TOXINES TÉTANIQUES
el celle appréciation de la puissance toxique de ce venin esl encore certainement bien au-dessous de la réalité, puifique dans ce calcul nous avons admis que toute la matière organique des cultures de tétanos est virulente, ce qui n'est certainement pas.
Quelle est la nature de ce poison? A la façon des venins proprement dits et de la plupart des toxines virulentes, en particulier de celles du charbon, il se compose de deux parties. Tune accessoire, formée de corps alcaloïdiques; l'autre principale qui, étant donné son altérabilité à la chaleur, à l'air et à la lumière, aussi bien que son incomparable puissance, paraît de nature diastasique.
Nous avons déjà décrit (p. 188) latétanine, latélanotoxiné, la spasmotoxine et une quatrième ptomaïne. Elles ont été extraites par Brieger en 1886 et 1887, des cultures du bacille de Nicolaier. La tétanine C"IPV\z'0* détermine, à la dose de quelques milligrammes chez le cobaye, tous les désordres classiques du tétanos; la seconde, la tétanotoxine, est moins vénéneuse que la précédente, mais produit aussi des convulsions. La spasmotoxine paraît très peu toxique. Enfin une dernière base obtenue en faible proportion, très active et tétanisante, excite la sécrétion des larmes et de la salive. Il esl vrai que quelque temps après ces premières éludes, Brieger et Fraenkel ayant séparé des cultures pures du bacille tétanique de Kitasato une toxine protéique ou toxalbumine, attribuèrent à celle-ci tous les désordres du tétanos. Mais, s'il est vrai que cette toxalbumine est, en effet, l'agent le plus redoutable qui se forme dans les cultures tétaniques, les ptomaïnes de Brieger avec leur puissance tétanogène spécifique, ptomaïnes qui dérivent des albumotoxines par voie d'hydratation plus avancée, n'en accom-
pagnent pas moins les toxines proléiques dont ils sont comme les satellites. Ce même fait se reproduit pour toutes les toxines comme pour les venins; nous avons vu que dans toutes, ou presque toutes, les sécrétions toxiques ou venimeuses, les toxalbumines et nucléines toxiques sont toujours mélangées de ptomaïnes généralement moins toxiques qu'elles, mais concourant à leur action ou la préparant. Il est certain que la tétanine, dont le chlorhydrate à la dose de O^^OS provoque chez la souris des accidents tétaniques, n'est pas l'agent essentiellement actif des cultures du microbe de Nicolaier, mais cette tétanine et les autres bases qui raccompagnent n'en existent pas moins dans ces cultures, même lorsqu'elles sont parfaitement pures; elles préexistent à l'action des réactifs; elles contribuent à l'action complexe de ce qu'on appelle la toxine du tétanos.
La toxine proprement dite, la toxalbumine de Brieger et Fraenkel, de Vaillard et Vincent, de Tizzoni etCanttani, etc. est une substance diastasique. En effet, son activité est profondément modifiée lorsqu'on la chauffe 40 minutes à 60 degrés; un chauffage de 30 minutes à 65* en vase clos la détruit en partie, alors que celte température est incapable de tuer le microbe lui-môme. Si l'on chauffe ces cultures à 70-73% et même à 80% et si l'on en injecte une dose suffisante aux animaux ils sont encore intoxiqués*. Conservées en vase clos à l'abri de l'air et de l'obscurité, les cultures filtrées gardent toute leur puissance. Elle disparaît, au contraire, assez rapidement à l'air, surtout en présence de la lumière, grâce à un phénomène d'oxydation. L'acidification par l'acide tartrique ne modifie pas la toxicité de ces cultures.