SORT DE LÀ FEMME
Le mariage accompli, quel est le sort de la femme î M. Duveyrier nous le dît en ces termes (1) :
t S'il est un point par lequel la société Targuie diffère de la société » arabe, c'est par le contraste de la position élevée qu'y occupe la i femme comparée à l'état d'infériorité de la femme arabe.
> Chez les Touareg, la femme est l'égale de l'homme, si môme, par
> certains côtés, elle n'est dans une condition meilleure. » Jeune fille, elle reçoit de l'éducation.
i Jeune femme, elle dispose de sa main, et l'autorité paternelle » n'intervient que pour prévenir les mésalliances.
» Dans la communauté conjugale, elle gère sa fortune personnelle, » sans être jamais forcée de contribuer aux dépenses du ménage, si i elle n'y consent pas; aussi arrive-t-il que, par le cumul des produits,
> la plus grande partie de la fortune est entre les mains des femmes... » Dans la famille, la femme s'occupe exclusivement des enfants,
> dirige leur éducation.
» Les enfants sont bien plus à elle qu'à son mari, puisque c'est son i sang et non celui de l'époux qui leur confère le rang à prendre dans » la société, dans la tribu, dans la famille.
» En dehors de la famille, quand la femme s'est acquis, par la rec- » tilude de son jugement, par l'influence qu'elle exerce sur l'opinion, » une sorte de réputation, on l'admet volontiers, quoique exception-
> nellement, â prendre part aux conseils de la tribu. Libre de ses actes, » elle va où elle veut, sans avoir â rendre compte de sa conduite, » pourvu que ses devoirs d'épouse et de mère de famille ne soient » pas négligés.
» Son autorité est telle que, bien que la loi musulmane permette la » polygamie, elle a pu imposer à l'homme l'obligation de rester mo- » nogame, et cette obligation est respectée sans aucune exception. »
Tout cela, d'une manière générale, s'applique aux femmes des Touareg de TOuest. Cependant, soit que nos prisonniers aient cru devoir attribuer à leur sexe une indépendance d'allures qu'il n'a pas, soit que, réellement, rinfluence morale de la femme soit moins puissante chez eux que dans les confédérations du Nord, ils affirment que jamais une femme n'est admise à donner son avis dans les conseils de sa tribu ; ils ajoutent que, dans la famille, c'est l'homme qui est le chef et le maître de la communauté, et enfin que, dans certaines circonstances,
(\) Us Touareg du Nord, page 339.
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il fait sentir assez brutalement son autorité. N'y a-t-il pas, dans ces allégations, plus do forfanterio que de vci'itét L'homme est le nième dans toutes les sociétés, et quand il subit l'ascendant du « sej:e/aiô(e »-, le respect humain rempêche toujours d'en convenir.
Quoi qu'il en soit, à l'exceplion des Tedjéhé Neflss, des Ikerramouïen et des Issokenalen, qui usent de toutes les latitudes accordées par le Koran (1), les Touareg de l'Ouest, nobles, imrad, iradjenaten, sont monogames, « Un homme qui épouserait deux femmes à t la fois, disent-ils, aCdrcraii la mort sur sa tente. »
Notons encore que les femmes mangent avec leur mari, ce qui est une dérogation aux usages musulmans.
M. Duveyrier, tout en faisant ressortir combien la monogamie relève le niveau moral de la société targuie, émet quelques doutes sur la pureté absolue des mœurs des tribus qu'il a visitées, et il base son opinion sur des faits constatés aux environs de R'adamès (2).
Rieu de semblable n'existerait chez les Touareg de l'Ouest. La prostitution est chose inconnue, et la femme qui s'y livrerait serait immédiatement mise à mort, par ses parents eux-mêmes (3).
C'est au cours de leurs voyages ix Akobli, à In Salah, que les jeunes gens, très réservés dans leur pays, donnent libre carrière à la fougue de leur tempérament et contractent, parfois, ces affections que nous avons signalées quand nous nous sommes occupé des mala-
(1) Un musulman peut cpouscr ([uatre femmes légitimes, et posstder aulAnt de concubines que sa forlMnc lui permet d'cD enlrctcuîr.
(2) Lu Touareg du Nord, page 429.
(3i C'est aussi ce qui se passait en KabjJie avant et même encore après la conquête. Noua avons eu à poursuivre, & Sfitif. en 187Î, un bommc des Benj Yala qui avait ainsi sacrifié sa sœur, sur l'ordre du chef de la familk. llicn du plus émouvant que cette affaire, oii le (lerc et le (ils, avouant fraucheuienl le meurtre, pleuraient la vicUme tout en croyant avoir accompli un devoir.