‹ Les toxines, microbiennes et animales (volume 2)Chapitre 4 sur 158 · Berlin, Klin, Woch., 1869, p · texte numérisé non relu

Berlin, Klin, Woch., 1869, p

8 DÉCOUVERTE DES PTOMAINES ET DES LEUCOMAlMES.

le chlorure de platine; jaunâtre et cristallin avec le chlorure d'or; elle précipitait le tannin et le chlorure mercurique, etc. ; en un mot, elle répondait bien aux caractères généraux des alcaloïdes. Mais ces auteurs ne surent pas purifier ce corps, ni l'obtenir en quantité suffisante pour en faire l'analyse. Leur travail resta sans suite et sans portée. Il en fut de même des observations analogues faites par Rbrsch et Fassbender, en 1871, au cours d'une analyse médico-légale.

A peu près à la même époque, Schwanert retirait par le procédé de Stas des organes d'un enfant mort subitement une matière huileuse, présentant les propriétés des bases organiques et que sa volatilité, son goût caustique et amer, aussi bien que son odeur, lui firent prendre pour de la propylamine. Peu après, Hager isolait des matières corrompues un autre corps basique auquel il donna le nom de sepiicine, substance qu'il supposa être un mélange d'amylamine et de caprilamine*.

Tels sont, exhumés de l'oubli où ils étaient tombés, tous les travaux publiés au sujet des poisons sep tiques avant 1872. Ainsi groupés et rapprochés les uns des autres, ils peuvent faire quelque illusion et paraître avoir jeté, dès cette époque, un peu de clarté sur la nature de ces substances, auxquelles nous attribuons aujourd'hui un rôle immédiat dans la genèse des maladies. Mais de ces observations isolées, douteuses, publiées au cours d'un demisiècle (1822-1872), dans des journaux de médecine et de chirurgie, ou dans quelques thèses inaugurales enfouies

1. Voir, pour l'indication des sources relatives aux divers travaux dont je viens de parler, le Mémoire de Pauum aux ÀnnaUs de chimie et physique ci-dessus cité, p. 353 et 354.

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dans les bibliothèques des Universités, personne n'avait su tirer une conclusion, une généralisation, encore moins une doctrine. Çà et là quelques faits bien observés, tels que l'existence du poison septique de Panum, avaient laissé toutefois leur trace dans les esprits. Quant à la nature des corps toxiques ainsi entrevus, on l'ignorait entièrement. Il est vrai que quelques observateurs avaient nettement signalé l'alcalinité de certains produits extraits des chairs putréfiées, mais on contestait la préexistence de ces bases dans les matières analysées; on en attribuait la formation à l'action des réactifs employés ; on les confondait avec les bases banales, la triméthylamine, la propylamine, etc. Plus généralement on niait l'exactitude de ces observations isolées, souvent contradictoires, que rien ne venait confirmer, expliquer ou étendre. De fait, jusqu'en 1870, toute substance alcaloïdique toxique extraite des organes, par les méthodes classiques, au cours d'une analyse médico-légale, était réputée avoir été introduite criminellement durant la vie*. Nul ne saura ce que cette fausse doctrine a fait de victimes !

1. C^est ce qui résulte de toutes les publications médico-légales de cette époque. Du reste, Panum lui-même, qui écrit, en 4876, son mémoire des Annalei de chimie et de physique, plus haut cité, dit en note , p. 336:

« Je ne puis m^empêcher d^émettre Topinion que les expériences faites « jusqu'ici dans le but de déterminer la nature chimique du virus putride « n'ont encorf abouti à aucun résultat satisfaisant^ et que Pon s^est peut- € être trop hâté de proclamer comme matière chimiquement pure la « sepsine obtenue de la levure de bière putréfiée, et qu'elle constitue le * principe essentiel, le seul actif, de mon virus putride impur... D'ailleurs, « les effets physiologiques de la sepsine ne sont nullement identiques « à ceux que produit le virus putride de la chair putréQée, du sang, du € pus à rétat d^extrait aqueux non albumineux (privés d'albumine par « coagulation à chaud, mais non d'albumoses).... En pesant toutes ces « données, je crois provisoirement que ce qu'il y a de plus vraisem- « blable, c'est que le virus putride, à l'état d'extrait, se compose de « substances vénéneuses différant les unes des autres, et qu'elles sont

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Mes premières recherches confirmèrent ce point de vue théorique. Je parvins à retirer du liquide albumineux putréfié, coagulé par la chaleur après saturation, puis traité par la magnésie, outre de nombreux produits déjà signalés avant moi (phénol, pyrrol, leucine, acides lactique et butyrique, etc), une petite quantité d'alcaloïdes, les uns fixes, les autres volatils. La première mention de la formation constante de ces alcaloïdes au cours de la fermentation bactérienne des substances albuminoïdes, fut insérée dans le Traité de chimie appliquée à la physiologie^ t. I, p. 253, que j'écrivais à cette époque*.

