ENVOI A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
1 La fin du xix» siècle marque le retour de certaines écoles
I étrangères au mécanisme pur sous l'autorité déclarée du phi-
II losophe Descaries. En France, où M. Poincarré a vulgarisé ilj l'œuvre de Helmhollz, tous les traités mentionnent les tour-
billom, mais ils taisent Descartes. Pour juger sainement de ces hommages ou de ce silence, il convient de rapprocher nos théories les plus récentes de l'ancienne doctrine du maître : <( Tout est figure et mouvement >.
L*esprit pense^ le corps est étendu : le bâton de cire dur, sonore, se ramollit entre les doigts, fond sur le feu puis s'évapore. En ces états si différents il possède une propriété constante : il occupe un certain espace, un volume déterminé dont j'ai la notion clazre et (tistincte. Ce volume n'est pas une simple conception de Tespril, c*esi la matière elle-même. Un espace limité par des surfaces qui le renferment n'est pas vide^ et Dieu lui-même ne pourrait sans absurdité maintenir écartées les parois d'un vase absolument privé de . matière.
Si la matière n'est autre que l'espace limité, le volume géom^rique, elle participe des propriétés évidentes de ce volume. Elle est < unique, divisible à Vinfird^ impénétrable. Le déplacement de la
matière entraine donc le déplacement d'une autre matière qui vient occuper son lieu. Cela est le mouvement. En vérité il n'est pas requis plus A^acHon pour le mouvement que pour le repos, il en faut autant pour mouvoir un bateau que pour l'arrêter. Le mouvement est relatif et se définit par rapport à un corps du voisinage. Au repos dans son navire le nautonier se meut par rapport au rivage, et s'il remonte le parallèle de la Terre» il redevient au repos par rapport aux étoiles. Entre deux corps on ne saurait décider lequel se meut. Mais le mouvement, cette qualité relative deviendra une quantité^ une grandeur, si on le mesure par la force^ Vaction nécessaire pour imprimer à un corps ou pour lui retrancher sa vitesse. Cette force de se mouvoir^ cette action, cette impression de la vitesse, quHl faut
bien cUêtinguer de celte vitesse^ peut être accompagnée d'une puissance de se mouvoir qui persistera même dans le repos et se traduira dès lors par une agitation. La force et la puissance de se mouvoir peuvent se transformer Tune dans l'autre, elles composent la qtAan- Hté de mouvement que Dieu conserve en TUnivers.
Dieu a dit « fiât lux » et cela signifie qu'il a donné à la matière une propension à se mouvoir en ligne droite. Dn vérité, ce mouvement en ligne droite ne se produit jamais, car chaque partie de la matière rencontrera d'autres parties qui en raison de leur impénétrabilité la détourneront de son mouvement recliligne et la feront tourner en rond : tourbillonner. De même que la corde d'une fronde retient la pierre sur un cercle par une force que la main du frondeur peut apprécier, de même la matière ambiante, animée elle-même de mouvements divers, retient la matière qui ne la peut traverser^ exerce sur elle une réaction, une force que Ton peut mesurer, mais qui n'existe en vérité que comme un effet et nullement comme une cause du mouvement.
Un corps qui rencontre un autre corps rejaillit contre lui ou bien il l'accompagne en lui donnant tout ou partie de son mouvement, de son impression. Il peut arriver que par suite de certaines circonstances, un corps ne puisse donner à ceux qu'il rencontre la totalité du mouvement quMl a perdu. Mais ce n'est là qu'une apparence, le mouvement perdu se transforme en agitation, en tour et retour, en tremblement, la force de se mouvoir devient puissance de se mouvoir. ,
Une première conséquence du mouvement prolongé de la matière a été de la diviser et de disposer ses parties en figures et mouvements divers, enfin de lui donner ainsi certaines qualités que nousr observons et qui peuvent être définies et expliquées mieux que par Âristote qui se contentait de les énoncer.
