‹ Les toxines, microbiennes et animales (volume 2)Chapitre 89 sur 158 · Vennemann, Semaine médicale, pour · texte numérisé non relu

Vennemann, Semaine médicale, pour

416 LKS TOXLNKS.

tard être de nature albuminoïde*. Il paraît accompagné d'une substance cristallisable, chimiquement et physiologiquement indifférente, qui répond à la formule G" H*' Az* 0' *.

I/abrine n'existe dans la plante que dans la graine. On ne la retrouve ni dans les feuilles, ni dans la tige, ni dans les racines de Vabrus

Les propriétés de Tabrine ont été étudiées par MM. J. Béchamp et A. Dujardin [loc. cù), puis [)ar Kohbert et Stilmark', par Ehrlich* et parRépin'.

L'abrine existe dans Tinfusion, faite à 30^ de la graine, germée ou non, débarrassée de son épisperme. Après filtration on peut, par de Talcool concentré, la précipiter à Tétat impur, reprendre par Teau ce précipité et ajouter du sulfate d^ammoniaque en poudre et en excès qui la sépare. On soumet ensuite la solution de ce précipité à la dialyse qui permet de chasser les sels minéraux et laisse Tabrine purifiée.

Elle jouit des principales propriétés des substances albuminoïdes, en particulier de leur très difficile dialysabilité. Ses solutions se troublent lorsqu'on les chauffe et perdent en grande partie leur activité. Il en est de môme lorsqu'on les acidulé par une très faible quantité d'un acide organique ou minéral qui les verdit, les trouble et les altère. Les alcalis modifient aussi son activité sans la détruire. Sèche, on peut la chauffer à 100^ sans que sa toxicité disparaisse. Son pouvoir rotatoire spécifique est de W- = 66^ 8. Elle

1. ExpetHment. Untersuchungen iiber linmûnit. En Deutsche med. Wochenschrift, 1891.

2. Hbgkbl et SCHLAGDENHAUFFKN , Joumal Le Progrès de Genève , pour 1887.

3. Arbeiten der Pharmacol. Institut zu Dorpat, t. 111. /». Deutsche méd. Wochen.^ 1891.

r». Annates de Vlnstilut Pasteur, t. IX, p. 517.

ABRINE. 417

fluidifie Tempois d'amidon. Les fermentations intestinales, aussi bien que son infusion avec de la bouillie hépatique, ne lui enlèvent rien de son activité.

C'est une substance d'une extrême toxicité lorsqu'on l'injecte sous la peau. A la dose de 1 milligramme et moins elle tue un lapin en 24 heures. 1 dixième de milligramme tue un cobaye en 3 à 6 jours. Absorbée par la bouche, elle est beaucoup moins active, mais non inerte; il faut pour donner la mort par cette voie, des quantités d'abrine au moins cent fois plus fortes*. Ce qu'il faut remarquer surtout à propos de cette vénénosité, c'est qu'à la façon des toxines diphtéritiquos, tétaniques, etc., quelle que soit la dose injectée soits la peau , l'abrine ne tue qu'après une I)ériode d'incubation qui généralement dépasse 24 heures ; il se fait peu à peu au niveau de l'inoculation un œdème sanguinolent étendu, l'animal maigrit beaucoup; si la dose n'est pas mortelle, une escharre tend à se former autour du foyer d'ulcération; sinon, quelques heures seulement avant la mort, le sujet est pris de diarrhée profuse, souvent sanguinolente, de convulsions cloniques et de paralysie bulbemédullaire. A l'autopsie, on trouve le cœur et le foie congestionnés, la vessie pleine d'une urine trouble et albumineuse.

L'instillation d'abrine sur la conjonctive détermine une congestion intense, la production de pus, la formation de fausses membranes, quelquefois l'o pacification et la nécrose de la cornée.

L'activité de l'abrine n'est ni modifiée, ni détruite, par les sucs digestifs, pas plus que par les microbes qui peuvent vivre dans ses infusions [Répin).

1. Ehrlicu, Deuls. med. Wochensch., 1891, et RÈPin, Institut Pasteur, t. IX, p. 519.

TOXINES DES LÉdUMLNEIISKS. 419

Autres toxines extraites des légumineuses. — Beaucou p de légumineuses sont vénéneuses soit par leurs émanations, soit par leurs alcaloïdes, soit par des toxines proprement dites.

D'après M. Cornevin*, les templetonia, légumineuses arborescentes originaires de la Nouvelle Hollande, fournissent sei^t espèces dont plusieurs sont vénéneuses. L'infusion de T, (jlaxica injectée sous la peau d'un chien provoque au bout de 5 minutes des vomissements répétés. La respiration s'accélère, l'animal est pris de tremblements et de mouvement cloniques; il tombe, incapable de se soutenir. La mort survient par arrêt de la respiration qui s'attarde de plus en plus. Le templetonia egena produit les mômes accidents.

Parmi les Sophora, celui du Japon n'est pas vénéneux. Mais le S, secimdiflora l'est au contraire à un point extrême. L'extrait de oO^'' de brindilles de cet arbrisseau injecté sous la peau d'un chien, produit d'abord des vomissements; moins d'une minute après, le lacies exprime l'anxiété; la respiration est profondément troublée; au bout de 2o minutes l'animal titube et tombe sans pouvoir se relever; il présente des mouvements désordonnés des pattes et des mouvements rythmés de la tête. Il meurt 38 minutes après l'injection.

Beaucoup de cytises paraissent également vénéneux.

On doit remarquer qu'il n'est pas démontré que les poisons fournis par ces végétaux soient de véritables toxines douées de propriétés diastasiques, altérables par la chaleur, n'agissant pas ou mal i)ar le tube digestif. La rapidité môme de leur action semblerait les éloigner de la classe des vraies toxines qui généralement n'agissent qu'au bout d'un certain temps.

Page 1