OISEAUX
Les Touareg de l'Ouest n'élèvent pas de poules, parce qu'ils n'en mangent pas la chair; on en trouve toulerois quelques-unes t\ Belesso ; elles appartiennent aux Ilarratin fixés dans la Zeriba.
Les oiseaux les plus connus sont :
L'HIRONDELLE, Le PIGEON, Le CORBEAU, Le NKOPHRON, Le GYPAÈTE, Le FAUCON, L'AIGLE,
Imestar' ;
Tidabirin ;
Ar'aledj ;
Tarhaldji;
Tamidda;
Loultam;
J/tader;
L'AIGLE à lète blanche, Azis;
Le FLAMANT,
Adj'aïs (no se rencontre dans l'Adr'ar);
L'AUTRUCHE, Anhil (vient en assez grand
nombre dans TAhnet).
L'AUTRUCHE. — L'autruche mâle se nomme Anhily la femelle Tanhilt, l'autruchon Akart.
Les autruches, disent nos prisonniers, sont des oiseaux essentiellement nomades. Elles vivent en troupe, et ce n'est qu'au moment, de la ponte et de la couvée qu'elles se décident à vivre par couples et à rester en place .
Elles choisissent, pour ficher, un endroit désert, dans le Reg et, de préférence, sur un point sablonneux; leur nid se compose simplement d'un bourrelet de sable au milieu duquel la femelle dépose ses œufs.
Si, au retour d'une absence, l'autruche s'aperçoit que son nid a été découvert, elle casse elle-même ses œufs et disparaît. Si, par suite d'une chasse, elle a dû prendre la fuite, elle les abandonne, soit qu'elle craigne pour elle-même, soit qu'elle ne puisse retrouver son chemi».-
L'autruche est très craintive de sa nature; la vue de l'homme suffit pour la faire fuir.
Nous n'avons pu savoir, d'une manière précise, jusqu'où s'étendent actuellement, au Nord, les parcours des autruches; tout ce qu'ont pu nous dire nos prisonniers, c'est que ces oiseaux viennent en assez grand nombre dans leur pays, qu'ils vont même plus au nord que l'Oued Adrem, mais qu'ils n'arrivent pas jusqu'à Akabli. Il en est ainsi depuis un temps immémorial, et, malgré la chasse que leur donnent les Touareg, on n'a pas constaté de changement appréciable, soit dans leur nombre, soit dans la direction ou la limite de leurs parcours.
Elles se nourrissent des feuilles et des fruits de VAbsaq (gommier), de coloquintes, et avalent les pierres blanches qu'elles trouvent sur le sol.
On chasse l'autruche pendant l'été, et de la manière suivante :
Les chasseurs se divisent en deux groupes : Tun, composé des cavaliers et des propriétaires des meilleurs mahara, force l'autruche ; l'autre suit, d'aussi près que possible, portant l'eau et les provisions.
Il y a des chevaux, entre autres celui que possède actuellement Sidi Mohammed ould Guerradji, qui ne laissent pas prendre à l'autruche une avance de plus de 25 à ao mètres.
L'autruche n'est tuée ni à coups de fusil, ni à coups de couteau, on risquerait de gâter sa dépouille; elle est forcée, puis assommée au moment où elle tombe de fatigue.
La chasse dure parfois plusieurs jours; on n'abandonne une troupe d'oiseaux que lorsqu'elle a été exterminée, ou lorsque ses débris sont parvenus à dépister les chasseurs. Il n'est pas rare de voir ceux-ci rentrer avec seize ou dix-huit dépouilles.
Les dépouilles sont vendues à In Salah ; celle d'un beau mâle vaut 80 douros (400 francs) ; une dépouille de qualité moyenne se paie 50 douros (250 francs).
Minéraux
Nous n'avons pu recueillir, sur les ressources minérales de la région de l'Ahuet, aucune indicalion. S'il s'y trouve des gisements mélalliques, les liobiLanls en ignorenl l'existence.
Ils connaissent la poudre d'or de Tin Bouklou ; il est donc probable que, si pareille richesse existait dans leur pays, ils chercheraient h l'exploiter et en parleraient.
Ils ont ouï dire que le personnel de la 2' mission Flalters avait recueilli, entre Amadr'ar et Temassint, des pierres vertes dont cette circonstance leur a révélé la valeur. Ces pierres étaient des émeraudes (en arabe Zmered) dont quelques-unes avaient la grosseur d'un œuf (1). Il n'y en a pas dans la région de l'Ahnet, mais un en trouverait entre le Hoggar et le pays des Azgueur.
