‹ Les tournaisiens et le roi de BourgesChapitre 1 sur 50 · Les tournaisiens et le roi de Bourges · texte numérisé non relu

Les tournaisiens et le roi de Bourges

La réunion des provinces belges fiit l'œuvre des ducs [de Bourgogne. Elle était à peine commencée ; ni le Hainaut, ni le Brabant, ni Namur, ni le Luxembourg 'n'appartenaient à Philippe-le-Bon, quand s'offrit à lui une occasion sans pareille d'annexer Tournai et le Tournaisis. Le traité de Troyes, l'écrasement du parti français dans les provinces du Nord, la coalition anglobourguignonne mirent cette ville et ce territoire sous la main du futur maître de la Belgique. Comment s'est-il donc fait que leur annexion, au lieu de précéder toutes les autres, ait tardé d'un siècle?

Sans doute, l'on pourrait assigner diverses causes à ce phénomène historique. Mais il en est une qui les domine : c'est le ferme vouloir d'un petit peuple de cinquante mille âmes, décidé à tout plutôt qu'à forfaire sa loyauté. La politique des rois de France avait abouti, non seulement à détacher Tournai de la Flandre et du Hainaut pour en faire une ville française ; non seulement à faire de cette ville une citadelle contre laquelle échouèrent Edouard III et Artevelde ; mais, selon l'expression proverbiale, à implanter le lis dans le cœur des Tournaisiens. Charles VII — le roi de Bourges — en recueillit le fruit.

« L'histoire des rapports de la royauté avec cette cité perdue au milieu du territoire ennemi, et ne cessant de montrer une inébranlable fidélité et un dévouement à toute épreuve, est une belle page qui mériterait de trouver un historien ^ a écrit M. de Beaucourt dans son histoire de Charles VII. C'est l'objet principal de cet essai.

Au point de vue de l'histoire interne, cette période n'offre pas moins d'intérêt. Car les mêmes circonstances qui laissèrent Tournai sans défense en face de la puissance bourguignonne rompirent les entraves dans lesquelles la monarchie maintenait l'organisme communal ; et dès lors les forces spontanées se déchaînèrent dans la tourmente d'une démocratie sans frein.

Enfin le noble attachement du peuple tournaisien à la Couronne de France n'empêche pas que l'on aperçoive clairement les causes qui auront, un jour ou l'autre, raison de ce sentiment : d'une part la prépondérance irrésistible de la maison de Bourgogne, de l'autre les liens naturels qui ne cessèrent jamais d'unir cette ville au « pays de Flandres " (I). Si bien que cette belle résistance des loyaux Français de Tournai peut passer pour le prologue lointain de leur réunion à la Belgique.

Tournai, décembre 1907.

(1) La forme plurielle « Flandres » se rencontre ordinairement dans les documents de cette époque. Si je l'emploie dans la suite, contrairement à l'usage actuel, c'est par réminiscence des vieux textes, et je m'en excuse ici pour autant que de besoin.

Page 1