CHAPITRE DOUZIÈME
Toxines microbiennes des maladies virulentes
Les toxines sécrélces par les microbes infectieux, celles qu'ils forment in vitro ou qu'ils versent dans les organes au cours des maladies spécifiques, aussi bien que les antitoxines paraissant se produire sous Tinfluence de ces toxines, dans les organes envahis qui se défendent contre l'intoxication, toutes ces substances actives ne sont pour la plupart autrement connues que par leurs ofli'ets. Nous avons dit (p. 310) les raisons qui nous font admettre que les toxines infectieuses proprement diles et les antitoxines sont généralement de nature protéiquo, mais nous avons fait aussi remarquer que ces substances doivent être placées sur la limite qui sépare les corps protéiques des alcaloïdes proprement dits ou plomaïnes. A ce dernier point de vue, on doit en faire une classe à part qu'on pourrait appeler la classe des plomalbitmines.
Nous avons vu que le terme de toxine s'applique indistinctement àrensembledesproduitsde chacun des microbes pathogènes (loxine dipihérique, toxine tétanique, toxine cholérique, etc.) (jue ces substances soient des toxines proprement dites, telles que les toxines diastasiipies ou albuminoïdes, qu'elles soient de vrais alcaloïdes, des ptomaïnes,
TOXINKS 1»KS MALADIKS VIUl'LKNTKS. o3l
Il faut peut-êlre ajouter une Iroisième caraclérislique très commune, sinon tout à fait générale, des toxines, celle de ralentir les mouvements du cœur : ainsi agissent les toxines diphtériques, celles du bacilliis spptims pufridis, celles du /y. eoll communia, etc.
Biichner a remarqué que beaucoup de bactéries contiennent des substances pyogènes en quantité variable, et sans doule aussi diflférentes de nalure suivant Tespèce qui les forme : le bacille d'Eberth, le b. sublilis, le b, lactiqup, le staphjlococcits pyoghies aurevs^ le bacille rouge de la pomme de terre, le bacille pyocyaniqne surtout, en fournissent de notables proportions. Pour extraire la substance pyogène de ce dernier bacille, on le cultive sur tranches de pommes de terre, on recueille ensuite les microbes en brossant chaque tranche sous l'eau et on les lave. La matière pâteuse ainsi séparée est reprise par î)0 fois environ son volume d'une solution de potasse caustique à 3 pour 1000. Il se fait une masse mucilagineuse qui se dissout à 100**; on chauffe un peu, et l'on jette sur de petits filtres eu grand nombre. La solution, verdie par la pyocyamine, est exactement précipitée par l'acide acétique sans excès; il se sépare une masse mucilagineuse qu'on réunit sur des filtres et qu'on lave à l'eau. On la redissout en la délayant dans de l'eau contenant une trace de soude. r3*''25 de bactéries humides (ou 1^''44 de matière sèche), ont ainsi donné 0^' 274 de celle substance protéique^ soit 1^''4 pour cent grammes de substance calculée exemple d'eau. Cette toxine pyogène représente donc une importante fraction des matériaux constitutifs du microbe.
1. Elle contenait 1i,îjpourcent des matières minérales principalement composées de phosphates, et de chlorures alcalins.
♦ )32 LKS TDXINKS.
Les propriétés chimiolacliques et pyogcnes de celle substance furent démontrées par la méthode Ae Massart. La matière dissoute élait placée dans de petits tubes qu'on stérilisait ensuite à chaud, et ceux-ci, après avoir été ouverts à un bout, élaient insérés, avec des précautions antiseptiques minutieuses, sous la peau d'animaux divers. Les tubes extraits au bout de 2 à 3 jours furent trouvé.^ remplis, jusqu'à 2 à 3 millimètres de leur extrémité ouverte, d'un pus formé par la destruction des phagocytes, pus qu'on reconnut stérile. Il y avait donc eu à la fois attraction et destruction des globules blancs.
Le bacille d'Eberlh possède au plus haut degré la propriété de sécréter cette pyogénine. On a reconnu qu'elle a les plus grandes analogies avec les caséines végétales, ellesmêmes du reste douées de puissance pyogène à un faible degré.
On sait d'ailleurs que la plupart des bacilles infectieux et pyogènes produisent la lièvre; nous avons déjà insisté sur ce point. C'est Panum qui, sans en tirer parti, ni généraliser cette observation, reconnut pour la première fois, en 1843, dans ses recherches sur le poison des matières putrides, qu'elles contiennent une substance plus ou moins délinie, mais enfin un principe chimique, apte à donner la ilèvre lorsqu'on l'injecte dans le sang. Il reconnut que ce poison septique et pyrélogène subissait sans perdre ces propriétés la température de lOU". Ces expériences depuis oubliées furent plus tard conlirmées au point de vue de la réalité de l'existence de substances pyrétogènes par M. Chauveau: il établit à nouveau que l'injection des liquides putrides s/rri/isrs à ZOO' provoque la fièvre. Brieger, vers 'I88H, lit faire un pas de plus à la question de l'origine de la fièvre
■iuxim:s des maladiks viiulkmks. oîKJ
vu inonlrant ([u'iine siibslanco cristallisée, un vériUible nlcaloïde extrait des liijiiides putrides, la fftf/da/ci/tr, était capable d'élever la température et le pouls*. Eu 1887, Serafiui aborda le premier l'étude des produits pyrétogènes sécrétés par les microbes infectieux spéciliques : il remarqua que les cuHures du bacille de b'riedlander (Microbe de la pneumonie) déterminent chez le chien, après stvritisation, une notable élévation de température. Enlin,en I88Î), MM. Charrinet Kuffer complétèrent celle démonstration en montrant t|ue les cultures du bacille |)yocyani(|ue liltrées, ou liltrées cl à la fois chauffées à 1 li)", élevaient de 1",5 la tenq)éralure du lapin et produisaient un accès de lièvre pouvant durer plus de 48 heures, sans que ces cultures continssent aucun germe microbien mort ou vivant ^
Les substances pyrétogènes peuvent donc être produites |)ar les microbes; mais elles peuvent aussi dériver des cellules animales et se rencontn^r chez les végétaux. Nous avons déjà parlé ailleurs (p. \'1\\) de la pyrétogénine, que M. Roussy a signalée dans la levure de bière et (|ui n'est autre ([ue le ferment inversif. C'est à cette découverte (188!)) que remonte la preuve, pour la première fois bien établie, que la lièvre peut être provo(iuée par le passage dans le sang d'une substance de nature notoirement zymotique*. Il est vrai que certains alcaloïdes sont pyrétogènes, et (juc le bouillon lui-même est pyrétogène, d'après M. Bouchard; on ne saurait en être très sur[)ris, puisque d'une part ce sont là
i. On peut loulcfois se demander si eUe agit directement ou plutôt en provoquant l'issue des ferments pyrétojfènes.
2. Voir à ce sujet, Charrin etRuFFRR, Société de biohuie, 20 janvier I88'J.
3. L'idée que la fièvre est une sorte de fermentation est déjà exprimée par Van llelmont, et l'avait été probablement par d'autres avant lui. Mais une idée n'est pas une vérité avant qu'un en ait donne la preuve.