Les Touareg portent tous, au-dessus du coude droit, un bracelet (Abedj) fait d'une pierre nommée Aloulaq. L'AlouUiq est une serpentine, d'un vert très foncé, presque uoir, h grain très serré, dont on trouve des blocs dans les Ouïdan ; il y a même des gour qui en sont entièrement formés. Cette matière est taillée sur place ; elle est ensuite polie et travaillée, aussi bien par les femmes que par les hommes, mais elle n'est pas employée ù d'autres usages que la confection des bracelets.
(i) Voir lo Journal de route de la 2° fi février).
n Flalttrs (jouini-'i? du
Le FER brut n'est pas travaillé dans TAhnet : les armes, les ustensiles y sont articles d'importation.
Le SEL n'existe pas, il vient du Touat. Cependant, dans les terrains de Belessa, on en trouve, de fort mauvaise qualité, et mélangé à la terre. Il est probable que ce sel est de la magnésie, ce qui donnerait à supposer que l'eau n'est pas, à Belessa, aussi bonne que les renseignements de nos prisonniers tendraient à le faire croire.
Le SALPÊTRE, Tisemt n el Baroud,
Le SOUFRE, Tassqfrit,
Le PLATRE, Tehemaq,
La CHAUX, Essebeh,
La PIERRE MEULIÈRE, Tasirt, n'existent pas; on se les procure au Touat.
L'ARGILE (Adaq) se trouve sur certains points indéterminés, mais seules les femmes des tribus de l'Adr'ar* savent en faire des poteries.
L'OR, Ourakj
L'ARGENT, Ajsrefj Le CUIVRE, Ir'ir, Le FER, Tesoulij Le PLOMB, Halloun, ne se rencontrent pas dans la région de l'Ahnet.
Climat — Maladies — Médecine — Hyslène
La région de l'Adrar Minel, traversée (\ sa partie méridionale par lo Tropique, est noturellenieiit très chaude, mais elle n'est pas insalubre; les arbres iriis nombreux qui y croissent et que la choleur, d'une part, le manque d'industrie et l'habitation sous la tente, de l'autre, font respecter, y sont certainement pour quelque chose.
En automne seulement, la fièvre sévit.
Bien que cette fièvre CTlïjjaçJ ait tous les caractères de la fièvre paludéenne: frissons, intermittence; bien, que l'époque à laquelle elle parait soit précisément celle où le T/iem sévit dans nos oasis sahariennes, les Touareg de rouesl lui attribuent une cause assez bizarre : l'abus du blé ou du bechena mangés avant maturité suffisante. Quant au remède employé, il est plus bizarre encore: le malade fait égorger une chèvre, et se place de façon à recevoir, sur la tête, le sang qui retombe sur ses épaules et se répand ensuite sur tout le corps.
LesOPHTHALMIES, Aemanei Tittaoïdn (1), sont fréquentes ; les longues courses dans le sable, sous un soleil torride, les déterminent, la malpropreté les entro-
(I) Litttéraleraent maladie des (deux) yeux. — Il y a ici une remarque do linguistique à faire : En tomaliaq comme on arabe, lu
.uf'me mot sert à désigner l'œil el la source. L'arabe dit Ain, une sourire, ou un a-il, Ainin (forme du duel) les (deux) yeux. L'imohar'
-dit TU. uuc source, ou un œil, Titlaouin (forme du duel) les (deux) jreuit. En langue laninhai), aveugle se dit Derr'at, et borgne tllalU.
tient, et rîgnorance en retarde, souvent même en empêche la guérison. Hommes et femmes emploient comme remède, à la fois préventif et curatif, le Koheul (Tasoult) dont ils se colorent les paupières. Le Koheul (sulfure d'antimoine) s'achète dans TAdr'ar'.
La VARIOLE (Bedi) règne parfois à Tétat épidémique, et avec d'autant plus d'intensité que la vaccination est inconnue, et que les Touareg ne pratiquent même pas, comme les Arabes, l'inoculation du virus variolique.
La ROUGEOLE (Loumet) atteint les enfants; on se contente de couvrir le malade et de le faire transpirer.
Le RHUME (Djebourou) se traite de la même manière. La toux se dit Tessoùt.
