PEUVENT NOUS REPROCHER LE MAL QUE NOUS LEUR » AVONS FAIT
Mais on peutadmetlre que, dans l'esprit de son autour, opposant ù la félonie d'un Musulman la générosité des Français, le mot • nous « ait eu un sens plus étendu et doive s'entendre des Touareg en général, et non de telle ou telle confédération en particulier.
Quant ù la menace: < .... Cherche un pays ou tu » PUISSES ÉCHAPPER AUX IIoGGAR.... », elle pcut être prise au pied de la lettre, comme aussi n'èlro qu'une de ces formules emphatiques dont les Musulmans sont si prodigues. Sidi Mohammed oukl Guerrndji, originaire du lioggar, neveu d'Aiiitaghel, oncle de l'un de nos prisonniers (Kenan), cousin par alliance de deux autres (Mastan et Tachcha), affecte de ne pas dSuler de l'appui des Hoggar; jusqu'ici rien ne prouve qu'il lui soit acquis (1).
Parlant du massacre de la 2« mission Flalters, Chilvkadh ag R'ali nous a fait cette réflexion : » Pourquoi le
• Colonel n'esi-il pas passé par le pays des Asfjueur?
• ce sont des gens nobles, il ne lui serait rien arrivé, » pas plus que s'il était passé par notre pays. •
Il est assez curieux de voir se reproduire ici cette opinion que nous trouvons exprimée, à plusieui-s reprises, en partie du moins, dans les documents qui ont fourni la matière du volume intitulé : " Deuxième mission Flalters », que nous avons déjà cité.
(I) Les rapports officiels, parvenus pendant l'inipreaaton, au muis de Juin 1888, c'tablisscnt que Sidl Mohammed ould Gucrradji, qui ftvwit sollicilé l'appui des Hoggnr, avait complfitement échoué clans aes démarches, au moins jusqu'à cette date.
C'est d'abord (page 61) le nègre esclave d'Abd el Hakem, cheikh des Ifoghas, qui, revenant d'In Salah et rencontré par le Colonel, le 9 janvier 1881, le prévient qu'Ahitaghel, chef des Hoggar, est fort mal disposé, et qui le supplie de marchera TEst, sur le territoire des Azgueur;
C'est (pages 179 et 180) le L^-Colonel Flatters lui-même qui, dans son journal de route, à la date du 25 janvier 1881, insiste sur les bonnes dispositions des Azgueur et, en particulier, de leur chef Ikhenoukhen ;
C'est enfin (page 170) une lettre de Si Abd el Hakem, cheikh des Ifoghas, au Commandant Supérieur de Laghouat, Le cheikh rapporte ce propos d'Ikhenoukhen : « Si le colonel passe par les A3gueur et qu'il vienne » nous trouver^ il n'aura que du bien, et s'il fait autre » chose, nous ne commanderons pas sur la route du » Hoggar... »; et il ajoute, lui-même: » S'il (le Colonel) » avait écouté ^os conseils, il ne lui serait rien arrivé » de mal.... »
Que les Taïtoq aient, ou non, trempé dans le drame de Bir el R'rama, ils ont, en résumé, tout intérêt à séparer leur cause de celle des Hoggar, et, bien que nos prisonniers aient paru, nous le répétons, nous donner avec une entière bonne foi les renseignements que nous allons résumer, nous croyons devoir faire les plus expresses réserves, pour tout ce qui se rapporte à ce côté de la question .
Le pays des Touareg de l'Ouest n'a jamais été exploré; le peu qu'on en connaît provient de renseignements fournis, aux grands voyageurs du Sahara, par les Indigènes des tribus voisines, et qui ne sont pas toujours d'accord avec ceux qui nous ont été donnés. Nous n'avions donc aucun moyen de contrôle certain, et les notes qui vont suivre ne sont que la reproduction Adèle
des récits de nos prisonniers. Elles ne sont et ne peuvent être que des documents embryonnaires, des jalons plantés sur une route encore à faire et dont des études plus approfondies pourront, seules, déterminer le tracé définitif.
Alger, 19 avril 1888.
H. BISSUEL.
Les Touareg de TOnest
« Sous le nom de Touareg, nom d'origine arabe et adopté par les » Européens, quoiqu'il soit repoussé par ceux auxquels il s'applique, » on comprend », dit M. Duveyrier (1), « quatre grandes divisions » p>olitiques correspondant à quatre grandes divisions territoriales, » savoii* :
» La confédération des Azdjer, ou Kel Azdjer, au Nord-Est, avec » le plateau du Tassili du Nord et dépendances, pour patrie ;
» La confédération des Ahaggâr, ou Kel Âhaggâr, au Nord-Ouest, » dans le mont Ahaggâr ou Hoggâr des Arabes ;
» La confédération d'Aïr, ou Kel Aïr, plus généralement connue » sous le nom de Kel Oui, au Sud-Est, dans le massif d'A!r, égale- » ment appelé Azben ;
» La confédération des Aouelimmiden, au Sud-Ouest, dont le terri- » toire comprend une région montagneuse, l'Adghagh, et une partie » plane, l'Ahaouagh.
» Les Azdjer et les Ahaggûr constituent les Touareg du Nord, » comme les Aïr et les Aouelimmiden ceux du Sud. »
A ces quatre grandes divisions politiques, il convient d'en ajouter une cinquième : L'AR'RERF AHNET. Les principales tribus de cette confédération vivent dans la région de l'Adrar Ahnet, région indiquée, sur les cartes existantes, sous le nom de Baten Ahnet et imparfaî-
(1) Henri Duvejriûer, Les Touareg du Nord (Paris, 1864. Cballamcl aîné, éd.), page i.
temenl représentée, 5 l'Ouest du Hoggar, par deux plateaux orientés N.-O., S.-E.
C'est à des tribus de cette confédération qu'appartiennent nos prisonniers ; ces tribus, pour continuer la classification de Téminent voyageur, constituent LES TOUAREG DE L'OUEST.
L'Ar'rerf Ahnet
Les Touareg de TOuest forment une confédération (Ar'rerO complètement indépendante, aussi bien de celles des Hoggar et des Azgueur, que de celles d'Aïr et des Ouelimmiden (1), et qui porte le nom d'une montagne de forme bizarre, l'ADRAR AHNET, située à l'ouest du Hoggar dont la sépare une distance d'environ 200 kilomètres.
L'Ar'rerf Ahnet comprend :
1^ Deux tribus nobles qui campent habituellement dans la région de TAdrar Ahnet, savoir :
Les TAÎTOQ, c'est la tribu la plus puissante de la confédération 6 laquelle elle donne parfois son nom ; Les TEDJÉHÉ N OU SIDI ;
29 Une tribu d'iradjenaten (sang mêlé) : les IRECH- CHOUMEN (2), descendants d'un père Taïtoq (noble) et d'une mère des Kel Ahnet (serve), tribu qui campe également dans la région de l'Adrar Ahnet ;
(1) Pour tous les mots et noms propres en langue tamahaq que nous aurons à citer au cours de cette étude, nous adopterons une orthographe reproduisant, aussi exactement que possible, la pro<nonciation des Touareg de Touest, prononciation qui diffère, parfois, de celle des gens des autres confédérations.
(2) Cette tribu figure, à tort, sur certaines cartes, dans le massif du Hoggar dont elle ne fait pas partie.
