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XVII

Création el mutation de la matière de» eorpA par le mouvement

Comme M. Janssen l'a fait remarquer dans son ouvrage sur la chronologie des créations slellaires, la spectroscopie nous indique l'âge des étoiles. La théorie des tourbillons nous expliquerait pourquoi les spectres changent d'aspect d'après le temps écoulé depuis leur création.

Nous avons vu dans le § II de ce chapitre, le physicien W. Thomson attribuer à des anneaux tourbillons, à des.vortex, la création des atomes matériels insécables qui constituent les corps et dont les dimensions, les formes, les vitesses et sens de rotations, peuvent offrir l'infinie variété des corps simples. Ces vorlex s'approchent les uns des autres comme si des actions s'exerçaient à distance de l'un à l'autre. Ces actions constituent les affinités, ce sont des forces fictives, résultant des pressions que les anneaux tourbillons engendrent dans réther ambiant. Cette théorie équivaut pratiquement à celle de Zenger (1), qui substitue toutefois au mouvement réel de ces atomes la torsion moléculaire qu'ils ont empruntée aux mouvements prolongés de l'éther, et déduit de cette torsion la différence électrochimique des corps simples.

La science revient ici purement et simplement à l'hypothèse de Descartes concernant la matière électrique, les

(1) Zenger, Le Monde électrodynamique. Paris, Carré, 1893.

parties cannelées, orientées à la façon d'un coquillage dans le sens direct ou indirect suivant qu'elles proviennent de Tun ou l'autre pôle du tourbillon qui les a formées. Les parties cannelées produisent les taches du Soleil (ou des étoiles). « Lorsque la matière du premier élément (élément lumii> neux) compose le co^ps du Soleil ou de quelque étoile, tout î> ce qu'il y a en elle de plus subtil n'étant point détourné » par la rencontre des parties du second élément (matière » transparente des cieux), s'accordç à se mouvoir tout en-

> semble fort vile ; ce qui fait que les parties cannelées (élec-

> triques) et plusieurs autres un peu moins grosses qui, à » cause de l'irrégularité de leurs figures, ne peuvent recevoir » un mouvement si prompt, sont rejetées par les plussûb-

* tiles hors de l'astre qu'elles composent, et s' attachant fa- » cUement les tmes aux autres, elles nagent sur sa superficie,

> oti perdant la forme du premier élément (moMère chaotique 3> ignée), elles acquièrent celle du troisième (matière chimique-

> m^ent organisée, gazeuse, liquide ou solide), et lorsqu'elles » y sont en fort grande quantité, elles y empêchent l'action )> de sa lumière, et ainsi composent des taches semblables à

* celles qu'on a observées sur le Soleil : ce qui se fait en » même façon et pour la même raison qu'il sort ordinaire- » ment de l'écume hors des liqueurs qu'on fait bouillir sur » le feu, lorsqu'elles ne sont pas pures ou qu'elles ont des

> parties qui, ne pouvant être agitées par l'action du feu si

* fort que les autres, s'en séparent, et en s'altachant facile- » ment ensemble, composent cette écume. ^

Ainsi donc, en précisant le langage de Descartes, le mouvement tourbillonnaire qui a réparti la matière chaotique inorganisée entre deux éléments dont la nature est la même, et qui ne diffèrent que par leuragitation, c'est-à-dire leur température, à savoir la matière transparente des cieux et la matière lumineuse centrale des tourbillons, ce mouvement tourbillonnaire, dis-je, a quelque tendance à organiser un troisième élément, la matière des corps, gazeuse, liquide, solide, qui ne diffère des deux autres que par la stabilité de

son orientation. Ce sont les parties cannelées dont le passage à travers les autres éléments donne naissance aux manifestations électriques. La première organisation donnée à la matière chaotique est donc une torsion semblable, selon Descartes, à celle d'un coquillage, et ce noyau de matières cannelées assez enchevêtre, nous dirions aujourd'hui assez condensé, pour ne pas suivre les mouvements si rapides des deux autres éléments, est roulé par ces éléments à la façon d'une écume, rejeté â une certaine distance du centre où il va donner naissance à la matière des corps. La série des corps simples prend naissance, se développe, et la matière des nébuleuses primitives ne renferme que quelques corps simples, l'hélium, l'hydrogène. Le Soleil, plus vieux, est aussi plus riche dans cette nomenclature, mais il ne possède pas encore tous les corps simples répandus à la surface de notre vieux globe caduc, et surtout peut-être de son satellite lunaire plus décrépit encore. De même aussi, certains corps simples fort répandus dans les nébuleuses et même dans le Soleil, ainsi que nous le montre la spectroscopie, sont devenus fort rares sur notre globe. Ainsi l'hélium, ce frère germain de l'hydrogène.