Les DARTRES {Anherou) sont fréquentes; on les attribue aux djenoun, et on les traite au moyen d'un philtre qu'on fait prendre au malade; ce philtre se compose d'un mélange de dattes et de diverses écorces d'arbres, sèchées et pilées.
La SYPHILIS (Talaouaït) est très commune; elle est, le plus souvent, héréditaire. On la traite en faisant prendre au malade un mélange de cendres de cornes de mouflon et de dattes pilées ; on ne fait pas usage de la salsepareille, qui semble être inconnue dans l'Ahnet.
Après ces quelques détails, il est presque superflu d'ajouter que la médecine n'existe pas chez les Touareg de l'ouest ; ils n'ont même pas, comme les Arabes, de toubib plus ou moins ignorant; quand, ce qui est fort rare, ils se décident à recourir aux soins d'un médecin, ils s'adressent à ceux d'Akabli, de l'Aoulef ou d'In Salah.
Hors des remèdes empiriques cités plus haut, tout l'arsenal pharmaceutique des gens de l'Ahnet se résume en deux plantes : l'une purgative, le séné (Tardjardjart)^ l'autre sudorifique, le Taîhart (espèce inconnue).
Contre les morsures ou piqûres do reptiles ou d'inseclcs venimeux, on emploie la scarificnlionet, dans les cas gi'aves, l'introduction de la partie scarifiée dans le corps palpitant d'un animal (chèvre ou mouton) égorgé pour la circonstance {!).
Les Touareg de l'ouest n'emploient jamais le feu, dont leurs voisins du Hoggar, et aussi les Arabes, font un si fréquent usage.
On conçoit que, dans une société où la science ne vient pas en aide à la nature, où les conditions d'existence sont particulièrement dures, il s'opère, dès le bas ùye, une séicclion qui ne laisse vivre que les sujets absolument vigoureux.
Ceux-ci, d'ailleurs, observent avec le plus grand soin dos pratiques hygiéniques, ou qu'ils croient telles, et (jul sont les suivantes :
1" Ainsi que nous avons eu déjà l'occasion de le dire, les Touareg de l'ouest n'ont pas, comme ceux du nord, de répulsion pour l'eau. Quand ils en ont à leur disposition, ils s'en servent pour faire leurs ablutions, ainsi que le prescrit le Koran, ce qui revient îi dire qu'ils se lavent, non seulement le visage et les mains, mais aussi le reste du corps.
2" Les femmes, seules, se teignent les moins, les bras et la figure avec de l'ocre jaune ou rouge, parfois même avec de l'indigo ; celte coutume a pour objet de les préserver de l'alteiute du froid et de la chaleur, et aussi de ■ les rendre plus belles », ce qui prouverait que la beauld est une chose de convention.
3" Les hommes, seuls, portent constamment un voile qui ne laisse voir que les yeux. Cet usage auquel ils se
II) Cc! iriiiti'ineat ne se pratique paa seulement chez les Touareg. lÏMis rnvoiis vu employer, dnus le Hodnu de Bariba, puur un petit cnfaat pi<iué par un scorpion, n La ebair du mouton avait-elle absurbù * le poison ", comme le croyait l'opérateur, ou la nature avait-elle agi seule T Toujours cat-il ([uo l'enfant guérit,
conforment avec une rigueur quasi religieuse, est évidemment né de la nécessité, pour ces voyageurs toujours en route sous un ciel de feu, de se préserver des atteintes d'une chaleur excessive, et aussi du sable que soulèvent les vents violents du Sahara.
4° Les hommes se rasent la tête d'une manière très étrange et qui rappelle, un peu, la coiffure burlesque adoptée par les clowns de nos cirques. Ils laissent au milieu, du front à la nuque, une sorte de crête de cheveux, ^Aarfrot^ôa^ et, à hauteur de chaque tempe, une touffe, Tihokkad. Le tout se réunit à la nuque. L'Aharkouba n'est pas tressée, comme chez les Touareg du Nord ; elle est, au contraire, maintenue à une hauteur de doux à trois centimètres au plus.
Alimentatioii — Ustensiles de ménage
La nourriture est préparée par les esclaves négresses. Outre le lait et les dattes, dont il est fait une grande consommation, elle se compose des mets suivants :
TADJELLA. — C'est à peu près la Kesra des Arabes; le blé est réduit en farine au moyen du moulin à bras (Tahounet) ; la pûte, une fois pétrie, est cuite dans le sable. La Tadjella se conserve cinq ou six jours.