U?: IS^OKENkTKN. \:-^l :-s Tri.rr!:- n ou Sidi;
i«i iA-^rrif: o.-tj: ';;-û N. 0. d'A:;jiv^:
I/;S .SKKAKNA ;
f/,-. MAZIL:
C';- KvVir.--., norn/idc.s. c^jinpeî.t ri Akol'".: pendant Tautor:..'.';, 0*. h ih/or/. la p-gi >n di lAdrar Ahnot pendant \(. r*;H»'; ^*»; ]*;ir.!»«V;, qu.jrid eiles ne voyagent pas entre
r/' liou//; Irih'js ;jlli»':';S '2'. savoir :
ï/^s rKf'.GOî.'MK.SSKN, nobles, habitant au N. de rAdr;jr.
'1^ N'; j,;i- "^fifofj'ift '^•'•M Ikfirarnouion avec une tribu noble dos X/.'ju^'MT t\n\ port/! I^î xui'iini nom.
' ', J/i fr;j'»iofi d'-. Ikotiss-n 'Jf-s Issalifimarc-n) figure, dans cert/'iiri-i 'loMJfn':fir«, .'j'j no/niii': d» s îilli<.'f> «1«.- la confédération : d"aprt»s noH jiMHOririi'Tr. '.r- horaii un'* r-n-i-ur. " L«'.s Ikulisscn sont clic-zcux, t\. nouH ' II* / iiou-i " o'i-/ n»-ils. 11.^ affirni'-nt qu'il n'y a. entre eux, aururi" ;illi;iii':':, .'in'ii/i li-n d'atiiitiô.
ToujourM i\'',i\iv'*' nos j»nhonni^'r.s, I<s Ikotisson conslituoraiont une j»^t.jl<: fr.'i'tion drs Azu'U'rur ; ils n'auraient rien de commun avec les JMKak.'irnarfri. Ci-wx-fX f*.'rai>:nt partie du Hoffjrar ; ce seraient a des iinrad d'Aliita;^licI ; u leurs cainpr-inc-nts seraient étaMis au pied du vi-rsaiit N. K. du Wy^tc] Ilo^içarc-t s'étendraient dans toute la région eoinpn.He cntH* cv massif inonla;:nfUx et le pays des Azgueur. — Co d<Tni^r rcnsï-i^FK-ment n'ï-st pas en contradiction avec ce que M. Duvf-yrier dit de c^-it*' tribu. [Us Touareg du yord, page 377).
Les TAR'AT MELLET, id. \
Les DEGUET TAOUDJI, id.
Les ADDÊS, id.
Les KEL BOU DJBÉA, id. ^ habitant TAdr'ar',
LesKlLI N TEBELLI A, marabouts l Les REGAGUELA, id. '
Les IMEKALKALEM, imrad /
Les KEL AROUAN, nobles, habitant ù 3 journées do marche au N. de Tin Bouktou.
LesTAJAKANT, id. j habitant le Ksar
Les ARIB, id. > Taoudenni et les
Les KEL TAOUDENNI, id. ) environs.
Nos prisonniers n'ont pu, ou voulu, nous donner aucun renseignement sur le nombre des lentes que comportent ces diverses tribus. On croit savoir, cependant, que les Taïtoq comptent environ 80 tentes, les Kcl Ahnct environ 200, les Ircchchoumcn 7 seulement, et que le Ksar Taoudenni a une population d'environ 4,000 ûmcs.
Nobles — Serfis — Alliés — Esclaves
On a vu, par l'énumération qui précède, que les tribus qui composent l'Ar'rerf Ahnet appartiennent h diverses castes.
Nous ne dirons rien des Marabouts^ si ce n'est que leur situation et leur rôle, dans la société targuie, sont les mêmes que dans tous les pays musulmans.
NOBLES. — Les nobles se nomment Ihaggaren (au singulier masculin Ahaggar, au singulier féminin tahaggart) ; ils constituent la classe dirigeante de la confédération.
SERFS. — Les serfs sont désignés sous le nom d'/mrcLd (au singulier masculin amrid, au singulier féminin iamrU); leur situation inférieure est née de leur faiblesse : des tribus trop pauvres ou trop nombreuses pour résister aux attaques incessantes de voisins puissants et sans scrupule, se sont inféodées à l'un de ces voisins qui les protège contre les autres.
Le servage est d'ailleurs assez doux : l'amrid doit la ghefara (redevance) et la corvée, mais, à l'inverse de ce' qui se passe chez les Hoggar et chez les Azgueur, il ne les doit qu'à l'ensemble de la tribu noble dont il relève; chacun est libre individuellement, aucun amrid ne dépend spécialement d'un seigneur.
La ghefara est versée entre les mains d'un Kebir des Uhràd^ chez lequel deux Kebar de la tribu noble viennent
en prendre livraison, pour en faire la remise au chef de la confédération.
L'amrid est donc, chez les •Touareg de TOuest, plutôt un vassal qu'un serf.
La ghefara varie selon les tribus ; celle des Kel Ahnet est fixée ainsi qu'il suit :
Quand ils rentrent do TAoulef, où ils vont s'approvisionner chaque année, chacune de leurs tîntes est tenue de donner un mezoued de dattes ;
Si, pour une cause quelconque, la caravane annuelle n'a pu partir, cette redevance est remplacée, pour l'ensemble de la tribu, par 12 chameaux ou par 10 esclaves (nègres ou négresses).
Avec le temps, la distance qui séparait Ihaggaren et Imrad s'est amoindrie; les Kel Ahnet et les Tedjéhé Nefiss vivent, avec leurs seigneurs, Taïtoq et Tedjéhé n ou Sidi, sur le pied d'une égalité relative, et il n'est pas très rare de voir se nouer, par le mariage, des liens entre familles des deux castes.
Les enfants issus de ces mariages appartiennent, contrairement à nos usages, à la caste de leur mère: « Le tentre teint Venfant. »
Si la mère est noble, le père fût-il amrid, les enfants sont nobles; néanmoins, ceux-ci font suivre leur nom de celui de leur père auquel ils ajoutent, quelquefois, celui de leur mère.
IRADJENATEN. — Si, au contraire, la mère est tamrit, le père fût-il noble, les enfants seraient imrad, si la coutume ne leur avait fait une situation particulière: ils sont Irad/enaten et, comme tels, dispensés de toute redevance. C'est le cas de la petite tribu des Irechchoumen.
M. Duveyrier, dans son magnifique ouvrage Les Touareg du Nord, fait allusion à cette coutume, mais il
ejoule: ■ ... On en cite quelques rares exemples (i) *. Chez les Touareg de l'Ouest, au contraire, c'est une règle invariable.
Ce n'est pas le seul avantage que les iinrad de l'Ar'rerf Ahnet aient, à les en croire, sur ceux des autres confédénitions; ils sont admise la djemâo, avec voix consultalive en temps ordinaire; ils ont voix dcMibéralive, lorsqu'il s'agit de l'élection de l'unir'ar (chef de la confédération) ; toutefois, s'ils sont électeurs, ils ne sont pas éligibles. Cette disposition est commune aux Irarad et uux Iradjenaten.
U y a mijme des circonstances où le noble s'efface devant l'ararid : ainsi l'expédition de Daïel ed Drina a été commandée par un amrid, alors que plusieurs nobles, entre autres le neveu du chef de la confédération, étaient dons le rang (2).
ALLIÉS. — Les tribus alliées ou, plus exactement, protégées n'ont pas a intervenir dans les affaires de la confédération; elles ont leur organisation intérieure propre, qu'elles règlent comme elles l'entendent, mais elles ont droit fi la protection effoclive des tribus auxquelles elles se sont inféodées, protection qu'elles paient en versant, chaque année, une ghefara déterminée.