On arriverait à dire que des corps simples peuvent encore se produire sous nos yeux, et de même que nous assistons à la formation d'astéroïdes, de satellites, de planètes et de comètes, nous pourrions voir se former des corps simples, créés dans la période géologique actuelle et prenant place dans la série des éléments de notre globe.

Il me semble indispensable d'ajouter qu'il doit exister dans ce degré de torsion de la matière chaotique certaines positions d'équilibre plus particulièrement stables. La théorie des nombres paraît avoir quelqu'étroite connexion avec ces valeurs d'équilibre qui ont donné lieu à la série des équivalents et des autres nombres qui spécifient la matière. Une récente école anglaise, celle de Crookes, a pu, par des artifices aussi ingénieux que pénibles, déranger quelque peu la matière de cette position d'équilibre, et obtenir, à de très

courtes distances de valeurs d'équivalents, plusieurs échantillons formant une série pour ainsi dire continue des métaux, •erbium, yttrium, etc., dont les oxydes constituent ce que nous appelons les terres rares, et je vois dans cette extension de continuité du « spectre » de la matière organisée une raison à l'appui des théories de Descartes et de M. Zenger sur l'origine tourbillonnaire de sa formation, de sa spécification.

M. Zenger a démontré dans un mémoire : Beiirœgt zur MolectUa/r-physik, Abhandlungen der k. boehm. Gesdlschaft der Wissenschafien, Prag. 1881, qu'on peut former des groupes naturels des éléments chimiques en les classant d'après le produit de leur chaleur spécifique C et de leur poids spécifique S. En effet, le produit CS qui prend des valeurs très différentes, reste à peu près constant pour les corps simples dont les qualités chimiques et physiques sont semblables.

C'est ainsi que les métaux magnétiques se groupent comme il suit:

Manganèse 7,206x0,1277 = 0,877

Fer 7,790x0,1138 = 0,887

Nickel 8,660 x 1,086 = 0.910

Cobalt 8,512 x 1,070 = 0,940

les métaux précieux font trois autres groupes comme suit :

Argent 10,567 xO,U5701 = 0,602

Or 19,315xO,03243zz:0,626

Ruthénium 11,300 x 0,0611 =0,690

Platine 21,146 x 0,0323 = 0,693

Osmium 22,470x0,03113 = 0,699

Palladium 12,050x0,05920 = 0,717

Rhodium 12,410x0,05803 = 0,720

Iridium 22,200x0,03230 =0,744

Comme le fer, le monganèse, le nickel, le cobalt se trouvent toujours ensenable et dans les mêmes couches géologiques, nous trouvons aussi l'or et l'argent toujours en-

semble, et le même fait s'observe pour les métaux du groupe du platine.

On peut donc dire que les corps simples d'une même famille réunissent dans l'unité du volume plus de matière à mesure que leur chaleur spécifique devient plus petite. C'est une loi générale groupant les éléments polymorphiques comme le carbone, le bore, le silicium, le soufre, le sélénium, le phosphore et l'arsenic.

Pour obtenir la transformation des corps simples d'une même famille les uns dans les autres, il suffirait de même de remonter à la haute température de formation de ces corps, température qui est identique pour toute la famille. L'industrie pourrait ensuite diriger la formation de la matière vers le but désiré, créer à volonté Tor ou l'argent, le diamant, le graphite ou le carbone, le soufre « ou j0, etc.. — Depuis la publication de cet ouvrage de M. Zonger, le problème a été résolu pour les carbones par la méthode ignée du four électrique de M. Moissan.

