‹ Les Touareg de l'ouestChapitre 30 sur 49 · X. Si son père est décédé, à sa mère · texte numérisé non relu

X. Si son père est décédé, à sa mère

XI. A défaut de ses ascendants directs, a ses sœurs et à ses frères ;

XII. Si ses sœurs et frères sont décédés, aux enfants de ses sœurs et, subsidiairement, ô ceux de ses frères.

Le partage entre les enfants, frères, sœurs, neveux et nièces de la femme défunte se fait d'après les règles énoncées plus haut.

XIII. Si, après le partage, il reste un meuble ou immeuble qui ne puisse se diviser, un chameau par exemple, il devient la propriété collective et proportionnelle de tous les héritiers, à moins que Pun de ceux-ci ne le rachète ù la succession, ce qui se fait le plus souvent.

Expéditions — Manière de combattre

Il nous a été impossible d'obtenir de nos prisonniers aucun renseignement sérieux sur les forces militaires dont disposent les tribus de TAr'rerf Ahnet.

Us évaluent à huit mille le nombre de combattants que l'ensemble de la confédération (soit 21 tribus) peut mettre sur pied. Nous disons sur pied, et non en ligne, car, même en admettant comme exact ce chiffre qui paraît fort exagéré, il est certain que le plus grand nombre des combattants serait immobilisé parla nécessité de garder les campements disséminés sur d'immenses espaces.

Quant aux tribus qui habitent la région de l'Ahnet, elles pourraient armer deux cent cinquante combattants, auxquels viendraient se joindre dix guerriers des Sekakna et quinze des Mazil, soit un total de 275 hommes, dont la répartition par tribu nous reste inconnue.

11 n'y a, dans toute la confédération, que vingt chevaux :

7 appartiennent aux Taïtoq ;

1 est la propriété de Chikkadh ag R'ali, des Kel Ahnet;

12 appartiennent aux Ikerramouïen (imrad de Talak). La race est petite, mais très résistante et très rapide.

Les expéditions sont de deux sortes :

ANNEMENR'I, ou AMDJER, la guerre proprement dite; EDJEN^ la r'azzia.

Dans la première, le combat est le but ; dans la seconde, il n'est qu'un incident. Dans l'une comme dans l'au-

tre, le Targui ne s'embarrasse d'aucun impedimentum ; le meliari porte les vivres et la provision d'eau de son maître, et c'est un fort léger bagage, car, en expédition, on ne mange qu'une fois par jour, après l'arrivée au gîte. Pas de tente, pas de réserve de vivres, partant, pas de convoi. Tout le monde est monté, les fantassins ne pourraient suivre.

La troupe se met en marche groupée et précédée de quelques éclaireurs.

Dans la guerre offensive, quand ceux-ci ont signalé l'ennemi, on force la marche, tout en cherchant à se dissimuler le plus possible. L'action s'engage à coups de fusil; si l'ennemi tient, on l'aborde; chacun lance l'AUar' (Sagaie) qui est alors perdue pour le combattant, puis on met le sabre à la main, et la lutte s'achève corps à corps. Après l'affaire, le parti demeuré maître du champ de bataille ramasse les armes.

Dans la guerre défensive, les éclaireurs cherchent à se rendre un compte exact de la force de l'assaillant; si elle est trop supérieure, on évite le combat; si on est serré de trop près, on fait coucher les mehara en cercle ou en carré (1), et on combat derrière ce rempart vivant; si, enfin, l'ennemi paraît en nombre inférieur ou a commis une faute dont on puisse profiter, on passe de la défensive à l'offensive.

Mais les guerres proprement dites sont l'exception; VEdjen^ la r'azzia, au contraire est très fréquente.

Toute la stratégie consiste : de la part des assaillants, ù surprendre les animaux au pâturage et à les enlever, ce fï quoi ils réussissent presque toujours ; de la part des gens r'azzés, ô reprendre leur butin aux pillards, et ù enlever ù ceux-ci leur propres montures. Il arrive très souvent, témoin l'affaire du 7 août 1887, qu'une expédition commencée sous les plus heureux auspices

(I) CoUo formation se nomme Mrah ; elle est connue et employée iUns tout lo Sahara.