ESCLAVES. — Les gens de t'Ar'rerf Ahnet, nobles ou imrad, ont tous des esclaves nègres. ■■ Il n'y a ■ pas, dans toute la confédération, plus de cinq ou six • familles risses pauvres pour n'avoir pas au moins une
(l) Lei Touareg (iu A'oj-ii, page 338. — M. Duvoyrior, qui apaiTouru Kurtout le pays des Axgucur, prend soin de déclarer ijuu ses rcnsi^ignuRients se i'3]ipur(i^nl surtout à cette confiidêrnlion et i celle des Hoggar (page 317). Il n'y a donc licn de surprenant dans les divergences qu'on rcnmi'quera, au cours de (.-ette étude, entii; le langage, les mœurs et les coutumes des Azgueur et des Hoggar d'une pan, et ceux des Tuuarug de l'Ouest de l'autre,
[2] Voir l'appendice.
» négresse. » Ils les traitent avec la plus grande douceur.
Les esclaves se vendent à Tin Bouktou ; ils viennent surtout de Sersendi (Sansandiz t), de Ségou, Farako, OuogodoghOy Sokoto.
Une belle négresse, un nègre jeune et robuste se paient de deux mehara ; quand la négresse est laide, le nègre âgé ou faible, leur prix équivaut h celui d'un méhari.
Les enfants s'échangent, suivant leur ôge et leur conformation, contre des marchandises (blé, bechena, dattes, etc . . . )
Pour se procurer des esclaves, les gens de l'Ahnet envoient un des leurs à Tin Bouktou et lui confient les mehara qui doivent servir au paiement. Le commissionnaire revient avec sa marchandise humaine. Les esclaves ainsi achetés ne sont jamais revendus, si ce n'est entre gens de la confédération.
Les gens d'In Salah, au contraire, font un véritable commerce d'esclaves. Ils vont, en caravane, les acheter à Tin Bouktou, les ramènent et vont les revendre au Gourara ou ailleurs; ce sont, en quelque sorte, des transitaires.
Les négresses esclaves sont, de par la loi, soumises au « droit du Seigneur », mais il est fort rare que leur maître use de ses privilèges ; « ce serait honteux (1). »
Les esclaves des deux sexes peuvent être affranchis, mais seulement si leur ôge et leurs forces physiques leur permettent de gagner leur vie : un enfant, un vieillard, un impotent ne peuvent l'être.
L'esclave affranchi est libre de rester dans le pays, s'il peut y trouver des moyens d'existence, ou de le quitter et d'aller où bon lui semble.
(1) D'après M. Duveyrier, les Azgueur et les Haggar ont moins de scrupules. (Les Touareg du ^ord, page 339).
Organisation politique
La confédération de TAhnet n'a qu'un seul chef, qui porte le titre d'AMR'AR ; il est nommé à Télcction directe par le peuple, et, comme on Ta vu déjà, les imrad prennent part au vote.
Rien ne s'oppose à ce que le pouvoir se perpétue dans la même famille, c'est même ce qui a lieu ordinairement, et, dans ce cas, le successeur légitime de TAmr'ar' défunt ou démissionnaire est son frère utérin ou, à défaut, le fils de sa sœur ainée. Mais il faut que cet héritier soit accepté par le peuple qui peut toujours, si l'amr'ar' vient à démériter, ou si l'intérêt de la confédération l'exige, se donner le chef de son choix.
L'Amr'ar' est assisté d'une djemûa où nobles et imrad sont représentés, ceux-ci avec voix consultative seulement.
La confédération ne comporte aucun fractionnement (1); il n'y a pas de petits chefs locaux, rien qui rappelle les
(I) C'est donc par erreur que certains renseignements représentent, comme des groupes formant fractions, les Kel In Ihahou, Kcl Acedjradh, Kel Souf Mellel, Kcl amdja, etc. Le mot Kel signiflc gens de; In Ihahou, Accdjradh, Souf McUcl, Amdja, etc. sont les points de la région de l'Ahnet où campent, habituellement, des grouj>es des diverses tribus de la confédération, groupes d'ailleurs très mélangés. C'est dans FAcedjradh que viennent planter leurs tentes les Sckakna et les Mazil, quand ils abandonnent la région d'Âkabli. — Les campements n'ont, du reste, rien de ï\\^ ; comme les Arabes, les Touareg de TOuest se déplacent aussi souvent que rexigeot les besoins de leurs troupeaux.
chioukh arabes : « Une tête vaut mieux que cent. » — Il ne faut peut-être pas chercher ailleurs la cause de l'accord parfait qui règne entre les gens de l'Ar'rerf Ahnet. Aucun soff ne les divise.
Ce qui précède ne s'applique qu'aux tribus qui vivent groupées dans la région de l'Adrar Ahnet, c'est-à-dire aux Taïtoq, Tedjéhé n ou sidl, Irechchoumen, Kel Ahnet et Tedjéhé Nefiss.
Les Ikerramouïen et Issokenaten, qui sont des tribus d'imr'ad, n'ont, malgré leur éloignement, que des Kebar de djemûa.
Les tribus des Sekakna et Mazil (arabes agrégés) ont chacune un chef particulier qui porte le titre de Kebir et que les arabes appellent amr'ar ; l'état de nomadisme de ces tribus explique cette dérogation à la règle commune.
Le Kebir actuel des Sekakna se nomme R'ii ould Mohammed, celui des Mazil, Ahmed ould el Kikhel.
Les Sekakna et Mazil sont, pour traduire l'expression pittoresque de nos prisonniers {Kif el Karossa, comme la voiture [publique])^ les caravaniers de la confédération.
Constamment sur la route qui relie Akabli à Tin Bouktou, ils importent dans la région de l'Ahnet les produits des oasis du Tidikelt, duGourara, duTouat, de TAouguerout, comme aussi ceux du Soudan, et reçoivent, en échange, les bestiaux dont ils tirent eux-mêmes profit dans les deux directions.
Ils paient, aux gens de l'Ar'rerf Ahnet, une ghefara qui leur confère le droit de venir camper au milieu d'eux et d'assurer ainsi aide et protection à leurs femmes, à leurs enfants et à leurs biens, pendant leurs interminables voyages.
Cette ghefara est fort modique : elle se borne à quelques mesures de dattes et à quelques vêtements ou tissus ; elle a beaucoup plus pour but d'étabhr que les Sekakna et Mazil ne sont pas chez eux dans l'Adrar Ahnet, que
de grossir les revenus de la confédération qui, certainement, aurait quelque peine h se passer des services que lui rendent ces nomades.
Quant aux tribus alliées, elles ont, ainsi qu'on Ta vu, chacune son organisation particulière, sur laquelle il n'a pu nous être donné aucun renseignement.
Organisation Judiciaire
« Les Touareg, dit M. Doveyrler (1), n'ont pas de kadlii dans » leurs tribus, et on n'a recours à ceux de Ràt, de R'adamès et d'In » Salah, que très exceptionnellement. »
Les gens de rAr'rerf Ahnet reconnaissent deux juridictions, selon qu'il s'agit d'affaires criminelles ou de questions litigieuses.
En matière criminelle, la législation est des plus simples, c'est la loi du talion : « Œil pour œil, dent pour dent ». L'homme volé, blessé, se fait justice lui-même ; la famille de l'homme tué venge sa mort ; c'est là le droit commun et il n'est pas besoin, pour en user, d'y être autorisé par un jugement quelconque. Parfois, cependant, quand les représailles à exercer menacent un homme ou une famille que l'intérêt général commande de ménager, quand on peut craindre qu'un crime n'entraîne la guerre civile, etc., la cause est portée devant ladjemâa présidée par l'Amr'ar'; mais ce n'est là, en somme, qu'une simple formalité : la peine que prononce la djemâa est toujours celle du talion, ainsi le veut la coutume (ada).