TIKAMMAZIN. — Kouskoussou à gros grains (Medjbour); on le cuit en le plongeant dans la merga bouillante ; il est ensuite roulé dans le beurre, puis mangé tel quel, ou assaisonné au goût de chacun.
ASSINQ. — Sorte de bouillie faite de farine de blé ou de bechena, pilée à plusieurs reprises et réduite en poudre presque impalpable; cette farine est cuite dans Feau salée, on laisse ensuite refroidir et VAssinq est mangé quand il a pris consistance.
OUDI (le beurre) se mange avec la Tadjellay sous forme de tartines, et s'emploie dans la préparation de tous les aliments. Comme les Arabes, les Touareg préfèrent le beurre rance au beurre frais.
ROUZ (le riz) vient de Tin Bouktou ; il est apporté, à titre de ghefara^ par les tribus alliées qui habitent TAdr'ar' et par les Imrad de Talak. C'est un plat de luxe qui ne parait que dans les repas des riches.
TALEBEDJAT. — Le Talebedjat est un plat de viande. Celle-ci est fendue, de manière à former des lanières à demi détachées, cuite d'abord, à moitié, dans l'eau, puis battue très vigoureusement. On la place ensuite dans une marmite (Tir'ert)j on l'arrose de beurre et on achève de la cuire sur un feu doux.
IKERAR RINIAN (mouton rôti). — L'animal est décapité, dépouillé de sa peau, vidé, fendu de la gorge à l'extrémité et posé, à la crapaudine, sur un lit de braise où on le maintient à l'aide de pierres posées à l'extrémité de chacun des quatre membres; après quoi on le recouvre de sable et on le laisse cuire pendant environ deux heures.
lENELI (Bechena). — Se réduit en farine, comme le blé, et sert aux mêmes usages ; c'est le « froment du pauvre ». Quand on part en expédition, on en emporte dans des mczoued ayant servi à faire le beurre, puis on en fait de la r'ouina.
Les légumes n'existent pas dans la région de l'Ahnet ; la plupart viennent d'In Salah et du Touat ; cependant, on cultive à Belessa, mais en très petite quantité et seulement pour les besoins locaux :
La CITROUILLE, El Kaboul ;
Le POTIRON, El Guena ; Le MELON BLANC, El Bettik ;
La CAROTTE, Sennaria;
Le NAVET, Aferan ;
Les FÈVES, Foui;
L'OIGNON, El Bessel ;
L'ÉCHALOTTE, El Halba ;
L'AIL, Tissekart.
Les fruits consommés sont :
La GRENADE, Roumarij } venant du Touat et d'In
Les AMANDES, LoujSj ( Salah ;
Le RAISIN. As Zcbib,]
, , venant de TiL (Hoggar) ;
La FIGUE, Ahar. \ \ oo / -
L'ABRICOT esl inconnu.
Le THÉ, le CAFÉ ne sont consommés que chez les gens riches qui les achètent ù In Salah, au Touat, etc.
L'usage du tabac est très répandu, mais il n'est pas absolument général : les femmes, comme les hommes, prisent et fument la pipe ; 11 y a même des hommes qui chiquent.
Les ustensiles de ménage sont :
Un moulin à hras, TAHOUNET, des plus primitifs : c'est une pierre plate sur laquelle on écrase le grain, à l'aide d'une autre pierre, de forme, autant que possiWe, ronde ou cylindrique, qu'on roule avec les deux mains.
Uq mortier, TINDI, et son pilon, IHARRAN, en bois à'absaq ou de tebouraq.
Une marmite, TIR'ERT, en poterie, fabriquée dans l'Adr'ar'.
On boit dans des Setla en cuivre, venant de R'àt, ou dans des vases en bois taillés, par les femmes, dans des blocs de Tabctqat (jujubier sauvage).
On mange dans de la vaisselle en bois venant du Soudan. Cette vaisselle, très belle, « très supérieure à celle de Kabylie », est noire ; elle est taillée dans des Ironcs d'arbres inconnus dans l'Ahnet et qu'on nomme Akakou, Adrass, Taouïla (ce n'est pas t'ébénier dont le nom est yabnous).
