CHAPITRE DEUXIÈME
Distinction entre les ptomaïnes et les leucomaïnes Caractères généraux. Toxicité des ptomaïnes.
Ptomaïnes connues.
Les bases animales, ou produites aux dépens des matières animales, ont deux principales origines :
Les unes dérivent de Taclion qu'exercent directement les microbes, et en particulier les microbes anaérobies, sur les substances albuminoïdes : ce sont les ptomaïnes.
Les autres se forment dans nos tissus, par le jeu normal de la vie du protoplasma; on les trouve dans les muscles, le cerveau, les glandes, les sécrétions de toute espèce : ce sont les leucomaïnes.
Celte distinction que j'ai faite en 1883, entre ces deux ordres d'alcaloïdes, s'appuie sur un ensemble de considérations importantes qui l'a fait adopter définitivement.
Et d'abord l'origine de ces bases : les ptomaïnes (de irrôjxa, corps mort) sont les alcaloïdes qui se produisent, en dehors de Torganisme, grâce au dédoublement des matières albuminoïdes, animales ou végétales, sous l'action des ferments bactériens. Ces alcaloïdes résultent d'une fermentation anaérobie. Au contraire, les leucomaïnes se produisant nos tissus, normalement, à l'abri de tout microbe*
LES PTOMÀÏNES. 37
Caractères des Ptomaïnes.
En comparant les ptomaïnes aux leucomaïnes, nous venons d'indiquer déjà leurs principaux caractères. Les ptomaïnes sont des produits doués de toutes les propriétés fonctionnelles des alcaloïdes organiques : elles s'unissent toutes aux acides pour former des sels cristallisables ; aux chlorures des métaux lourds pour donner des chloroplatinates souvent insolubles, des chloroaurates peusolubles, généralement très altérables, des chloropalladites et des chloromercurates, dont plusieurs sont insolubles et cristallins. En solution fortement acide, elles précipitent toutes par Tacide phosphomolybdique ou l'acide phosphotungstique en excès ou par les sels alcalins de ces acides * ; elles précipitent par Tiodure de potassium ioduré et presque toutes par l'iodomercurate de potassium*. Les ptomaïnes non oxygénées attirent souvent avec avidité l'acide carbonique de l'air et se comportent comme des bases alcalines puissantes.
Beaucoup de ptomaïnes non oxygénées et volatiles, en particulier celles des séries pyridique et hydropyridique, sont douées d'une odeur tenace et légèrement fécale d'aubépine, de lilas, de seringa, de musc ; quelquefois, elles ont une odeur vireuse, nicotianique, ammoniacale ou spermatique, surtout s'il s'agit des alcaloïdes névriniques, ou des poly met hy lèneamines .
Elles sont solubles dans Téther et l'alcool, surtout dans l'alcool amylique et quelquefois dans le chloroforme.
1 . U faut éviter dans ces réactioas la présence de Tacide chlorhydrique el d*un excès d*acide nitrique.