S'il s'agit de méfaits contre l'ordre public, méfaits que commettent, dans toute société, les vauriens sur lesquels le mal exerce comme un irrésistible attrait, la djemâa prononce l'amende, ou la bastonnade pendant laquelle le patient a les membres ligottés.
(1) Les Touareg du Nord, page 427.
L'emprisonnement, la peine de mort sont choses inconnues.
En matière litigieuse, la justice est rendue par un magistrat analogue au cadi des Arabes et qui porte le titre d'ALEM.
De même que TAmr'ar, TAlem est nommé à l'élection, et à la suite d'une sorte d'examen, écrit et oral, qu'il subit devant la djemûa et les savants de la confédération.
Il n'y a qu'an seul Alem pour toutes les tribus qui vivent dans la région de l'Adrar Ahnet; il se transporte sur les lieux où sa présence est nécessaire. Il est assisté, dans chaque affaire, d'arbitres désignés à raison de deux par chacune des parties adverses; l'Alem rend le jugement après avoir entendu les témoins et pris l'avis de ses assesseurs improvisés dont le rôle cesse aussitôt.
L'Alem actuellement en fonctions est un marabout nommé Ben Ketta ag Ibrahim, dont nous reparlerons plus loin.
Culte — Ordres religieux — Zaoula — Superstitious
CULTE. — Les Touareg de l'Ouest appartiennent, sans exception, à la religion musulmane et suivent le rite malékîte. Sans être fanatiques, ils se conforment aux prescriptions du Koran, et nous avons vu nos prisonniers, chaque fois que notre service nous a amené auprès d'eux, faire leurs prières aux heures réglementaires.
Ils usent de la latitude, laissée par le Prophète, de substituer le sable à l'eau, quand celle-ci manque pour les ablutions. Mais, contrairement à l'étrange et peu engageante coutume prétendue hygiénique des Touareg du Nord, ils se lavent, non seulement le visage et les mains, mais aussi le reste du corps ; ils sont persuadés, et avec raison, que le contact de Teau n'enlève, à leur épiderme, rien de cette insensibilité qui leur permet d'affronter, sans en souffrir, des températures invraisemblables pour un Européen.
Conformément à la loi traditionnelle, ils paient le zekkat, font l'aumône dans la mesure de leurs moyens, observent le jeûne du Ramdan et font le pèlerinage à La Mecque, où ils se rendent en passant par In Salah, R'adamès et Tripoli. Comme les Arabes, ils font, à leur retour précéder leur nom du qualificatif El Hadj (le pèlerin).
Les femmes prient et jeûnent comme les hommes ; « elles sont battues, si elles ne remplissent pas leurs devoirs religieux (f) ».
La prière se fait en arabe, bien que cette langue soit inconnue de la grande majorité de la population. Le fait» qui parait étrange au premier abord, n'est pas plus extraordinaire que ce qui se passe dans nos églises où nous entendons, journellement des femmes et des enfants, qui n'ont pas la moindre notion de latin, réciter des prières et chanter des cantiques écrits en cette langue.
Les Touareg de l'Ouest n'ont ni mosquée, ni koubba ; on no trouve chez eux que quelques Tamedjida (en arabe mekkam) ; ce sont simplement des pierres plantées en hémicycle, parfois réunies entre elles de façon êi former un petit mur à hauteur d'appui. Ces monuments primitifs s'élèvent sur les points où des personnages religieux sont morts en odeur de sainteté, ou bien dans les endroits où, de leur vivant, ils avaient l'habitude de camper, de faire leurs prédications, etc.. Ces Tamedjida, que la piété des fidèles entretient à peu de frais, sont naturellement des lieux de prière.
ORDRES REUGIEUX. — Bien qu'il soit avéré que les Sonoussya ont des adeptes chez les Azgueur, chez les Ho^gar, et dans les oasis du Tidikelt, du Touat, de l'Aouguoroutt nos prisonniers affirment qu'il n'existe dans lour pays aucun ordre religieux : • Xous sommes musulmans maWkitcs », disent-ils, « rien de plus, rien de moins ♦• — Nous leur avons parlé de Si El Madhi ben Sonoussi, dos Toitjînî dWîn Madhi, des marabouts de Tomaohu dos Oulod Sîdi Cheikh, des Bakkay de Tin Rouktou vt^: ils ont manifesté ou feint le plus grand ôtounomont. aftlrmant no pas connaître, même de nom, los ivrsonnasos roligieux dont nous les entretenions. A U\< ontondrw los ravniîa du Tidikelt, du Touat, de rAvHiguorvnilx oto,.., roli^voraiont toutes de Tordre des
,r iVnfVvrù^* s^m sn* |\*rtJ^^*ftî l iai;iC4X>? n^i^îeose dans rAfriqae
■ mais cet ordre même, lo seul qu'ils avouent connaître de nom, n'aurait aucun adepte parmi eux. C'est peut-être vrai, mais ce n'est guère vraisemblable.
ZAOUIA. — Il n'existe qu'une seule zaouïa dans lu région de l'Adrar Alinel : Zaouïet ai Tebcl. Cette zaouïa a pour chef l'Amel actuel de la confédération, Ben Ketta 8g Ibraliim ; elle est nomade et ne possède, pour tout bien, que des troupeaux. Son organisation et son fonctionnement sont analogues à ceux des zaouïa algériennes ; comme celles-ci, elle bénéficie des habbous que la piété des fidèles constitue en sa faveur. Elle comporte une mammera (école primaire), oi'i garçons et filles peuvent recevoir, dans des tentes distinctes, l'instruction élémentaire en langue arabe. Les jeunes filles cessent d'y venir quand elles ont atteint l'âge de 10 ù 12 ans. Les jeunes garçons peuvent, s'ils le désirent, pousser plus loin leurs études en restant à la zaouïa, mais peu usent de celte latitude.
En dehors de la région de l'Adrar Ahnet, il existe encore une zaouïa, nomade également, dont le camperaent habituel est dans la partie do l'Adr'ar" habitée par les alliés de la confédération. Le chef de cette zaouïa se nomme Mohammed ag Seddik, il est originaire des Taïloq ; c'est l'oncle de l'un de nos prisonniers, Amoumen ag R'ebelli. Mohammed ag Seddik vient, chaque annnée, passer trois mois dans la tente de sa sœur, mère d'Amoumen.
SUPERSTITIONS. — Les superstitions ne sont pas aussi nombreuses qu'on pourrait le croire ; nos prisonniers nous ont même paru professer, ù leur égard, une incrédulité qui fait honneur à leur intelligence. C'est le sourire aux lèvres et le regard plein de malice qu'ils nous ont raconté • ce qu'on dit, mais que personne n'a jamais vu. •
Il y a dans la région de VAdrar Ahnet, un animal extraordinaire : il est noir, de la grosseur d'un bœuf, a la forme d'une boule et, par une gueule énorme, il lance des jets d'eau bouillante. Le Tane/^oiU, c'est son nom, vit caché dans les grottes, nombreuses dans le pays, mais il change souvent de domicile et on ne sait jamais exactement où il demeure. C'est, du reste, un monstre d'assez bonne composition.... relativement: il n'attaque jamais personne; seulement, il n'aime pas à être dérangé. Si un voyageur isolé cherche un asile dans la grotte où il dort, ce qui paraît être sa principale occupation, le Taner'out l'inonde d'eau bouillante : le malheureux, tué et cuit en même temps, sert de pâture au monstre, et celui-ci attendra patiemment, pour faire un nouveau repas, qu'une autre victime vienne s'olïrir à lui ; rien ne le presse d'ailleurs, il peut rester des années sans manger. — On no dit pas ce qui se passe quand plusieurs voyageurs se trouvent en présence du Taner'out; le cas ne s'est pas encore produit.