Les pièces qui composent le service sont au nombre de trois seulement :
1" Une grande guessâa dont les dimensions varient suivant le nombre de convives qui doivent prendre place autour d'elle. Les petites (TARAHOUT) sont pour quatre ou huit personnes; les gronde.s (TAR'LALT) peuvent recevoir jusqu'à trente convives ;
2« Une grande cuillère à pot, ASSEROUl ; 3^ La cuillère individuelle, TESSOKALT.
II n'est pas fait usage de lumière la nuit; les gens riches, seuls, ont des lanternes à huile, de provenance européenne, qu'ils font venir de R'àt, ou bien ils brûlent des bougies qu'ils se procurent à In Salah.
Costume
Les Taïloq el les gens des outres tribus de la confédération portent des vêtements conrecLionnés avec des étoffes Tabriqués en dehors de leur pays. La plupart de ces étoffes vieiinenl du Soudan;* le principal centre de ftibricalion est Kenou (Kauo de la carte de l'Afrique occidentale déjà citée), au sud de Damergou; on en tire aussi de deux autres Ksour situés au N.-O. de Kenou ; Kûura et Noufl (peut-être Kourac et Kounefl, de la même carie).
Le costume des hommes se compose des pièces suivantes :
TEKOUMBOUT. — Chnchia rougo, très haute, avec gland noir très volumineux. La Tekoumboui vient généralement de Tunis ; elle se vend à In Salah. {On n'a pu nous renseigner sur la valeur).
TEDJOULMOUST. — Voile noir, fait d'une espèce do gaze très fine, lissée en bandes longitudinales qui sont cousues les unes aux autres. Plus H y a de bandes, plus le tedjoulmoust a de valeur. Les plus estimés viennent de Kenou (Kano); le nombre de leurs bandes vu jusqu'à douze. Un tedjoulmoust fin vaut un mouton.
Les hommes seuls sont voilés jour et nuit; il est dé- Tendu aux femmes de se montrer autrement que le visage découvert (I).
(Il « Un Targui, quel qu'il soit », dit M. Duveyrier, < (trairait » manquer aux convenances en se dévoilant devant quelqu'un.,., A
ACHCHACH (c'est le mot arabe Ech Chach). — Longue pièce de cotonnade blanche qui s'enroule autour du corps. Elle forme d'abord turban, à la base du Tekoambout ; elle descend ensuite sur les épaules, puis à la taille, de façon à dessiner une ceinture et de larges bretelles. L'étoffe se nomme Makhmoudi ; elle est de fabrication européenne ; c'est probablement le madapolam dont on trouve de grandes quantités sur tous les marchés de l'Algérie. Les Touareg l'achètent à In Salah, où elle arrive par le Mzab (aucun renseignement sur le prix).
TIKARHaIt. — Ceinture en laine rouge, qui se porte sous VAchchach; même provenance que celui-ci ; valeur indéterminée.
TIKAMIST. — Sorte de blouse très ample et sans manches {yAbata des arabes), en cotonnade à carreaux bleu et blanc (1), plus ou moins richement brodée. Se fabrique à Taïlent (?) dans le Soudan, et se paie d'un chamelon.
KARTEBA. — Pantalon, de même étoffe que le Tikamist et, comme lui, à carreaux bleu et blanc. Il a la forme du pantalon des zouaves, avec cette différence qu'il descend jusqu'à la cheville, où il se termine par une jambière étroite et haute de douze ù quinze centimètres. L'étoffe vient de Taïlent, le vêtement est confectionné dans la famille. Le prix est équivalent ù celui d'une chèvre.
IR'ATIMEN. — Sandales en peau de zèbre recouverte en peau de chèvre teinte en rouge. Elles se fabriquent à
» Paris, j'ai vainement sollicité le Cheikh Othman et ses deux dis- » ciples de laisser tomber leur voile devant rapj)areil photogra- » phique... » Plus heureux que l'illustre voyageur, nous avons obtenu, par la persuasion seule, de nos six prisonniers, ce que le Cheikh Othman lui a refuse ; néanmoins, il était facile de voir» ne fût-ce qu'à reinpressement qu'ils mettaient à replacer leur voile après l'opération, qu'ils se sentaient mal à Taise le visage découvert.
(1) Les Touareg du Nord portent des vètemenls bleu uni.
Idjadah. Une paire &Ir'aUmen pour homme ae paie dix (Iràa de cotonnade.