\^ Les trois éléments sont définis par la grosseur et l'agitation des parties. Ce sont 1® la matière lumineuse ou ignée qui constitue les astres incandescents; 2<» la matière transparente des cieux qui nous transmet la lumière; 3® la matière obscure des corps qui réfléchit la lumière et retient en ses pores une certaine proportion des deux autres éléments.
2o Entre les boules des éléments, la matière la plus subtile prend un mouvement en hélice qui la fait ressembler à des raclures cannelées ou bien aux coquillages de la mer. En traversant Técliptique du Soleil pour rayonner vers les planètes, ces tourbillons électriques y produisent des taches et y organisent la matière obscure. Leur orientation à droite ou à gauche détermine les propriétés de Vaimant,
d^ Les corps opposent à la matière subtile qui les traverse et tend h les entraîner en son mouvement, une résistance variable avec la grosseur et Tintervalld de leurs parties. C'est la solidité dont la masse spécifique est une conséquence et un effet. La matière entrai^ née va d'ailleurs moins vite que celle qui entratne^ sinon il y aurait |! plus en TeSet que dans la cause.
I: Le tourbillon est un mouvement en rond. C'est dans la rivière le
I': vorUce qui suit le courant. C'est dans l'atmosphère le cyclone dont
[; Vessieu tourne lentement et dont les nappes concentriques prennent
il; des vitesses croissantes bien que leur vitesse en rond décroisse jus-
■ qu'aux limites du phénomène. Les corps entraînés peuvent être
j soustraits à l'action de la pesanteur et viennent se placer en des
l: nappes de vitesses appropriées à leur {grosseur et à leur solidité. Ce
I sont là des tvibes tourbillons, Yaimant terrestre est un anneau
ii tourbillon.
I • HelmhoUz a montré que de semblables tourbillons infini-
H ment petits, jetés au sein d'une matière sans viscosité, y
r conserveraient indéfiniment leurs mouvements rapides.
W. Thomson et Rankine y ont vu les atom^ tourbillons dont les affinités s'exercent par l'entremise du milieu qui les environne.
Un tourbillon peut enlr&îner d'autres tourbillons, les asservir, et telle est l'origine du grand tourbillon solaire avec son cortège de planètes accompagnées elles-mêmes de leurs satelliies. Chaque grand corps repose immobile en son ciel comme un navire sur l'océan, mais ce ciel lui-même se déplace et l'entraîne en un double mouvement orbiculaire et rotatif La nappe du tourbillon où l'astre est descendu s'est arrêtée en raison di5 sa solidité, marche cependant un peu plus vite que lui, et de même les deux nappes conliguës qui l'enserrent et le font ainsi tourner entre elles sur lui-même, ont une différence de vitesse supérieure à cette rotation. Cette double perte de vitesse engendre une double puissance de se mouvoir, une double agitation. Le navire se balance sur l'océan. Et ce balancement c'est Vaimant terrestre.
Dieu n'a pas eu souci de mettre ses lois à la portée Tacile de nptre entendement. Ces lois n'ont rien de simple en vérité. Il n'est en effet si petits tourbillons et si éloignés qui ne réagissent l'un sur l'autre par l'entremise de ceux qui sont entre. En cette immense orgaaisation chaotique du monde de Descartes tout s'enchevêtre et se complique ; les étoiles, par leurs réfractions multiples, nous inondent de leurs multiples images, les tourbillons se pressent et bouillon-
nent, les grands corps se balancent aussi bien dans l'océan des cieux que les fétus de paille dans le ruisselet d'une prairie.
Le même bûcher qui brûla quelques exemplaires du livre de Galilée emporta* dans ses flammes le « Traité des Mondes i que Descartes supprima pour éviter semblable condamnation. J'ai dû rechercher la pensée du maître dans son manuel aride des « Principes i et dans sa correspondance. Je voudrais en la résumant ici éviter le reproche qu'il adressait à Voëtius : c II me fait dire des sottises auxquelles je n'ai jamais songé et après il les réfute, ce qui est chose très honteuse en un particulier et bien plus en un philosophe d.