Les Kil es Sotif^ ou Ahl et Trab (revenants) sont des êtres facétieux qui, alliés aux djenoun et aux ogres, s'ingénient à trouver le moyen d'être désagréables aux voyageurs ; sous prétexte que tout ce qui est sous terre leur appartient, ils accaparent toute l'eau des puits, mangent les racines des plantes (1) qui ne peuvent plus pousser, etc., etc. ; leurs mauvais tours vont jusqu'ù la cruauté, témoin la légende que voici :
Deux frères fort pauvres, voyageant ensemble, rencontrèrent une caravane venant du Soudan. Les gens de la caravane, pris de pitié pour eux, leur firent don d'une brebis. Les deux frères continuèrent leur route et s'arrêtèrent, pour y passer la nuit, dans un endroit com-
(1) C'est presque notre trivialité populaire i manger les pissenlits par la racine. »
plètement désert et dépourvu de végétation. Il n'y avait lu qu'une tombe dont les chotiahed (témoins) (1), faute de pierre aux environs, avaient été faits de deux blocs de bois.
Les voyageurs égorgèrent leurs brebis, puis l'aîné, no voyant aucun moyen de la faire cuire, dit à son frère : « Va me chercher une de ces bûches, pour faire le feu. » — Le jeune homme obéit; mais, quand il voulut ébranler la bûche, il entendit une voix plaintive qui, du fond de la tombe, poussait des Ahan! déchirants à chaque secousse. — Effrayé, il vint raconter ce qui se passait à son frère qui, haussant les épaules, lui renouvela Tordre déjà donné. — Après trois tentatives infructueuses, l'aîné dit ô son frère: « Reste auprès de la brebis, j'y vais », et, à son tour, il se mit en devoir d'arracher la bûche. — « Ahan !» fit le uiort. — « Eh ! Ahan toi-même ! » dit l'autre ; « j'ai besoin de ton bois pour faire cuire notre « brebis et tu n'en as que faire ! » D'un vigoureux coup d'épaule, il jeta la bûche à terre, l'emporta et, trouvant son frère endormi auprès de la brebis égorgée, il alluma le feu et fît cuire la bête. — Quand le feu commença ù pétiller, le mort sortit de son tombeau et vint s'asseoir entre les deux frères. La brebis fut bientôt à point, et le rôtisseur, trouvant assez naturel que son fournisseur de bois revendiquât sa place au festin, fit trois parts de la viande. — « Pourquoi fais-tu trois parts? » demanda le défunt. — Mais, dit celui auquel il s'adressait, parce que nous sommes trois : «Toi, mon frère et moi.» — Ton frère est mort. — « Il dort. — Il est ujort. — 11 dort.»> — Bientôt le mort et le vivant en vinrent à discuter, puis à s'injurier. A la fin, impatienté, ce dernier s'écria : « Si mon frère est mort, tu l'es aussi », et, prenant son fusil, il fit feu sur son interlocuteur qui s'enfuit vers sa tombe où il disparut. Le voyageur, qui l'avait poursuivi, revint
(t) Les chouahcd sont, oïdinaircment, deux pierres placées debout, Tune à la tête et Tautrc aux pieds.
vers son frère qui paraissait toujours dormir, mais il ne put le réveiller : comme Pavait dit le revenant, il était mort. La balle tirée par Taîné des deux frères n'avait traversé qu'une ombre, et était venue frapper en plein cœur rhomme endormi.
On ne sait pas au juste où ce tragique événement s'est passé, pas plus qu'on ne se rappelle le nom des deux frères héros de l'aventure.
Les Kil es Souf ne sont pas beaucoup plus sociables que le Taner'out ; ils vont quelquefois jusqu'à se montrer à deux voyageurs marchant ensemble, mais jamais à trois et encore moins h un plus grand nombre.
Quel que soit le scepticisme des Touareg de l'Ouest, ils ne s'en couvrent pas moins le corps d'amulettes, en tout semblables h celles que portent les musulmans d'Algérie. Toutefois, il est nécessaire que le cordon qui les supporte soit jaune ou rouge; c'est un fait établi, mais on n'a pu nous en donner la raison.
Histoire
Après avoir averti de nouveau le lecteur que ses observations et ses recherches ont été limitées aux Touareg du Nord, M. Duveyrier, traitant de Torigine de ces peuplades, s'exprime ainsi (1) :
« A quel peuple primitif, à quelle langue primordiale rattacher les » Touareg et le dialecte qu'ils parlent? Comment établir leur filiation ?
» L'opinion des Touareg sur ces diverses questions a l'avantage » d'être unanime.
» Nous sommes Imohagh, disent les Azdjer ; Imocharh, disent les » Ahaggar et les Aouelimmiden ; Imajihren, disent les Touareg d'Aïr.
» La langue que nous parlons s'appelle temahaq ou temacheq, sui- » vanl les dialectes.
» Les Arabes ont donné à nos tribus le nom de Touareg et à notre » langue celui de Targuia, du participe arabe tarek, au pluriel » touareg, qui signifie « les abandonnés (de Dieu) », parce que nous 3 avons, pendant longtemps, refusé d'adopter la religion que les » Arabes nous apportaient et parce que, après l'avoir adoptée, nos » pères ont souvent renié la foi nouvelle. Mais ce nom, qui rappelle 3 une situation ancienne, dont le souvenir est aujourd'hui injurieux 3 pour nous, n'a jamais été celui de notre race.
» Les cinq noms, imohagh, imocharh, imagiren, temahaq, tenia- 3 chcq, qui sont les noms de notre race et de notre langue, dérivent 3 de W même racine, le verbe iohagh, qui signifie : « il est libre, il 3 est franc, il est indépendant, il pille »
»... Notre descendance la plus générale est celle des Edrisidcs de 3 Fez ; quelques-uns viennent d'Ech Chinguit, entre Tin Bouktou et 3 l'Océan ; d'autres sont des gens de l'Adghagh, entre le Niger et nos 3 montagnes... »
Écoutons maintenant nos prisonniers :
(1) Lti Touareg du Nord, pages 317 et 318.
« Nous sommes Imohar', comme tous les gens qui » portent le voile; on nous appelle Touareg, mais ce » n'est pas notre nom^ c'est un sobriquet que nous ont » donné jadis les Arabes^ nous ne savons pourquoi. » Notre langue est le tamahaq ; dans l'Adr'ar'^ on parle » la langue lamacher't, qui diffère peu de la nôtre, mais » qui n'est pas exactement la même. Nous sommes ori- » ginaires du pays que nous habitons j nos pères y sont » nés, nos aïeux également j et cela depuis que le monde » existe ; nos ancêtres ne sont pas venus d'un pays » étranger. A aucune époque^ nous n'avons été les » frères des Hoggar, ni des Asgueurj ni d'aucune autre » tribu. »
Les Touareg de TOuest se considèrent donc comme des autochthones ; Phypothèse n'est pas inadmissible, mais nous devons ajouter que les connaissances historiques des gens dont nous venons de citer l'opinion sont excessivement restreintes.
Le seul renseignement qu'ils aient pu nous donner, consiste dans la liste suivante des chefs qui les ont commandés et dont la filiation s'est, comme on va le voir, établie par les femmes :
1° AMAR EL KHA, des Taïtoq, élu amrar par le peuple ;
2° MASTAN, petit-fils (fils de la fille) d'Amar el Kha ;
3° OUANKILLA, neveu (fils de la sœur) de Mastan ;
A^ SIDI MOHAMMED AG GUEMAMA, neveu (fils de la sœur) d'Ouankilla ;
5° IBRAHIM AG AHMADOU, cousin du précédent (les deux mères étaient sœurs) ;
6° SIDI MOHAMMED OULD GUERRADJI BEN BISKA, neveu (fils de la sœur) d'Ibrahim ag Ahmadou.
