‹ Les toxines, microbiennes et animales (volume 2)Chapitre 90 sur 158 · CoRNEVIN, C. rend. ^oc. LiologT^ i893, p · texte numérisé non relu

CoRNEVIN, C. rend. ^oc. LiologT^ i893, p

Ricine; Rubine.

Ricine. — -Le ricin, Ricinm communk [Eitphorbiacées) paraît originaire des contrées orientales de l'Asie. 11 est cultivé aujourd'hui, surtout pour en extraire l'huile purgative. Ses semînces, môme privées de leur épisparme, sont toxiques et puissamment éméto-cathartiques. Trois ou quatre de ces graines suffisent à provoquer une gastro-entérite, souvent avec de vastes plaques d'ulcération, accompagnée d'accidents iitaxo-adynamiques, d anurie, de coma, et pouvant se terminer par la mort.

La matière douée de cette extrômo activité a été reconnue par Elirlich et par Robert être une toxalbumine. On l'extrait en la dissolvant dans l'eau tiède et la précipitant jiar l'alcool ou par le sulfate d'ammoniaque, puis dialysant pour chasser l^e sel ajouté.

La ricine se dissout dans l'eau et dans la glycérine aqueuse; elle i)récipite par l'alcool fort. C'est une substance très difficilement dialysable. Ses solutions se troublent à chaud en perdant en grande partie leur activité. Elles précipitent i)ar les acides minéraux étendus et par l'acide acétique, seul ou additionné de ferrocyanure de potassium. La ricine possède les réactions générales des albuminoïdes. (conservée à l'état sec, elle perd peu à peu son activité ; on l)eut, lorsqu'elle est sèche, la ])orter quelque temps à 100<» sans diminuer sensiblement sa toxicité.

Nous avons vu quels sont les efl'ets de la graine entière de l'icin. La ricine produit les mômes accidents, mais à un degré i)lus élevé, surtout lorsqu'on la fait absorber par injections sous-cutanées : 0"'^''U3 (3 centièmes de milligr.)

ricine; rudlne. 421

tuent un lapin, alors qu'il eu faut près de 3 milligrammes pour le tuer par restomac. 0^''2 de ricine, injectés sous la peau, sont funestes à Thomme.

I/aclion de la ricine sur réconomie n'est pas immédiate : comme pour Tabrine et les virus en général, un certain temps d'incubalion est nécessaire. Ehrlich a démontré que lorsqu'on l'administre avec prudence aux animaux par l'estomac, puis qu'on l'injecte au bout de quelques jours par la voie hypodermique, on arrive à créer un état de tolérance analogue à celui qu'on produit pour les virus dans les mêmes conditions. Durant la période de vaccination l'animal est le siège d'une hyperleucocytose qui peut être suivie d'une diminution du nombre des globules blancs si le sujet doit succomber {Chatenay).

La ricine parait appartenir à la classe des diastases végétales*.

Rubine. — On retire de Técorce de l'acacia, par les procédés ci-dessus, une substance protéique douée de propriétés toxiques présentant des propriétés semblables à celles de Tabrine *.

Diastases végétales.

Toutes les diastases végétales, et probablement animales, injectées sous la peau ou dans le sang produisent des phénomènes d'intoxication. Toutes aussi élèvent la température :

1. Tusuu {Jouvn. f. pvakt. Cliein., t. XCIV, p. 444) a retiré de la graine de ricin un alcaloïde cristallisé en tables rectangulaires, de saveur amère, peu soluble dans l'éther, formant avec le chlorure platiuique de beaux octaèdres orangés.

2. Le lupin (lupinus luteus) contient aussi une matière protéique vénéneuse, la lupinoioxine. Voir Schmidl, Jahresb, (1888), t. CCIV, p. 10.

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muue de transformer le sucre ordinaire en sucre interverti, c'est-à-dire en un mélange de glycose et de fructose. De ces variétés d'invertines, la plus connue est celle de la levure de bière*. Mais la plupart des levures et des moisissures fournissent une zymase semblable; celle de Vaspergillus niger a donné lieu à des recherches détaillées (/'V/viéacA). On trouve aussi ce ferment dans la betterave en train de pousser sa hampe florale. Il est probable qu'il existe dans presque tous les végétaux.

