Annales de Vlnslitut Pasteur, t. VI, p
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Evaporées elles laissent un résidu brun amorphe qui, repris par Talcool, abandonne à ce dissolvant une faible quantité d'une substance d'odeur vireuse rappelant la vieille pipe et peu ou pas toxique [Nicomorhuine?) La partie restée indissoute est amorphe, ambrée, inodore, très soluble dans Teau. Injectée à faible dose au cobaye elle lui communique un tétanos mortel. La substance toxique traverse très lentement les dialyseurs.
Comme le poison diphtérique, la toxine tétanique possède la propriété d'être entraînée en partie par les précipités gélatineux produits au sein de sa solution. L'alumine, et surtout les phosphates tribasiques et bibasiques de chaux, se chargent du poison, et ces précipités soigneuspment lavésj insérés à petites doses sous la peau, déterminent un tétanos typique mortel. Toutefois, môme après 6 précipitations successives de phosphate dans la môme liqueur de culture filtrée, celle-ci reste encore très active; elle contient de la toxine en quantité, ou une toxine spéciale que le phosphate calcique est impropre à entraîner*.
Un demi-milligramme de ce précipité calcique provoque chez le cobaye un tétanos mortel. La matière organique totale de ce demi-milligramme pèse environ 0^^0001o.
Les cultures tétaniques actives possèdent la propriété de liquéfier la gélatine grâce à une diastase que sécrète le bacille. Celle-ci constitue-t-elle le vrai poison ? MM. Vaillard et Vincent ont remarqué que toute culture de tétanos atténuée par la chaleur, par l'oxydation et la lumière, etc.
1. ydX démontré depuis loDgtemps que c'est aussi ainsi que les choses se passent pour la pepsine, ou plutôt les pepsines, du suc gastrique. La soie enlève une pepsine spéciale, soluble, incapable de donner des peptones complètes, et laisse la pepsine proprement dite quelle qu'ait été la quantité de soie qu'on ait employée.
perd en même temps que sa toxicité la propriété de liquéfier la gélatine. C'est un indice qui peut faire penser que la toxine tétanique se confond peul-ôtre avec la diaslase des cultures de ce bacille.
Ainsi qu'on l'a dit, les cultures tétaniques doivent leur principale activité à la tétanotoxine qui se comporte à la façon d'une zymase. Cette substance n est pas vénéneuse directement et par elle-même , car on peut injecter 206 et 300 grammes de cultures iiltréesde tétanos à un cheval sans produire d accidents immédiats. Le poison n'est donc pas préformé dans ces cultures ou n'y existe qu'en très minime proportion ; mais lagent virulent spécifique, la diaslase, introduite dans les veines même en quantité minime, presque impondérable, provoque chez l'animal la formation des principes strychnisants ou tétanisants directs, après une incubation qui dure S4 heures au moins. Ce n'est qu'alors seulement, quand les animaux présentent les premiers symptômes d'intoxication, que leur sang injecté aux autres animaux les intoxique directement et immédiatement. Cette remarquable observation est due à MM. Courmont et Doyon'.
Divers auteurs ont essayé d'obtenir à l'état de pureté au moins approchée, la toxalbumine, agent spécifique de ces cultures : Brieger et Fraenkel la préparent en la précipitant des liqueurs filtrées au moyen de l'alcool absolu. Mais d'après les observations faites en Italie parïizzoni et Cantlani, l'alcool ajouté à ces liqueurs détruit ou diminue considérablement l'activité de la toxine. On la sépare mieux soit par dialyse, soil plutôt par précipitation au moyen de sulfate d'ammoniaque sec en excès, suivie de la dialyse ménagée de la partie
1. Compt. rend. Soc. biolog., 1^93, p. 2\}'t. cl 189'i, p. 878.
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précipitée reprise par l'eau, enfin évaporation du liquide résiduel dans le vide. D'après Tizzoni el Ganllani la toxine ainsi préparée est soluble dans Teau, indialysable ou peu dialysable, destructible vers 60\ Les alcalis affaiblis, ou un courant prolongé d'acide carbonique, paraissent ne pas la modifier; les acides minéraux un peu concentrés l'allèrent. Elle contient un ferment apte à liquéfier la gélatine et à digérer la fibrine en milieu alcalin seulement.
Par quelle voie pénètre le poison chez les tétanisants? Suivant Bruschettini, il se transmettrait parle sang et se fixerait surtout sur les centres nerveux qui, chez les tétanisés, deviendraient très toxiques, alors que le foie et les capsules surrénales resteraient inoflfensifs; au contraire, l'infusion de reins serait très active peut-êlre parce que le poison s'élimine par ces organes.
Quant à la rapidité d'absorption du virus, les rats inoculés au milieu de la queue meurent tous tétaniques si l'on coupe cet appendice à sa base au bout d'un temps dépassant 40 minutes à partir de l'inoculation. Mais comme il arrive avec tous ces poisons, pour que la maladie éclate, une période d'incubation, plus ou moins courte suivant les doses. est toujours nécessaire. Elle est de 1G à 24 heures pour la souris, 18 à 60 heures pour le lapin, et pour des doses moyennes
Antitoxine tétanique, — On sait conférer aujourd'hui l'immunité contre la toxine tétanique et contre le tétanos.
Behring et Kitasato y ont réussi les premiers en habituant peu à peu les animaux à la toxine spécifique qu'ils avaient le soin de mélanger au préalable avec du trichlorure d'iode. Roux et \'aillard emploient dans le môme but les
solutions d'iode. Une toxine extrêmement active, dont 1/4000 de centimètre cube tétanisait une souris, mélangée avec le tiers de son i)oids de solution de Gram, peut être injectée à la dose de 3 cent, cubes à un lapin sans occasionner aucun fâcheux accident. En augmentant de jour en jour la quantité de toxine et diminuant le liquide iodé, on arrive à faire supporter à Tanimal, au bout de 15 à 20 jours, des doses de 5 à 20 centimètres cubes de toxine pure*.
Ce procédé d'immunisation est .rapide et sans inconvénient; il réussit sur le cobaye, le cheval, la vache. La modilication produite par Tiode sur la toxine est instantanée. Beaucoup d'autres agents, la chaleur, Tacide carbonique sous i^ression, le permanganate de potasse, etc., modifient aussi cette toxine dans le même sens.
Les animaux ainsi immunisés fournissent un sérum qui, mélangé d'avance aux cultures tétaniques les plus toxiques, les rend inoffensives. L'activité de ce sérum antitoxique touche au merveilleux. On peut le mesurer par l'inverse de la quantité nécessaire pour immuniser l^*" de souris neuve contre une dose de toxine mortelle. Lorsqu'on dit qu'un sérum est actif au millionième, cela veut dire qu'un cent. cube de ce sérum suffit à immuniser 1000 kilogrammes ou 1 million de grammes de souris. Or on obtient facilement des animaux immunisés qui fournissent un sérum, dont 1 volume rend inoffensifs 1000 volumes d'une toxine des plus actives. Un quintillionièine de centimètre cube (0^^000 000 000 000 000 001) par gramme de souris, suffit à préserver cet animal contre une dose de toxine sûrement mortelle^ Si les choses se passaient de môme pour l'homme,
1, AnnaUa Institut Pasteur, t. VII, p. 72.