XVI
Vû désaccord inaslcal s DcMcartea et Inaac Beermaii
Un mélomane qui s'improvise historien de Descartes a double excuse auprès de ses lecteurs de s'être longuement attardé sur ce problème palpitant d'intérêt, de la voix humaine.
Descartes, l'inventeur des tourbillons qui forment la base de l'acoustique moderne comme de toutes les autres sciences modernes, était un musicien consommé et un acousticien. Il écrivit en 1618, à l'âge de 22 ans, un traité de la musique auquel il attachait une extrême importance et qui contenait
(1) Ne faut-ii pas attribuer les effets explosifs bien connus des balles de tir rapide à la pénétration, à l^éclatement dans les tissus, dans la cervelle en particulier, de cette masse aérienne condensée à leur pointe ?
des notions diverses sur la génération physique des sons et spécialement sur la vibration des cordes et les mouvements sonores aériens. C'est ce que nous apprend sa correspondance avec IsaacBeecman, un savant de Bréda, qui revendiquait la priorité de certaines conceptions acoustiques empruntées à Aristote, du moins Descartes le prétendait. On voit donc en passant que le Père Mersenne, même aidé de Descartes, n a pas inventé du tout au tout la théorie de la vibration des cordes, même en voyant, comme le raconte M. le D' Guillemin, les vibrations lentes des grosses cordes de son clocher. Aristote avait, avant lui, fait cette observation. Magisier dixit. Mais revenons à notre Isaac Beecman. On sait que le prince Maurice de Nassau traînait après lui une armée de savants et de mathématiciens^ et le jeune Descartes était du nombre;^ un jour il aperçoit, à Bréda, une affiche en flamand qui renfermait des signes géométriques, il prie aussitôt un de ses voisins de la lui traduire en français ou en latin* C'était un problème de géométrie dont on défiait de donner la solution. Beecman, le traducteur, crut se moquer de Descartes en lui demandant d'apporter le lendemain même une solution, ce à quoi le jeune officier ne manqua point. Il continua à fréquenter* pendant son séjour à Bréda, Isaac Beecman qui était professeur de mathématiques en cette ville et qui, précieuse ressource pour l'officier français, ne connaissant naturellement pas le flamand, savait baragouiner le latin. Descartes, en quittant la Hollande, lui confia le précieux manuscrit sur la musique, et Beecman s'en étant bien pénétré se vanta partout d'avoir enseigné à Descartes l'art difficile de la musique. C'est à cette amusante prétention que répond l'épître suiyante de Descartes à son contradicteur, et qui nous donne la notion nette de ce qu'on peut appeler une lettre roide :
« Septembre 1630.
(Traduction.) « Je différais de répondre à ce que vous m'avez écrit dernièrement pour ce que je n'avais rien à vous dire que
je crusse vous devoir être fort agréable, mais aujourd'hui que je m'y vois invité par celui-là même qui est associé avec vous au rectorat, je vous dirai librement ma pensée ; car si vous aimez la vérité, et si vous êtes sincère, la liberté de mon discours vous sera plus agréable que n'aurait été mon silence. i> Je vous redemandai, l'année dernière, mon Traité de musique, non pas à la vérité que j'en eusse besoin, mais pour ce qu'on m'avait appris que vous en parliez comme si vous me l'aviez apprise ; toutefois, je ne voulus point vous en écrire aussitôt, de peur de paraître défiant si je doutais de la fidélité d'un ami sur le rapport d'autrui. Mais maintenant que par plusieurs témoignages j'ai reconnu que vous préférez une vaine ostentation à la vérité et à l'amilié qui a été jusques ici entre nous, je veux vous donner ici un petit mot d'avis qui est que si vous vous vantez d'avoir enseigné quelque chose à quelqu'un, encore que ce que vous dites soit véritable, cela ne laisse pas d'être odieux ; mais si ce que vous dites est contre la vérité, il est encore plus odieux, et enfin si vous avez appris de lui la chose même que vous vous vantez de lui avoir apprise, certainement cela est tout à fait odieux. Mais sans doute que la civilité du style français vous a l rompe, et que vous ayant souvent témoigné de bouche et par écrit que j'avais appris plusieurs choses de vous et que j'espérais môme encore tirer beaucoup de profit de vos observations, vous n'avez pas cru me faire tort de confirmer par vos discours une chose que je ne faisais point de difficulté de publier moi-même. Quant à moi, je me soucie fort peu de tout cela, mais la déférence que j'ai encore pour notre ancienne amitié, m'oblige à vous avertir que lorsque vous vous vantez de quelque chose de semblable devant ceux qui me connaissent, cela nuit beaucoup à votre réputation ; car ne pensez pas qu'ils croient rien de tout ce que vous leur dites, mais croyez plutôt qu'ils se moquent de votre vanité ; et il né vous sert de rien de leur montrer les témoignages que j'en donne dans mes lettres, car il n'y en a pas un qui ne sache que j'ai même coutume de tirer instruction des fourmis
et des vermisseaux ; et ils ne croiront jamais que j'aie pu rien apprendre de vous, si ce n'est de la même manière que j'ai coutume d'apprendre les moindres choses de la nature. Si vous prenez ceci en bonne part, comme vous le devez, je n'appellerai le passé qu'une erreur et non pas une faute, et cela n'empêchera pas que je ne sois comme auparavant votre serviteur. Vale, * Et Isaac Beecman le prit en mauvaise part I ! !