On a aussi récemment parlé beaucoup de la découverte de Vargentaunirrij par le docteur Emmens. Ce résultat de la transmutation des métaux n'exigerait, en vérité, comme on le voit, que l'accès d'une température fréquente encore dans les jeunes nébuleuses où l'or n'a pas encore fait son apparition, mais très rare et très difficile à obtenir dans notre vieux monde. En tous les cas, le grand feu de l'alchimie était véritablement une méthode rationnelle pour parvenir au résultat tant désiré, si inutile, en vérité, pour notre bonheur, de la transmutation des métaux. La méthode ignée, du reste, n'est peut-être pas la seule, et rien ne dit que la science n'arrivera pas à tourner cette insurmontable difficulté d'obtenir une température stellaire dans les fourneaux de nos modestes laboratoires terrestres.

« La fin du monde, dit M. Zenger, comme la fin de la vie organique, proviendra, sans doute, d'une diminution de plus en plus rapide de l'énergie des tourbillons cosmiques d'origine électrique lancés par le Soleil dans l'espace qu'il remplit en-

core de sa chaleur et de sa lumière, ils compriment et condensent la matière qui compose son système, mais, dès que cesse leur énergie, le mouvement rotatoire et translatoire des corps du syslème solaire doit aussi cesser, et l'énergie, emmagasinée pendant des millions d'années dans la matière, doit provoquer l'explosion des molécules des corps et les dissiper dans l'espace céleste, formant de nouveau l'une de ces nébuleuses qui ont do/iné naissance au système solaire. »

J'aurais aimé à voir ici M. Zenger attribuer à sa curieuse condition de transmutabilité des corps simples solides, la formule toute cartésienne d'égalité du volume atomique (1). Descartes aurait très certainement écrit: // est aisé de transformer l'un dans Vautre, par une agitation suffisante, les corps dont les petites parties ont même grandeur.

Pour les corps simples gazeux,. cette égalité du volume occupé par les atomes (2) ou plutôt du nombre des atomes répartis dans un espace donné, dans des conditions également données de température et de pression, est un fait général et forme la base de la théorie cinétique des gaz dont il ne reste véritablement debout aujourd'hui que la chimie atomique. Elle a conduit à scinder l'ancien équivalent de l'hydrogène et à concevoir une molécule stable de ce gaz, formée de deux atomes au moins (3). Personne n'oserait soutenir que

(1) Cela résulte de la loi de Dulong et Petit concernant la chaleur spécifique et le poids atomique des corps simples solides. Soit C la chaleur, spécifique, S la densité, A et V^ le poids et le volume atomiques, on a pour chacun des groupes de M. Zenger :

es = K, (Zenger)

CA = Kj (Dulong et Petit)

A = V^S. (p = vd)

d'où Ton tire : V^ = ^ = Kg

(2) Cette hypothèse fut émise pour la première fois par Avogradoen 1811.

(3) Les atomes des corps simples à Vétat libre semblent être maintenus dans le groupement de leur molécule par une force qui combat et affaiblit leurs affinités. En détruisant momentanément cette force, Vétat naissant les isole et leur permet ainsi d'entrer en de certaines combinaisons. L*action de la lumière, qui donne lieu par exemple à la combinaison du chlore et de rhydrogène, produit un semblable effet de désagrégation des mole* cules en leurs atomes.

ces atomes eux-mêmes, dont la dimension est finie, quoique fort petite, soient indivisibles. On admet qu'ils puissent coniporter des atomes d'ordre supérieur beaucoup plus petits qu'eux, mais encore finis et divisibles. Et la limite de ce fractionnement indéfini de la matière des corps, c'est la malière des cieux, l'éther, le chcbos, ancêtre commun de toutes les substances corporelles. Descartes est encore ici le maître de notre science (1).

Aussi bien que les Autrichiens et Zenger, les Allemands, plus éclairés peut être et certainement plus justes que nousmêmes, font remonter à* Descartes la théorie moderne du dynamisme et de VaffinUé chimiques. Qui ne reconnaîtrait l'enchaînement des particules électriques cannelées qui tourbillonnent et s'enchevêtrent pour constituer la matière des corps, en ces atomes tourbillons dont Helmhollz composa les anneaux et tubes indestructibles qu'après lui Rankine et Thomson répandirent à profusion dans l'univers ?