«• termine por un véritable désastre pour ses auteurs.

Dus qu'une r'azzia a élé exécutée, les capteurs tournent bride et emmènent le butin à toute vitesse, pour le mettre en lieu sûr; la troupe marche alors avec une liync d'éclaîreurs formant arrière-garde, et avec des flanqueurs si elle craint une attaque latérale.

Mais ces attaques, contre lesquelles on se garde, no se produisent qu'exceptionnellement pendant la marche. Les gens r'azzés ne perdent pas leur temps à une poursuite qui offre peu de chances de succès ; ainsi que l'ont fait les Mouadhi au Hassi In Ifol, ils s'efforcent de s'emparer d'un point d'eau où le r'aw,oa devra forcément repasser pour boire ; de son côté, celui-ci donne A sa marche toute la rapidité possible, pour arriver à l'eau avant l'adversaire, et, en fin de compte, le dernier mot reste, généralement, au premier arrivé.

Si le r'azzou ne peut déloger du puits ceux qui l'occupent, il prend le parti d'abandonner son butin et ne cherche plus qu'à regagner son point de départ; mais, s'il est poursuivi, si ses propres montures tombent au pouvoir de l'ennemi, il ne rentrera dans ses campements que décimé par la plus horrible des morts : la mort par la soif.

Les expéditions se font en toute saison : pour la guerre proprement dite, on préfère l'hiver, parce que la température est plus supportable, la soif moins ardente, l'eau plus abondante; ponr la r'azzia, au contraire, on choisit les jours les plus longs et les plus chauds do l'été. A cette époque de l'année, en effet, le manque de pâturages, la rareté de l'eau obligent tentes et troupeaux à se disséminer en petits groupes dont ou a plus facilement raison.

Nous avons déjà décrit l'armement et l'équipement des Touareg, nous n'y reviendrons pas; nous ajouterons seulement que, contrairement à un préjugé assez ré-

pandu, leurs armes ne sont pas empoisonnées. Les blessures faites par VAllar' n'en sont pas moins fort dangereuses, mais cela tient uniquement aux barbelures qui déchirent les chairs quand Tarme est retirée de la plaie qu'elle a faite.

Instruction

A de très rares exceptions près, tous les Touareg de rOuest, hommes et femmes, savent lire et écrire.

Les femmes, déchargées par les esclaves de tout travail manuel astreignant, peuvent consacrer la majeure partie do leur temps à leur instruction propre et à celle de leurs enfants. Elles sont, en général et surtout chez les ihaggaren (nobles), plus instruites que les hommes; on en cite qui savent par cœur le Koran et Sidi Khelil. Tout ce qui peut s'apprendre en langue Tamahaq est enseigné, dans la famille, par la mère à ses enfants.

La langue arabe n'est pas très répandue ; ainsi, sur nos six prisonniers, un seul la parle, mais il ne récrit pas : c'est Chikkadh ag R'ali, et il y a lieu de remarquer que cet homme est un amrid (serf). Kenan, Mastan, Tachcha, qui appartiennent à la famille du chef de la Confédération, Amoumen lui-même, neveu d'un marabout, ne parlent que le tamahaq.

Dans la région de l'Ahnet, l'arabe est enseigné plus spécialement à la Zaouïet at Tebel, dont nous avons parlé au commencement de cette étude.

La langue tamahaq s'écrit en caractères qu'on appelle TIFINAR'.

I*a forme des Tifinar' change quelquefois avec les dialectes; le tableau suivant indique les caractères employés par les Touareg de l'Ouest; nous avons placé, en regard, ceux que donnent le capitaine Hanoteau (1) et M. Duveyrier (2).

(1) Essai de grammaire kabyle^ par A. Hanoteau, capitaine du Génie, adjoint au Bureau Politique des Affaires Arabes. — (1858. -^ Alger, Bastide ; Paris, Challaniel, éd.). — • Pages 361, 362.

(2) Les Touareg du Nord, — Page 388.

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