ÉLIMINATION DES TOXINES
Il reste donc établi que le rein élimine en quantité très sensible non seulement les matières toxiques dues au fonctionnement normal ou anormal des organes, mais les produits d'origine pathologique, et particulièrement les matières toxiques microbiennes.
D'autre part on sait, depuis les expériences de Scliiff et Lautenbach, puis de Roger, Stender, Schmul, Kotliar, etc., que le foie jouit de la propriété de détruire certains toxiques et en particulier les alcaloïdes, le curare, le carbamate d'ammoniaque. Les observations faites sur les animaux porteurs d'une fistule abouchant la veine porte dans la veine cave (fistule de Eck) sont venues confirmer et éclairer ces observations'.
Une grande partie des substances toxiques qui traversent le foie paraissent être aussi éliminées avec la bile.
L'oxydation et l'excrétion des toxines ne sont pas les seules défenses de l'économie contre les poisons sécrétés par les microbes infectieux, passés ou non dans le sang. Un autre mécanisme, et des plus remarquables, intervient encore. Je veux parler de la production des antitoxines. Mais avant d'aborder celte singulière fonction, il est nécessaire de faire connaître le phénomène de l'immunisation et le rôle des vaccins,
1. Voir il ce sujet, Rogeh, Comples rendus Soc. biolog., IS8G, p. 63 et 41)7. LUZANNA, la sperimentale, 1872. — Stbndeb, Sghmul..., Arbeilen der Phai-mac. InsHt. zu Dorpat, i. VII; et surtout Kotliar, Arch. des sciences hiol. de St-Pctersbourg, 1893, p. o87, pour l'action du foie sur les toxines intestinales.
CHAPITEE QUATRIÈME
L'immunisation et la vaccination.
Dans un ouvrage destiné à exposer l'état de nos connaissances actuelles sur les poisons issus de l'organisme animal, ou qui agissent sur cet organisme au cours des maladies infectieuses, on ne peut avoir la préleulion de faire l'étude, même résumée, de ces maladies, de leurs origines, de leurs traitements et des vaccins qu'on sait leur opposer. A propos de l'immunisation et de la vaccination, nous nous bornerons dans ce Traité à dire ce qui nous paraît indispensable pour définir le rôle que les toxines, les antitoxines et les matières vaccinantes jouent dans l'économie vivante, et à montrer comment elles se comportent vis-à-vis les unes des autres.
Tout le monde connaît aujourd'hui la constitution des virus. Un grand nombre doivent leur spécificité et leur activité originelle aux microbes vivants qu'on y rencontre généralement et qui s'y reproduisent; d'autres paraissent tenir leur puissance de propagation des granulations, ou plastidules organisées mais sans forme microscopique définie, qu'on y rencontre, car leur activité spécifique disparaît du liquide filtré dont on sépare soigneusement toutes les particules sensibles (Chaiiveau). Parmi ces derniers virus, citons ceux de la syphilis, de la rage, de la vaccine, etc.
Ces virus introduits dans certains organismes vivants s'y développent, s'y difluseut et versent partout leurs toxines:
L\ VACCIN.VTION.
OU bien, comme ceux de la diphtérie ou du tétanos, ils déposent leurs sécrétions dans la plaie qui absorbe ces poisons sans que le microbe pénètre plus avant. Ce sont les produits toxiques formés par les organismes virulents qui provoquent ensuite les désordres nutritifs vasomoteurs, caloriques, paralytiques, stupéfiants, etc., qui, en se déroulant et se succédant, forment le tableau de la maladie.
Pasteur a découvert que l'on peut atténuer l'action de ces virus, soit en les faisant passer par l'organisme de certains animaux, soit en les chauffant modérément, soit en les laissant se dessécher et s'oxyder partiellement à l'air, etc. Des méthodes nouvelles d'atténuation ont été trouvées après lui et variées de bien des façons : on mélange les virus avec des matières antiseptiques % on les expose à l'air et à la lumière ; on leur fait subir une conservation prolongée en milieu antiseptique; on les dilue, on les dialyse, etc.
Dans ces derniers temps, MM. d'Arsonval et Charrin sont parvenus à transformer les sécrétions virulentes en vaccins par un moyen des plus intéressants en ce sens qu'il peut être tenté sans danger, même lorsqu'il s'agit des toxines qui circulent dans l'économie au cours des maladies infectieuses. Ces savants soumettent ces poisons aux courants rlectriqiies alternatifs déliante teiision (d'une intensité supérieure à 50 ampères) et de très grande fréquence. La densité moyenne du courant traversant les solutions de toxines était, dans leurs expériences, de 250 milliampères par centimètre carré. Dans ces conditions, les toxines diphtériques et pyocyaniques perdent toute action nocive, elles paraissent môme, lorsqu'on les injecte aux animaux après