§ xvm

Transmission da mouTement vibratoire des divers agents

On me permettra de tirer de l'application des principes de Descartes aux quelques phénomènes étudiés en ce livre, une conception figurative et schématique de la transmission du mouvement vibratoire d'une masse échauffée au maximum et donnant lieu, par là même, à l'émission d'un spectre continu que nous attribuons dans l'ordre optique à la lumière naturelle. Cette masse ne peut être réduite à des dimensions géométriquement nulles, et il n'y a lieu d'attribuer aucune loi de périodicité au mouvement qu'engendre son incandescence, et dont nous savons seulement qu'il est excessivement rapide et s'étend à toutes les directions. Et si maintenant

(1) Lothar Meyer, Théories modernes de la Chimie^ t. Il, p. 12. traduction Bloch et Meunier; Georges. Carré, 1889. 0. E. Meyer, Klnétische Théorie der Gaze, p. 244.

nous admettons avec Descartes l'existence d'une matière élastique et continue que nous supposerons arbitrairement en l'epos, nous pourrons y tracer par la pensée une ligne droite qui nous rattache à ce foyer de mouvement. Sur cette ligne droite idéale, la matière soumise à djes alternatives de compression et de dilatation, prend un mouvement quelconque, dépourvu d'orientation et de périodicité, un mouvement tourbillonnaire, suivant la définition de Cauchy. Il convient d'ajouter que la même propagation aura lieu dans toutes les directions, et qu'en raison de la continuité de la matière tous ces mouvements réagiront les uns sur les autres. Nous isolerons cependant par la pensée, ce n'est là qu'une image, cette direction axiale de notre rayon visuel dont chacun des points prendra autour de sa position d'équilibre un mouvement dont nous savons simplement qu'il est unique, spiraloïde, et, de plus, que les spires sont excessivement voisines les unes des autres.

Ce mouvement est unique, car un point matériel ne peut prendre simultanément deux déplacements; spiraloïde, car les masses en mouvement des directions voisines enserrent celle du rayon visuel considéré, réagissent sur leurs mouvements et les ramènent vers leur axe ; enfin, les spires sont excessivement voisines en raison de la rapidité du mouvement initial, et aussi de l'impénétrabilité des masses contiguës qui les oblige à suivre des chemins sensiblement parallèles. Aucune loi de périodicité ne définit le pas et le rayon de ces spires, c'est-à-dire la longueur d'onde et l'intensité, le sens (3t l'orientation de leur mouvement, elles montent ou descendent, vont à gauche ou à droite. L'impénétrabilité de la matière nous autorise toutefois à leur attribuer, au moins sur une hauteur très faible et pendant un instant très court, un sens et une orientation déterminés. La matière n'éprouve, du reste, aucun écoulement réel, aucun transport, mais une agitation dont la forme gauche, non fermée, peut se représenter par l'enroulement enchevêtré de nos pelottes de fil à coudre. Chaque spire comprise entre deux passages de la

mèiûe masâe au même méridien, représente une oscillalion complète, c'est l'image réduite de l'orbite planétaire qui n'est elle-même après tout qu'une vibration dans l'immensité des espaces, un battement dans l'éternité des temps.

Le mouvement ainsi propagé suivant le rayon visuel de l'observateur, ne possède à proprement parler aucune propriété spéciale, cathodique, actinique, lumineuse, calorifique, magnétique ou sonore ; ou plutôt il les renferme toutes. Pour mettre ces propriétés en évidence il suffirait do mener, à des distances convenables, des plans perpendiculaires au rayon visuel, et de supposer que ces plans, que nous ferons mouvoir avec la vitesse de la propagation, ont acquis la propriété de condenser le mouvement spiraloïde, tout au moins de le renforcer. Et par ce procédé théorique nous révélerons les manifestations correspondantes à chacun des écarlements de plans, nous aurons ainsi créé dans chaque cas, au lieu d'une surface spiraloïde irrégulicre et enchevêtrée, une sorte de chapelet dont les grains sont équidistants, dont la chaîne se déroule suivant notre rayon visuel. Ce chapelet, à son tour, peut être remplacé par une hélice de pas régulier, que nous substituerons à Thélicoïde primitif et qui nous donnera les effets d'une lumière simple de vibration déterminée,