Cette liste remonte tout au plus au commencement du siècle, car Amar el Kha, qui figure en tête, était l'aïeul
paternel du prisonnier Kcnan ngTissi qui est âgé actueî- Icmenl (1888) d'environ 28 ans (i).
L'avant-dernier Amrar, Ibrahim ag Ahmadou, est encore vivant. Très ûgé et n'ayant plus la vigueur physique nécessaire pour diriger les affaires publiques en personne, il a présenté son successeur au peuple qui Ta accepté. Néanmoins. Ibratum ag Ahmadou partage avec son neveu les bénéfices do la charge, ses conseils sont sollicités, écoulés avec respect el suivis à la lettre par tous. Il est resté, en fait, la tête de la confédération, dont Sidi Mohammed ould Guerrodji est le bras.
Sidi Mohammed ou!d Guerradji bon Biska descend, en ligne paternelle, d'une famille noble du Hoggar; son père et Ahitaghel sont frères consanguins.
Voici dans quelles circonstances cette famille d quitté le Hoggar :
Biska, aïeul paternel de Sidi Mohammed, avait épousé, en premières noces, une femme des Hoggar dont il avait eu un fils (Ahilaf,'hel, chef actuel des Hoggar). Devenu veuf, il s'éprit d'une femme des Taïtoq et la demanda en mariage. Elle lui fut accordée, mais ù la condition expresse qu'il viendrait se fixer dans TAhnet. Il accepta, mais dut laisser le jeune Ahitaghel à la famille de feu sa mère. De son second mariage, il eut un fils, Guerradji ben Biska, qui épousa plus tard Koïmana, sœur d'Ibrahim ag Ahmadou, et qui Tut tué dans uiîe rencontre avec les Ouelimmtden ; Kaïmana mourut elle-même peu de temps après. Un fils était né de ce mariage, c'était Sidi Mohammed ould Guerradji. Élevé dans la tente de son oncle, il se faisait remarquer par son caractère aventureux et indépendant, trop indépendant même au gré d'Ibrahim ag Ahmadou. Un jour, des gens du Hoggar enlevèrent des chameaux aux Sekakna et aux Mazil.
(i) Nous n'avons pu obtenir nucun renseignement sur la dm pouvoir des amrar qui Qgurentsur celte liste.
cdu
Sidi Mohammed, sans consulter son oncle, alla, presque seul, les leur reprendre et, non content de ce succès, il r'azza, en outre, aux Hoggar, quelques chameaux qu'il alla vendre à In Salah. Il n'en fallait pas davantage pour exciter la colère d'Ahitaghel, déjà assez mal disposé pour le flls de Guerradji; une harka s'organisa au Hoggar. Pour éviter la guerre, Ibrahim ag Ahmadou envoya son neveu au Soudan (1). Il y était depuis deux ans, lorsque, pensant qu'il ne se tenait plus sur ses gardes, les Hoggar, qui avaient découvert sa retraite, allèrent l'y attaquer; prévenu à temps, il parvint à leur échapper avec ses troupeaux, mais il dut abandonner sa lente, qui tomba au pouvoir de l'ennemi avec tous les objets mobiliers (debbech) qui la garnissaient.
Ibrahim ag Ahmadou lui envoya alors, par une caravane des Taïtoq, un message ainsi conçu: « Reviens » parmi nous, tu seras protégé vigoureusement ». Sidi Mohammed ould Guerradji revint dans l'Ahnet où il épousa sa cousine Amena, fille d'une sœur d'Ibrahim ag Ahmadou ; on a vu plus haut qu'il est, actuellement, le chef actif de la confédération.
(1) Pour nos prisonniers, le Soudan commence à hauteur des puits d*Assiou et d'In Azaoua.
Qéoffraplile (1)
Si on jette les yeux sur une carte de l'Afriquo Centrale, on trouve, environ entre O'.SO' long. E. et 2°, 20' long. 0., et entre 24°, 15' et 26°, 15' lat. N., deux plateaux orientés N.-O., S.-E. ; ces deux plateaux, dont le plus septentrional est beaucoup plus important qu6 l'antre, sont désignés sous le nom unique de BATEN AHENET ; ils sont séparés seulement par une gorge relativement étroite où passe l'Oued Tir'edjirt ou Ter'ûzert. Celle rivière, venant du versant S. du Mouydir, a reçu, avant d'arriver à la coupure dont nous venons de parler, deux aftlucnls de droite : l'Oued Menyet et l'Oued Arak, ayant tous deux, comme elle, leur source dans le Mouydir. Après avoir franchi le défilé, l'Oued Tir'edjirt ou Ter'âzert échange son nom contre celui d'Oued Tir'ehert; il coule d'abord du N.-O. au S.-E., puis de l'E. ù l'C, reçoit, sur sa rive droite, l'oued Tamat et l'oued In Azan dont la source est dans le grand Baten Ahenet, remonte vers le N., reçoit encore un affluent de droite (sans nom), et va se perdre dans les sables d'iguidi, après avoir tourné vers le N.-O.
Il) pour DOS renseignements géographiques, nous prendrons généralement, comme terme do comparaison, In carte publiée en 1883, par le miaistcre des travaux publics et dressée par M. Pech, d'après les travaux du lieutenant-colonel Flalters, de MM. DuvejTior, Barth, etc., ; cette carte, la plus récente de celles que ooua avons eues à notre disposition, résume tout ce qu'on connaît actuellement, soit par renseignements, soit par reconnaissances régulières, — Les parties que nous avons C-tê amené à modifier sont toutes comprises dans les régions non csplorces.
Sur ces données, nous avons cherché à constituer, à Taide de renseignements plus détaillés, un croquis de la région ; mais, à chaque interrogation, nous n'arrivions qu'à constater Tabsence de tout rapport entre les cartes, d'une part^ et les affirmations des prisonniers de l'autre. Enfin, Chikkadh ag R'ali nous demanda de lui faire apporter quelques sacs de sable humide, se faisant fort, avec l'aide de ses compagnons, d'exécuter un plan en relief de toute la région de TAdrar Ahnet.
Ce travail fut terminé assez rapidement, et avec une précision telle que nous avons pu en faire un levé topographique, dont les détails nous ont été donnés, successivement, pour chaque accident de terrain (1).
Restaient trois difficultés : l'orientation, l'échelle du croquis et son report sur la carte.
La première fut résolue assez facilement : tous les prisonniers, interrogés isolément, à plusieurs reprises, ont toujours indiqué, très nettement et sans varier, la direction de plusieurs points connus, comme Akabli, In Salah, El Goléa, Silet, Timissaou, Tin Bouktou, Taoudenni, etc., par rapport aux diCférentes parties de la région représentée.