D'après M. Houssy^, Tinverline jouit de la propriété très remarquable de produire la fièvre chez les animaux auxquels on rinjecle par voie hypodermique. Cette propriété, qu'il signala le premier, lui fit donner à cette zymase le nom de ptjrétofjénine. L'invertine élève rapidement de plusieurs degrés la température des animaux auxquels on Tinjecte. Quel([ues dixièmes de milligrammes par kilogramme déterminent bientôt chez le chien et d'autres espèces un accès de fièvre type qui dure de 12 à 15 heures sans laisser à sa suite aucun trouble appréciable.

Pour obtenir le ferment pyrétogène du saccharomyces cerevisiœ, M. Roussy délaye la levure de bière fraîche dans environ le double de son poids d'eau et la laisse digérer à basse température durant quelques jours pendant lesquels, grâce au phénomène de Tautophagie, Tinvertine paraît subir un commencement de transformation. Il filtre ensuite à la presse et traite par l'alcool à 95** la liqueur acide

1. Elle est sécrétée par les cellules de la levure; elle est soluble et dialysable. Chose intéressante, d^Arsonval a montré qu^elle est détruite à la température de — 180» à — 200^ tandis que la levure de bière qui la forme n'est pas tuée à cette basse température.

2. Bulletin Acad. méd. de Paris, 12 février et 12 mars 1889. — Mémoires de VAùad. de Méd,, t. XXXVll, fascicule !•'. — Comptes rendus des séances de la Soc, de Biologie, 30 mars, 27 avril et 2o mai 189o.

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bonique excrétés, se produisent aussi en plus grande proportion qu'à Tétat de santé.

hdi. pyrétogénine est formée de fines granulations amorphes blancs jaunâtres ; humide, elle répand une faible odeur de levure. Elle durcit et brunit à Tair en s*attachant fortement aux parois de verre. Elle est très soluble dans Teau, insoluble dafls l'alcool, la benzine, l'éther, le pétrole. Elle est neutre au papier de tournesol. Elle ne contiendrait iju'une trace de cendres. Un fragment déposé sur la langue donne, au bout de quelques instants, une sensation d'âpre té, de sécheresse, de strangulation, qui s'étend au pharynx. Cette zymase paraît perdre petit à petit ses propriétés actives lorsqu'on la conserve. Les acides phosphomolybdique et phospholungstique forment dans ses solutions un trouble, et après 24 heures un précipité abondant. Même effet avec l'acide picrique. Le chlorure de platine y fait aussi naître peu à peu un précipité très net. L'iodure de mercure et de potassium, l'iodure de potassium ioduré, les iodures de potassium et de bismuth ou de cadmium, ne précipitent pas cette substance. Elle est très azotée.

On voit que la pyrétogénine n'est pas une base, mais qu'elle devient basique, sans doute en se dédoublant sous les moindres influences. Elle possède à im haut degré le pouvoir de transformer, par hydrolyse, le saccharose en glycose et fructose. Elle se confond donc, et par son origine et par ses fonctions physiologiques, avec l'invertine ou sucrase.

Avant les recherches que je viens d'analyser, on savait que l'introduction de certaines substances complexes dans l'économie pouvait allumer la fièvre; en particulier on connaissait l'influence des extraits de matières animales ou

FERMEiNTS FEPTOGÈNES VÉGÉTAUX. 127

du physaruniy de lœthaitum .septicum et d'autres myxomycètes, ainsi que chez les infusoires inférieurs.

On ne connaît pas bien les effets de ces ferments lorsqu'ils sont injectés dans le tissu cellulaire. On sait seulement que la papaïne (ou les albuminoïdes qui raccompagnent) est vénéneuse par injection hypodermique'. Il est à peine douteux qu'ainsi résorbées la plupart de ces substances ne soient pas toxiques. Les essais faits avec les ferments correspondants mais d'origine animale, ferments doués des mômes propriétés et des mêmes fonctions physiologiques, semblent bien le démontrer. C'est ce ([ue nous allons développer dans le chapitre suivant.

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