La présence des milieux où s'agite le rayon de lumière naturelle semble donner lieu précisément au phénomène bizarre que nous venons de définir. L'éthcr est apte à transmettre les vibrations élémentaires cathodiques, les plus rapides de toutes ; les corps transparents, la lumière ; les métaux, la chaleur et l'électricité; les gaz, l'onde hertzienne et le son, qui correspondent à des vibrations très lentQs. Descartes a même eu Taudace de définir un mécanisme de cette production des spires régulières de la matière cannelée. Les boules de grandeur uniforme de la matière qui constitue le milieu de leur formation, sont juxtaposées, et la matière la plus fluide et la plus ténue vient se laminer dans leurs intervalles géométriquement disposés, de façon à donner des raclures hélicoïdales de pas constant et d'orientation détér-

Qiinée. Ce n'est là qu'une image; elle nous fail comprendre cependant que chaque matière transparente puisse laisser passer les agitations cannelées, dont le pas soit en harmonie avec les divers ordres d'arrangement et de succession des intervalles géométriques de ce crible filière; et aussi que certaines agitations, en nombre infini, soient absorbées par le choc des boules du milieu traversé, et que ces boules ellesmêmes en prennent le rythme. Or, rexpériencc nous montre qu'en effet la matière du milieu prend la couleur complémentaire de celle du rayon qui a traversé ce milieu, et encore que ce milieu, lorsqu'il devient le point de départ de l'agitation, au lieu d'en être le passage, émet précisément les lumières qu'il absorbait lorsqu'il servait d'écran. Nous n'avons aucune raison de croire aux boules de Descartes, mais nous pouvons admettre que l'élasticité de certains milieux se prêle à la résonnance de certaines vibrations, les absorbe, par conséqueni, et laisse passer les autres.

Il résultera de là que la matière raréfiée, par exemple, tout en laissant passer les rayons cathodiques, éprouvera, du groupement d'un certain nombre de leurs vibrations, une vibration de fréquence moindre et de longueur d'onde plus importante, lumineuse par conséquent : c'est la phosphorescence ; que la vibration lumineuse donnera lieu à une transformation calorifique; et qu'enfin le groupement d'un paquet de vibrations électriques pourra créer la fréquence de l'onde hertzienne, dont la longueur d'onde se compare à celle du son. Il est nécessaire, cependant, que les spires du rayon naturel soient assez nombreuses pour pouvoir se grouper n à n, la chaleur obscure n'engendrera pas la lumière, ni la lumière l'actinîsme, le principe de Carnot est respecté.

La considération de spires équidistantes de pas grandissants fail apparaître une composante normale à l'axe, vibration transversale; et une composante parallèle à Taxe, vibration longitudinale. Cette dernière est faible pour les rayons cathodiques et prend de l'importance pour les ondes hertziennes et sonores. Peut-être sa grandeur, qui ne saurait

être rigoureusement nulle, intervient-elle dans Timportance des réfractions dans l'épanouissement ou la concentration des faisceaux^ dans les phénomènes de la dispersion des diverses couleurs.

On conçoit également que certains milieux orientés ou cristallisés puissent orienter la spire génératrice des divers agents, donner à ce tourbillon une section elliptique ou circulaire, par exemple. Enfin, une autre source de vibrations pourra modifier le mouvement des masses du rayon visuel, dévier le faisceau lumineux d'une lumière cathodique, faire tourner le plan de polarisation d'un cristal, ce seront là simples compositions de forces et de- mouvement ; et de plus, cela rentre dans la conception de Descaries, qui prétendait attribuer aux innombrables tourbillons de ses mondes les actions réciproques les plus variées.

L'espace soumis à l'action d'un ou plusieurs centres s'appelle champ de forces. Cet espace peut être considéré comme doué, dans l'hypothèse de Descartes, d'un mouvement tourbillonnaire complexe de la matière qui le constitue; dans l'hypothèse newtonienne, au contraire, les points matériels au repos sont soumis à des forces variables et la matière prend une tension caractérisée par des surfaces de forces, et des surfaces équipotentielles ou surfaces de niveau. Expérimentalement, les sections de directions quelconques, faites dans un cyclone ou vortice de Descaries et dans un champ de forces newloniennes, présentent de frappantes analogies, c'est ainsi que dans un tourbillon atmosphérique, les objets se précipitent à la surface du sol en figurant très nettement les lignes de forces d'un champ.