Pendant que ces recherches se poursuivaient à Paris, le professeur italien de médecine légale de Bologne, François Selmi, faisait, en partant d'un point de départ tout différent du mien, des observations qui finirent par le conduire indirectement aux mêmes conclusions.

En 1870, au cours d'une expertise médico-légale, Selmi retirait, par la méthode de Slas, des viscères d'un homme qu'on croyait avoir été empoisonné, un alcaloïde qu'il ne parvint à identifier avec aucun de ceux qui étaient alors connus. En 1871, nouvelle expertise de Selmi qui l'amenait aux mêmes conclusions. C'est alors que vint à sa pensée le soupçon que ces alcaloïdes pouvaient bien ne pas avoir été introduits criminellement durant la vie, qu'ils préexistaient peut-être dans les matières absorbées, ou qu'ils pouvaient s'être formés dans le cadavre.

Sous l'inûuence des théories alors régnantes qui attribuaient à tout alcaloïde naturel une origine végétale, Selmi

1. Ce volume a paru Qq octobre 1873, quoique Téditeur Tait daté de !d74, pour ne pas lui donner le millésime d^une année déjà presque écoulée. J*y relatais le résultat d^expériences faites en 1871 et 1872.

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tables alcaloïdes organiques toxiques analogues aux alcaloïdes végétaux.

On voit donc que si les premières observations de Selmi sur la formation d'alcaloïdes putréfactifs ont été contemporaines des miennes, la différence de nos deux points de départ m'avait donné sur le savant italien cet avantage que, m'adressant directement et dès le début, aux matières albuminoïdes animales pures de tout mélange, je ne pouvais hésiter, et n'hésitai pas, à attribuer à la décomposition de ces matières l'origine des alcaloïdes que j'en extrayais après putréfaction dès 1872. Au contraire, la complexité du problème abordé par Selmi, la putréfaction des viscères humains, tout en lui permettant d'établir nettement l'existence dans les cadavres d'alcaloïdes véritables et vénéneux, lui laissait, encore en 1874, des doutes sur l'origine de ces alcaloïdes qu'il rechercha et retrouva dans le pain, la farine et d'autres substances alimentaires.

Aussi les objections ne manquèrent-elles pas à ces premières observations de Selmi : les alcaloïdes qu'il avait extrait des cadavres et de divers aliments provenaient, sans doute, comme il l'avait d'abord pensé lui-môme, des matières végétales restées dans le tube digestif. Ils avaient pu être introduits sous forme de médicaments durant la vie. L'analyse élémentaire n'en avait pas été faite : n'étaient-ce pas plutôt quelques-uns de ces pseudo-alcaloïdes analogues à la créatine, à la leucine, etc.^ corps amidés plutôt qu'alcalis véritables, que Selmi n'avait pas su identifier avec des produits amidés déjà connus ? Les alcaloïdes qu'il signalait n'étaient-ils point simplement de la nevrine ou de la choline dérivées des lecithines ou d'autres composés azotés complexes analogues, grâce à la décomposition facile que

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on ne saurait méconnaître que plusieurs années avant lui, je n'aie observé et annoncé que toute matière albuminoïde soumise à l'action des ferments bactériens produit une série d'alcaloïdes nouveaux qui en dérivent par hydratation et perte d'acide carbonique.

L'un et l'autre, nous étudiâmes longtemps ces ptomaïnes : Selmi pour en connaître l'origine ; moi-môme pour en saisir la composition et les relations avec les autres produits de décomposition des corps albuminoïdes, car, dès le début, la méthode que j'avais suivie rendait leur origine albuminoïde évidente. Du reste, Selmi a toujours reconnu l'antériorité de mes observations. En 1875, il m'écrivait pour me demander comment j'avais été amené à annoncer dans mon Traité de chimie appliquée, que des alcaloïdes nouveaux se forment dans la fermentation bactérienne des matières protéiques. Je lui répondais en lui faisant part de mes résultats d'alors. Dans le mémoire qu'il publiait à l'Académie de Bologne (Séance du 12 décembre 1878), sur la genèse des alcaloUdes vénéneux qui se produisent dans les cadavres, après avoir insisté sur ce fait que c'est bien aux matières protéiques elles-mêmes que les ptomaïnes doivent leur origine, Selmi ajoute : « Sur ce point je dois rappeler que Armand Gautier, dans sa Chimie appliquée à la physiologie, avait déjà noté que les matières protéiques en se putréfiant fournissent, outre divers produits, une petite quantité d'alcalis organiques mal déterminés, en combinaison avec divers acides gras qui se forment contemporainement. » Et dans une lettre envoyée au Journal d hygiène (30 juin 1881, vol. VI, p. 305), à la demande du Directeur de ce journal qui le consultait au sujet de cette découverte, Selmi, plus explicite encore, s'exprime ainsi (p. 306) :

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