L'échelle offrait plus de difficulté : les Touareg n'ont qu'une notion très vague des distances et de la division du temps; ils comptent par journées de marche, mais il fallait distinguer la journée de méhari de la journée de caravane. La première est ordinairement d'environ 45 kilomètres^ mais elle peut être poussée jusqu'à 70, 80 et même 100 kilomètres, si l'urgence de la course ou seulement le besoin d'arriver à un point d'eau le rendent nécessaire; la seconde est de 25 kilomètres environ. D'autre part, les points d'eau, qui sont naturellement les principaux gîtes d'étape, étant situés à des inter-
(1) Voir la carte au ^^ ^^ de la Région de PAdrar Ahnet, ciannexée.
valles très irréguliers, les journées do marche qui les séparent les uns des autres, de quelque catégorie qu'elles soient, sont d'une longueur très variable ; il y en a qui ne sont, à proprement parier, que des demi-étapes. Enfin, j] fallait tenir compte de la saison pendant laquelle les voyages, qui ont fourni la matière de nos itinéraires, ont été effectués; le chemin parcouru dans une journée d'hiver étant forcément moindre que celui qu'on peut fournir pendant les longs jours do l'été. Nous n'avons donc arrêté notre échelle qu'après avoir recueilli des renseignements sur 5,000 kilomètres d'itinéraires, obligé, en comparant les distances entre elles, puis en les rapportant à des distances connues, nos « guides » à se répéter, à se contrôler eux-mêmes, et l'échelle du - ^)^ que nous avons adoptée, nous a amené, après la réduction du croquis au - g^,^ - (échelle de la carte Pech) ft inscrire la région de l'Adrar Ahnet dans un carré sensiblement égal ô celui qui circonscrit, sur les cartes actuelles, les deux Batoii Ahenet,
C'est par des moyens identiques que nous nous sommes elîorcé de placer, aussi exactement que possible, sur les cartes existantes, la région ainsi levée par renseignements. Ici encore, il a fallu recourir aux dislances données par les itinéraires, ù leur rapport avec des distances connues, ù la répétition incessante des mêmes questions, pour arriver ù un contrôle offrant d'autant plus de garanties qu'il était inconscient.
Nous ne prétendons pas avoir déterminé d'une manière immuable la position de l'Adrar Ahnet, ni même la topographie de la région h laquelle il a donné son nom; nous avons été conduit, par nos renseignements, à déplacer quelques points que des recherches antérieures avaient fixés d'une manière dubitative; nous imiterons la prudente réserve de nos devanciers, et nous ne saurions trop répéter que notre travail n'est autre chose que la description d'un pays dont nous n'avons eu sous
nos yeux qu'un plan en relief fait de mémoire, et le résumé des renseignements que nous avons pu recueillir.
D'après ces données, la région de l'Adrar Ahnet est comprise entre (>>,30' long. E. et 1°, 30' long. 0., et entre 23°,15'et25°,301at. N.
Le tropique du Cancer laisse, au sud, un huitième environ du massif de l'Ahnet proprement dit, qui constitue la partie la plus remarquable de la région.
La forme générale de l'Adrar Ahnet peut se définir ainsi : Deux quadrilatères ayant un côté commun, et dont le plus septentrional est privé de sa face nord.
Les faces est et ouest de ce dernier s'abaissent graduellement, quoique en pente assez raide, jusqu'au niveau de la plaine ; celle qui le sépare du quadrilatère sud est presque à pic sur ses deux versants. Dans l'angle est, se trouve la source de l'Oued Massin, qui donne un petit filet d'eau courante bientôt absorbé par le soL La face ouest se bifurque à la moitié environ de sa longueur, et, entre ses deux branches, se trouve la vallée de l'Oued (1) Tamadjar't.
Le quadrilatère méridional, très boisé (en gommiers surtout), rappelle par sa forme le Milok des environs de Laghouat ; il est fermé, sur toutes ses faces, par une muraille d'une hauteur colossale ; cette muraille naturelle, presque à pic, n'est franchissable que sur deux points : à l'est, par un sentier en lacets qui n'est guère suivi que par les bergers ; à l'ouest, par une coupure qui donne passage à l'Oued Tegoulgoulet. La source de cette rivière est dans l'angle S.-E. du quadrilatère; après en avoir
(1) Sauf rOaed MassÎD, qui a de l'eau courante sur une très faible partie de son cours supérieur, toutes les rivières de la région de l'Âhnet sont à sec. U convient donc de restituer au mot Oued sa signification strictement littérale, qui est vallée, bien que nous ayons indiqué par un trait, sur nos cartes, le thalweg de ces vallées, et que nous nous servions fréquemment des expressions : afflitenl, confluent^ rive droite, gauche, etc..
coupé màgonalement la cuvotte, elle serpente au inilleu d'un éboulis do rochers énormes ; c'est, parait-il, un paysage d'un effet grandiose et saisissant (1).
Suf ses versants extérieurs, la muraille de l'Adrar Abnet est à pic, ou à peu près, h l'ouest et au sud ; les pentes sont plus adoucies à l'est.
Au pied du versant sud ot à une faible distance l'un de l'autre, prennent naissance deux ouïdan qui contournent la base de TAdrar Ahnet : l'un l'Oued Souf Mellel, à l'est; l'autre, l'Oued Amdja, à l'ouest.
L'Oued Souf Mellel coule d'abord de l'ouest êi l'est, reçoit, sur sa rive droite, l'Oued Medjounest et l'Oued Tfinok, prend la direction du nord, reçoit, sur sa rive gauche, l'Oued Scffani, l'Oucd'Issariren, l'Oued Tin Tesselint, roued Tiouihurin, l'Oued Tihilegl, venant de l'Adrar Ahnet, et l'Oued Tadjoura, qui prend sa source dans les pentes de la hamada d'Adoukrouz, non loin de la grande gara dite Djebel Irakaden, Tous ces affluents ne sont, on réalité, que des ravins. Après avoir reçu l'Oued Tadjoura, l'Oued Souf Mellel change de nom et devient l'Oued In Ar'lal ; Il longe les pentes est de l'Adoukrouz, plateau pierreux et stérile, puis son cours s'iDdéchit vers l'ouest, et il va se perdre dans le « Tïineirou/l. •
Ici se place une observation importante ; Dans la plupart des cartes, le nom de Tanezrouft semble s'ap-
(1) Il y a. en Algérie, de nombreux spécimens de coupures de ce genre ; les plus reinarquablea sont : certaines parties des gorges de 1b CbiETa (enlru Blida el Médéa), les gorges de Palestro (entre le Col des Béni Aicha et Boulra), le Cbâbel el Alihra (entre Bougie et Sétif), la gorge de Uuergour (au N.rO. de Sf-tif], celle d'El Kaalara (entre Batna et Biskra), celles de l'Oued el Abiod (dans l'Aurés) i à Tîr'uiimin d'abord, puis entre El Habeb et Benian, enfin el surtout entre cet oasis et Mchounecîi (cercle de Biskra). D'après les descrtptions do nos prisonniers, la coupure de t'Abnot serait assez semblable aux gorges de l'Oued el Abiod, dans leur dernière partie qui est la |)lus imposante et qui défie toute comparaison, même avec les autres sites merveilleux qui viennent d'être énumérés.
pliquer, spécialement, à un plateau inhospitalier compris entre 0° et 2° long. 0. et entre 23» et 26° lat. N. Dans le langage des Touareg de Pouest, le mot a un sens général : le Tanesroujt^ c'est le Khrelaâ des arabes, le pays abandonné,, inhabitable, « le pays de la soif et de la faim *j le désert en un mot. Nous retrouverons le Tanezrouft sur la route du Soudan, à l'ouest et au sud du puits d'In Azaoua (1).
L'Oued Amdja coule d'abord de l'est à l'ouest, et tourne au nord, après avoir baigné le pied de la gara Rokkan, sur sa rive gauche. 11 laisse, à l'ouest, une immense dune à arête tranchante (Allous en tamahaq, Sifen Arabe), l'AUous Inhar ou Allous AnefiFoc^en, puis un Ghourd (piton sablonneux en forme de cône) sans nom, longe le Djebel Tar'aït, dont le sommet méridional est assez élevé et qui se termine, au nord, en une hamada d'une faible largeur. L'Oued Amdja reçoit, sur sa droite, l'Oued Tegoulgoulet, l'Oued Tin Adar, l'Oued Anadjar, l'Oued In Terdja et l'Oued Ternadjar't, venant de l'Adrar Ahnet. Arrivé à l'extrémité nord de l'Ahnet, au point où finit aussi le Djebel Tar'aït, l'Oued Amdja tourne brusquement à l'est, reçoit, sur sa rive droite, TOued Massin dont il a été parlé plus haut, échange son nom contre celui d'Oued Tar'it et reprend la direction du nord.