Plusieurs corps jouissent de la propriété de condenser d'une façon plus ou moins persistante à leur surface ou même dans leur substance, les traces des surfaces de forces et de niveau des champs ou des tourbillons émanant de l'action de divers agents, actinisme, lumière, chaleur, électricité, ondes hertziennes ou sonores. Et de même que l'abeille apprend à édifier ses rayons sur le réseau hexagonal d'une pellicule de

cire gaufrée par Tapiculteur, de même il arrive qu'un agent d'un ordre quelconque puisse édifier ses tourbillons ou champs de forces sur le réseau qu'a tracé la rencontre du tourbillon d'un agent absolument différent. C'est ainsi que la lumière des rayons phosphorescents constitue ses tourbillons sur la silhouette des objets qu'a traversés la lumière cathodique invisible, et cette image persistera même après l'arrêt du mouvement cathodique. L'autoradiation du radium résonnera de même à la vibration continue de la lumière obscure, et son champ invisible s'illuminera de la phosphorescence des corps qui savent vibrer à la fréquence lumineuse (1).

Le tourbillon sonore du téléphone vient expirer sur le même réseau de la membrane de fer doux où le champ magnétique prend naissance et appuie ses surfaces. Au champ magnétique succède le champ induit du courant, et les arcs lumineux engendrés par ce courant induit font entendre la parole du départ. Bien plus, un faisceau de cette lumière sonore, dirigé par de puissants projecteurs, va traverser les mers, et nouveau tourbillon dessiner ses réseaux sur le miroir de sélénium (2), puis, par le mécanisme réversif de nouveaux champs d'électricité, de magnétisme et de son, frapper enfin l'oreille du destinataire.

On pourra même imprimer la trace du tourbillon final, non plus sur une plaque de fer doux où elle s'efface, mais sur un ruban d'acier qui se déroule et dont l'aimantation rémanente la fixe profondément et lui permet de répéter indéfiniment la dépêche devant un inverseur.

Cet étrange protéisme du mouvement de divers agents, qui

(1) MM. P. Curie et A. Laborde ont môme observé une résonnance thermique dans le radium qui se tient de !• au-dessus de la température ambiante. (C. /?. Ac. des Sciences, 16 mars 1903, t. CXXXVI, p. 673).

(2) La disposition imaginée par M. Ruhmer, et quHl vient aussi d'utiliser pour diriger les dépêches hertziennes vers un poste récepteur déterminé, est celle des miroirs ardents paraboliques conjugués. Les rayons émis à l'un des foyers par l'arc sonore transmetteur modifient la résistance au courant d'un cylindre de sélénium récepteur placé à l'autre foyer, et cela à une distance de 7 ou 8 kilomètres.

se succèdent et soudent, pour ainsi dire, leurs champs les plus compliqués sur un réseau commun, nous permettrait de remonter jusqu^aux centres de forces d'un dernier tourbillon lumineux, de reproduire ainsi les points saillants d'un groupe ou d'un tableau. La vision à distance serait ainsi virtuellement acquise.

J'éprouve ici quelque tristesse à démolir de mes mains ce fragile château que j'avais construit avec les matériaux et à la manière de Descartes et de Zenger, pour y abriter la genèse de la dernière, de la plus séduisante découverte de notre science. Hélas ! il est bien vrai que dans le téléphone et ses vassaux : le photopbone, le phonographe magnétique, etc., les tourbillons et champs de forces succèdent aux tourbillons et champs de forces. Mais ces trajectoires étranges des mouvements des agents les plus éloignés, l'agent lumineux, l'agent électrique, l'agent sonore, ne se ressoudent en rien avec la précision que je leur attribuais. Elles n'ont même rien de commun peut-être que le rythme et Pintensité, et je ne vois théoriquement rien de plus dans la reproduction du parleur vocal ou musical de nos téléphones, que dans l'alternance saccadée du parleur de l'appareil Morse.