On rail aussi usaye, quelquefois, de Bolr'a algériennes ou tunisiennes qui se vendent à In Sulali, mais l'Ir'atimen esl la chaussui'e nalionale.
ABERXOU. — Le burnous ne fait pas partie du costume des Touareg ; quelques individus eu achètent à lu Salah et les portent esceptioimellemeiit, mais c'est alors un costume absolument de fantaisie.
ABEDJ. — Bracelet en serpentine {Alloulag}. Se porlo au-dessus du coude droit ; il donne plus de force pour lancer la sagaie, et, dit M. Dnveyrier, " o^re un point » (f appui solide pour écraser la tête de son ennemi. " L'abedj est très souvent un gage d'amour que la femme targuie offre h son fiancé et sur lequel elle a gravé, ellemême, une inscription.
TEZZABIT. — Boucle d'oreille unique, en argent. N'est pas d'un usage général.
Le costume des femmes comporte les pièces suivantes : JKARRAL— Voile, confectionné avec deux ou plusieurs
TedjoulmousL 11 enveloppe la tête et couvre les épaules,
un peu à la façon d'une mantille.
TIKAMIST. — De môme forme que celle des hommes, mais de couleur noire pour le costume journalier. Quand elles portent le costume d'apparat, les femmes ont des Tikamisi rayées bleu, rouge, noir, vert et blanc. L'étoffe rayée vient du Djerid et varie de prix suivant sa qualité. On rachète fi In Salah.
SEDJEBÈS. — Ceinture, faite d'un morceau de l'étoffe qui a servi à confectionner la Tikanùst.
HAÏKL — Huik en laine et soie. Vient du Djerid, s'achète dans les Ksour d'In Salah, du Touai, etc. ; son prix est ordinairement de 12 à 15 douros (de 60 à 75 francs).
TABEROUK. — Sorte de kaotUij longue pièce d'étoffe de laine à fond blanc, avec rayures où dominent les couleurs bleue, rouge, verte et jaune. Le Taberouk enveloppe la tète et le corps, à la façon du Haik ; il se fabrique au Gourara ; son prix est de 12 à 15 douros (60 à 75 francs).
TEKHABIT. — Troisième hatky de couleur noire, en laine très légère, qui se porte par dessus tout le costume. Se fabrique au Gourara et vaut douze douros (60 ft^ancs).
IR'ATIMEN. — Sandales, de même forme et de même provenance que celle des hommes, mais plus ornementées. Leur prix est de 15 drâa de cotonnade.
C'est là le costume d'une femme riche; il va sans dire qu'il est très simplifié pour les femmes de la classe pauvre.
Les bijoux sont en or ou en argent; ils viennent de Tin Bouktou ; leur valeur est déterminée par leur poids et le fini de leur travail ; ce sont des boucles d'oreilles, des colliers, des bagues et des bracelets. Les femmes des Touareg de l'Ouest ne font pas usage d'anneaux de jambe.
TIR'A. — Le collier se compose de pendeloques qui tombent sur la poitrine et qui sont suspendues au cou, soit par une chaîne de métal, soit par un simple cordon. La femme de Sidi Mohammed ould Guerradji, chef de la confédération, en possède un, entièrement en or, qui passe pour une merveille.
TEZZABITIN (duel de Tezzabit). — Boucles d'oreilles en argent (Asref) ou en or {Ourak). Ce sont de grands anneaux dont le diamètre va jusqu'à 10 et 12 centimètres, et auxquels sont fixées des pendeloques agrémentées de corail. Les boucles d'oreilles en or sont, généralement, d'un diamètre plus grand que celles en argent.
TISSER'IN. — Bagues. La suprême élégance consiste
h en porter une à chaque doigt (pouce compris) et aux deux mains : celles du pouce, du médium et de Tauriculaire sont en or et portent un chaton, très en relief, qui contient un grain de plomb mobile ; celles de l'index et de Tannulaire sont en argent, le chaton est remplacé par un douro. Les bagues ne se portent, en général, qu'avec le costume d'apparat, leur nombre et leurs dimensions rendant tout travail manuel impossible.
JABEDJAN (au singulier Abedj). — Bracelets. Les femmes riches en portent, à chaque bras, autant qu'elles peuvent, en alternant un bracelet en or, un en argent, etc. . . Le bracelet en argent est une baguette unie, terminée par deux grosses boules dont Técartement permet l'introduction du bras. Le bracelet en or est plat, large de quatre à cinq centimètres, et orné de tôtes de clous disposées en quinconce. Il n'est pas ouvert.