La vallée de l'Oued Tar'it est relativement étroite; elle est limitée : à l'ouest^ par le Djebel Tar'it, hamada dont la forme rappelle celle du Djebel Tar'aït dont le Tar'it parait devoir être le prolongement ; à l'est, par le Djebel In R'arsa qui présente plusieurs parties assez élevées et qui la sépare de la vallée de l'Oued Adoukrouz dont la tète est dans la hamada de ce nom, un peu au nord de la gara d'Irakaden.
L'Oued Tar'it et l'Oued Adoukrouz se réunissent à l'extrémité sud du Djebel Tar'it, où ils forment l'Oued Tardjerdja,
(1) Tassili, plateau pierreux, synonyme de Hamada.
L'Oued Tardjerdja, dont la direction est E.-0., reçoit, sur sa rive droite, l'Oued Tadrert dont la lûte est un peu plus au nord-est, ô In Adjis; les deux rivières rôuuies prennent le nom d'Oued Adrera.
L'Oued Adreiti, avant d'aller se perdre dans le Tanezrouft, reçoit, sur sa rive gauche, les nombreux ravins qui descendent de l'Acedjradh.
L'Acedjradh est un immense Tassili (1) dont la forme étrange serait représentée assez exactement par une main monstrueuse,dont les sept doigts seraientencadrés par deux pouces. Les six ravins qui, pour continuer la comparaison, séparent les sept doigts de cette main gigantesque, sont couverts de végétation : les gommiers y dominent. L'eau y est bonne et abondante, bien qu'il ftille creuser pour l'obtenir. C'est un des points de campement des gens de l'Ahnet.
A l'extrémité du pouce occidental de l'Aredjradh, se trouve le point d'Ouallen, silué sur la route directe d'in Salah à Tin Boulitou (2), Oualien a une très grande importance, aux yeux des Touareg de l'Ouest, en raison du passage forcé à ce point d'eau de toutes les caravanes.
Près d'Ouallen, se trouve le Djebel Sedjendjanet, d'où descend un oued du même nom qui, prenant bientôt une direction parallèle à celle de l'Oued Adrem, va, comme ce dernier, se perdre dans le Tanezroufl.
Ainsi qu'on Ta certainement remarqué, il n'a pas encore été question de l'Oued Tirehart qui, d'après les cartes existantes, couperait le Baten Ahnet en deux parties inégales.
(1) Voir, plus loin, l'ilin^rai
• 12, de Silet à Talak.
|ï) Le point d'UujIlGn est un ilc ceux que nous avoos élé conduit i déplacer sur la carte ; la netteté avec laquelle sa situation a été éUbtie sur le plan en relief nous en a créé l'obligation. D'ailleurs, au point de vue de la direction Kénérale de la route de Tin Douktou, la position antt-rieurcment assignée il ce point et celle à laquelle nous ■rons cru devoir nous arrêter sont également admissibles.
L*Oued Tîrehart qui a sa source dans le Djebel Tifedest, point culminant de la partie est du Mouydir, contourne TAdrar Âhnet au sud, mais en demeure à une certaine distance (une journée de marche environ) ; il remonte ensuite au nord, laisse, sur la rive droite, l'extrémîté ouest de TAllous Aneffadjen, puis un Erg dont le sable envahît parfois son lit, et sur sa rive gauche, en face de cet Erg, le Djebel In Ihahou, auquel les Arabes donnent le nom de Djebel In Zizaou et, par abréviation, celui d'Inziz.
Contrairement à ce que des renseignements antérieurs pourraient faire croire, il n'y aurait pas de marais à In Ihahou, mais bien un petit lac, l'Adjelmam Amessedel, dont nous nous occuperons plus loin, et qui est situé sur roued In Ihahou, affluent de gauche de l'Oued Tirehart. Avant de se jeter dans cette dernière rivière, qui a repris la direction E.-O., l'Oued In Ihahou passe entre les deux Gour d'In Ouaden et laisse, à sa gauche, TAllous ouan Haddada qui obstrue une partie de la vallée de rOued Tirehart.
Après avoir dépassé l'Erg signalé précédemment, et avant son confluent avec l'Oued In Ihahou, l'Oued Tirehart passe au pied du contrefort méridional du Djebel Taoudraret, qui est situé sur sa rive droite.
Enfln, avant d'aller, comme toutes les rivières de la région, se perdre dans le Tanezrouft, l'Oued Tirehart laisse, sur sa rive gauche et à une distance d'environ 10 kilomètres, l'extrémité nord du plus long contrefort du Djebel Nahalet, que nous retrouverons en détaillant l'itinéraire de l'Adrar Ahnet à Taoudenni.
Avant de passer à la nomenclature des points d'eau qui, dans ces parages, ont une importance capitale, il parait utile d'expliquer deux expressions qui se reproduiront souvent au cours de cette étude, notamment dans les Itinéraires^
Les Touareg de l'Ouest appellent :
Ibenkar (au singulier Abenkour), des points où l'eau est si près du sol qu'il suffit de creuser à quelques décimètres pour en obtenir ;
Adjelmam, des réservoirs naturels qui conservent l'eau indéfiniment, mais quelques-uns en plus ou moins grande quantité, suivant que les pluies ont élu abondantes ou rares. Dans leur opinion, ce serait, en effet, l'eau du ciel qui, seule, alimenterait ces réservoirs auxquels ils donnent parfois le nom de 7ï[emmas(au pluriel Titmamis). 11 parait plus probable que certains de ces Adjelmam sont de véritables petits lacs dont le niveau se maintient par le débit, faible, mais incessant, de sources inférieures. M. Duveyrier en signale plusieurs, notamment dans le Tassili des Azgueur: « ... des » crocodiles y vioenl », ajoute-t-il, « ce qui implique que • le cube de la superficie aquifère est considérable » (1). Le crocodile (Arochchaf) n'existe ni dans la région de l'Ahnet, ni dans celles qu'ont parcourues nos prisonniers; ceux-ci ne connaissent que de nom ce grand saurien. Faut-il en conclure que la profondeur des Adjelmam de l'ouest est moindre que celle des lacs dont parle le savant voyageurî
Le mot Hassi, employé par les Touareg de l'Ouest, est arabe ; il désigne le puits ascendant ordinaire.
Les points d'eau de la région de l'Adrar Ahnet sont au nombre de trente-trois. L'eau est de bonne qualité ; seul, le puits de Koussab, dans la vallée de l'Oued Amdja, est légèrement saumâtre.
La profondeur à laquelle se trouve l'eau nous a été indiquée par hauteurs et fraction de hauteur d'homme. Les Touareg de l'Ouest sont généralement grands ; nous avons donc pris la moyenne de la taille de nos six pri-
(I) les Touareg du Nord, page 29.
sonniers, soit 1" 65 environ, comme base d'appréciation.
Nous ne nous occuperons ici que des points d'eau situés dans la région de TAdrar Ahnet ; ceux que nous rencontrerons au cours de nos itinéraires seront décrits dans cette partie de notre travail.
Tout d'abord, nous devons procéder par élimination et supprimer le Bir Ahnet qui figure sur certaines cartes ; il n'existe pas de puits de ce nom.
Les trente-trois points d'eau de la région se répartissent de la manière suivante :
A. Dans V Oued Souf Mellel