Un son quelconque se constitue de grandes et de faibles concamérations, qui se succèdent et permettent de le représenter, sur une bande qui se déroule, par une sinusoïde irrégulière dont les boucles sont hérissées de petites dents ou crochets. La pratique du phonographe nous montre que la lecture mécanique de cette représentation singulière suffit à reproduire les bruits les plus variés, les sons les plus complexes. II n'y a donc aucune simultanéité entre les divers chocs qui viennent impressionner notre oreille. Un point matériel ne saurait,' ai-je dit, éprouver à la fois deux déplacements. Tout le phénomène consiste, au contraire, en une succession de chocs, de fréquence et d'intensité variable, et s'il en est ainsi, le parleur du télégraphe Morse suffira pour reproduire la parole, si on lui donne une mobilité suffisante. Et qu'est-ce donc que le microphone, sinon un parleur Morse

dont Textrême mobilité facilite la fréquence des manifestations, permet de leur conserver leur originelle intensité ?

Et maintenant, la manière même dont nous avons établi la succession des divers champs de notre complexe téléphon(»., nous permet d'attribuer à ces manifestations deux caractères communs, la fréquence et l'intensité. L'arc électrique, par exemple, n'émettra pas, élémentairement du moins, des vibrations sonores, son mouvement conservera l'allure d'un mouvement lumineux. Mais les modifications dans l'intensité du champ électrique qui a engendré cet arc, grouperont les vibrations lumineuses élémentaires en phases secondaires de durées et d'intensités variables, se succédant avec la fréquence du son générateur. Il n'est donc pas étonnant que le résonateur de sélénium puisse emprunter à ce faisceau de nature exclusivement lumineuse, le rythme et l'intensité de la parole d'émission et les restituer, aux circuits électrique, magnétique et enfin sonore du récepteur. Pour assurer du reste la netteté des phases, il convient de se débarrasser des phénomènes de résonnance accessoire, de ces échos qui viendraient boucher les intervalles de la fréquence principale, et voilà pourquoi dans les circuits des arcs parlants, il est nécessaire de fixer, d'arrêter, de neutraliser, en un mot, les extracourants perturbateurs au moyen de dispositions rentrant dans le type des condensateurs électriques.

En résumé, de même que dans l'ordre électrique les tourbillons peuvent passer d'un milieu dans un autre, s'y transformer même et produire des agitations d'ordre différent, laisser même, après leur disparition, des traces plus ou moins indélébiles de leur passage, ce qui produit, par exemple, les courants induits, les électro-aimants, les aimants artificiels et même les aimants naturels, de même dans l'ordre lumineux, les tourbillons peuvent passer d'un milieu matériel dans un autre milieu matériel, y transformer leur agitation en une agitation moins rapide, y laisser même une trace durable de leur passage, et c'est ce qui explique la fluorescence qui peut être comparée à l'aimantation du fer

doux, la phosphorescence que je confère à raimantation rémanente de Tacier, enfin l'aulo-radiation qui peut se comparer à l'aimantation naturelle de l'oxyde de fer magnétique, à moins que toutes ces formes de magnétisme comme de lumière ne soient dues à l'agitation réelle, actuelle, continue, d'une matière entraînée par les mouvements du tourbillon créateur de cette agitation. Et s'il en est ainsi» Descartes nous enseigne que la vitesse du mouvement secondaire ne peut être qu'inférieure ou égale à la vitesse du mouvement principal. Les corps reposent en la matière des cieux qui les entraîne et va beaucoup plus vite qu'eux. C'est ainsi que la pirouette (toupie) des enfants possède une vitesse inférieure à celle du frottement imprimé à son pivot. Ainsi donc, une lumière invisible, ultra violette, aura pour reflet dans la fluorescence et la phosphorescence, des lumières plus lentes, visibles par conséquent pour nous. La vibration obscure qui pénètre dans les caves les plus profondes, donnera lieu à l'auto-radiation d'intensité constante du radium et de ses- semblables. La chaleur rouge sera transformée en une chaleur obscure dans nos chaudières de vapeur. Et le principe de Carnot sortira de la conception de Descartes. « On ne saurait faire passer la chaleur d'un corps plus froid sur un corps plus chaud, i car ce serait donner à la matière des corps une vitesse supérieure à celle de la matière des cieux qui la soutient et l'eh traîne, ce serait mettre plus en l'effet qiie dans la omise.

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