mas se rapportant surtout à l'emploi de ces animaux comme aliment. Ainsi, dès son débarquement dans Pile, Fabbé Pingré en fait l'éloge sous ce rapport: « De retour (on s'était rendu à bord pour achever le débarquement des instruments et autres objets nécessaires à l'expédition), nous avons déjeuné avec du foye de Tortue terrestre, fort supérieur à tout foye que Je connaisse ; celui de la Rave ne fait qu'en approcher de loin» (29 ma): 1l s'accorde en ceci avec Leguat®. Dans un autre passage, ayant à remettre en état ses pendules, avariées par un emballage maladroitement faut de plantes marines fraiches : «au défaut d'huile d'olive, nous tâchons de dissiper les obstacles de la rouille avec de l'huile de Tortue» (50 mai).

Bien que l'auteur, occupé avant tout de ses travaux astronomiques et péodésiques, ne parle qu'incidemment d'histoire naturelle, 1l est loin de s'en désintéresser, comme le témoignent les notes prises sur les différentes

espèces animales et vépétales, sur les pierres et minéraux trouvés dans

le trajet de Lorient à Maurice, et donnera idée du ton humoristique avec lequel est rédigé en maints endroits ce document.

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