Armement
Les Touareg de l'Ouesl sont tous, aujourd'hui, snuf les 1res pauvres gens, armés de fusils il deux coups et ù piston, armes anglaises proliablement, qui s'achètent au Touat et à In Salah, où on les expédie de Tripoli, en même temps que la poudre et les capsules.
Un Fusil (Al Baroiid) se paie d'un meharl ;
Un kilogramme de poudre Çldjil, ou Atou) indigène vaut 4 francs;
Un kilogramme de poudre anglaise vaut, au Touat, deux douros (10 francs) ;
Une boite de cent capsules (Tadar', pluriel Tidar'in) vaut, à lu Salali, environ 40 centimes.
Quelque répandu que soit l'usage des armes à feu, les Touareg de l'Ouest n'ont pas encore, pour cela, abandonné leur ancien armement qui se compose des pièces suivantes:
TILAK. — Poignard, long d'environ 60 centimètres, dont le fourreau est muni d'un large bracelet en cuir qui permet de porter l'arme sous l'avant-bras gauche, la poignée (en forme de croix) ù hauteur de la main, la poinle dans la direction du coude. Le Tilak se fabrique dans l'Aïr, et aussi à In Salah. Généralement, les fourreaux de l'Aïr sont en cuir noir, ceux d'in Salah en cuir rouge. Un TUak se paie de 20 dràa de cotonnade.
TAKOUBA. — Épée à deux tranchants, lame plate et large, poignée en forme de croix. Même provenance que lé Tilak. Une Takouba s'échange contre un âne.
ALLAR*. — Sagaie, entièrement en fer. Elle est barbelée sur une longueur de 20 centimètres environ, au-dessous de la pointe dont la forme est très élégante, et terminée, à l'extrémité opposée, par une partie plus large, aplatie en forme de spatule, que surmonte un bourrelet métallique. C'est quelquefois une arme de hast, mais surtout une arme de jet (1) ; une fois lancée, elle est perdue pour le combattant qui met aussitôt la Takouba à la main. VAllar' se fabrique spécialement dans les ksour de Taoua et Tir'ima, chez les Ouelimmiden, « entre Tin Bouktou et le Soudan, mais plus près du Soudan. » Nous n'avons trouvé Tir'ima sur aucune carte. Peut-être Taoua est-il le Tagoua de la carte de l'Afrique occidentale du Ministère des Travaux publics, point situé près des chutes du Niger et un peu au Nord de Gogo. Une Allar' se paie d'une pièce entière de cotonnade (2).
TAR'DA. — Lance en fer aux deux extrémités; hampe en bols de Tamat. S'emploie comme arme de hast. Elle se fabrique plus particulièrement dans l'Adr'ar, chez les Ifor'ass ; on ne lui attribue aucune valeur, en raison de sa fragilité.
TADJAIHI. — Arc, fait d'un bois léger appelé Kinba (essence inconnue).
TINASSABIN. — Flèches barbelées, en fer, sur corps en roseau, non empennées. Elles ne sont pas empoisonnées.
TITAR. — Carquois, en peau de zébu.
(4) C*est pourquoi nous avons traduit AUar* par Sagaie, et non par Lance qui nous a paru moins exact.
(2) La pièce, Tcbour'it est de 44 drâa, soit de 22 à 25 mètres.
Ces trois derniers objets ne s'emploient plus chez les Touareg de l'Ouest. Leur valeur est inconnue. Ils se fabriquent à Damergou, au sud d'Agadès (carte de l'Afrique occidentale, déjà citée), et dans un village qui appartient à la tribu des Izran, village « situé dans un pays qui produit une très grande quantité de Bechena. »
AR'AR' (en arabe Derga). -— Bouclier en peau d'antilope mohor (lenner). On en fait aussi avec la peau d'un autre animal que les Arabes de l'Ouest désignent sous le nom d'Ouerkj et les Touareg sous celui d'/sem. Bien qu'Isem soit le nom du lion en langue tamahaq, ce n'est pas du roi des animaux qu'il s'agit, nous avons déjà dit pourquoi. Visent, ou Ourek, dont la peau sert à faire les boucliers, paraît être un buffle. L'Ar'ar* se fabrique dans l'Aïr; sa valeur est représentée par deux pièces de colonnade.
Harnachement — Objets divers