‹ Les toxines, microbiennes et animales (volume 2)Chapitre 64 sur 158 · NATURE DES TOXINES · texte numérisé non relu

NATURE DES TOXINES

Ions albnmineux, la formation de proto- et deutéroalbumoses, tandis que lorsqu'il cultivait ce microbe dans de Tasparaginate de sodium mêlé de divers sels, il se produisait une toxine douée des mêmes effets physiologiques et pathogènes, mais ne répondant que faiblement à la réaction xanthoprotéique et ne donnant pas celle du biuret. Cette toxine ne faisait évidemment plus partie du groupe des substances protéiques, quoiqu'elle en fût très rapprochée'. Tel est aussi le cas de la toxine de Torchiocoque, matière exempte de soufre^ et de la wycoprotéine, substance active albumoïde du protoplasma des bactéries putréfactives.

Mais en général les toxines sont des dérivés plus ou moins prochains des albuminoïdes ordinaires. Remarquons du reste qu'entre celles-ci et les peptones, la différence est déjà notable ; qu'elle s'accentue davantage entre les peptones et ces corps à fonctions mal définies, mais encore doués de la plupart des caractères qualitatifs des albuminoïdes, tels que le chondromucoïde, la fibroïne, la substance amyloïde, la colloïdine, la chitine, la mycoprotéine, etc. Or Ton sait que de ces corps, albuminoïdes ou albumoïdes, on arrive insensiblement aux vrais alcaloïdes par voie de simple hydratation. Je rappellerai, comme exemple, le passage du chondromucoïde du cartilage à la chondrosine et à la glycosamine, qui sont des bases assez puissantes*. Les diaslases, et avec

1. M. Guinocliel cultive dans de Turiiie le microbe de la diphtérie; il observe que cette liqueur ne contient, ni avant ni après la culture du bacille de Lôfller, aucune matière albuminoïde sensible tout en étant très vénéneuse ; il parait donc très probable que la toxine ainsi formée n'est pas de nature albuminoïde {Comptes rendus Soc. BioL, 1892, p. /jSS). Remarquons seulement que Tauteur de cette observation n'a pas recherché spécialement dans les produits de ces cultures les peptones ou les nuoléines ; or Ton sait que celles-ci forment, ou paraissent former, le plus souvent la partie essentiellement active de ces poisons.

2. Voir A. Gautier, Chimie de la cellule vivante, p. 105, Pari», 1894.

NATURK DKS TOXIISKS.

principes toxiques répondant aux caractères ordinaires des albuminoïdes, de l'autre une substance douée des mêmes propriétés vénéneuses caractéristiques, mais s'unissant de })lus à Tacide chlorhydrique pour donner un chlorhydrate bien défini et un chloroplatinate cristallisable*. Cette toxine était évidemment à la limite des deux classes de corps, albuminoïdes et alcaloïdiques.

Il en est à peu près de même de la matière colorante toxique complexe fabriquée par le bacille pyocyanique ; elle rentre dans la famille des i)tomaïnes.

Ainsi entre les toxines proprement dites et les ptomaïnes, la démarcation absolue qu'on a voulu tracer n'existe pas : on passe d'autant plus facilement et insensiblement des unes aux autres que les coi*j)s albuminoïdes ordinaires peuvent être regardés eux-mêmes comme des alcaloïdes très faibles. Depuis les travaux de Millon et Commaille, on sait en effet que les substances protéiques sont aptes à s'unir aux acides, à précipiter par le tanin et l'émétique, à se combiner aux chlorures et cyanures de platine, de palladium, d'or, de mercure à la façon des alcaloïdes proprement dits. On connaît même quatre matières albuminoïdes au moins, la protomyosine, la deutéromyosine et les deux albumoses des cultures de l'antlirax de Sydney Martin qui, quoique notoirement albuminoïdes, sont de vraies bases s' unissant aux acides, et même bleuissant le tournesol^ i?ans que les précipitations successives par l'alcool ou la dialyse fassent disparaître cette remarquable propriété. Ce sont donc là de vrais alcaloïdes albuminoïdes ; des corps qu'on doit classer à la fois dans les toxines protéiques, aussi bien que dans les ptomaïnes albuminoïdiques.

Page 1