TOXINES
louL les globules blancs (Voir p. 283). Or celle spermine (î'^PP^Az'* se conduil, d'après Poelil, comme un fermenl d'oxydalion indirecte. On a vu (p. 2813) que des traces de ce. principe suflisenl à provoquer l'oxydation du magnésium en présence de l'eau el d'un peu de chlorure d'or. Du sang très dilué, additionné d'une faible quantité de chlorhydrate de spermine, oxyde rapidement la teinture de gayac qui, à ce contact, bleuit comme en présence d'ozone ou d'eau oxygénée. Mis en présence du chloroforme, de l'oxyde de carbone, des extraits urinaires ou biliaires, les tissus perdent en tout ou en partie l'aptitude de subir l'action oxydante du sang; ils se réoxydent, au contraire, à son contact, si l'on fait en même temps intervenir une minime proportion de spermine ou de l'un de ses sels solubles. Cette substance presque partout répandue, surtout dans les testicules et les ovaires, dans les glandes vasculaires sanguines (thymus, glandes thyroïdesurrénales), et dans les globules blancs, agirait donc comme un véritable ferment d'oxydation. C'est à la spermine, et grâce a l'oxydation des matières extractives et toxiques qu'elle provoque, que Poehl attribue surtout les effets bienfaisants de la thérapeutique séquardienne par les sucs extraits du testicule ou d'autres glandes closes. Suivant lui, la spermine entretiendrait et exciterait le fonctionnement de l'organisme en favorisant l'oxydation des produits de déchet, et détruisant les toxines soit autonomes, soit produites par les microbes pathogènes. Ces effets paraissent avoir été constatés non seulement par Poehl, mais aussi par le prince professeur Tarchanoff, par Senator, Maximowitch, Weljaminoff, etc., sur les anémiques, les diabétiques, les scorbutiques, les neurasthéniques, les hystériques, etc., dont les urines sont très riches.
LES TOXINtS.
on le sait, en extraits toxiques. L'action bienfaisante de ce même principe a été observée aussi chez les malades atteints d'affections du poumon, chez les opérés avec grands traumatismes, etc. (Voir p. 285).
D'autre part, la spermine paraît perdre toute efficacité dès qu'elle passe à l'état insoluble, comme il arrive chez les chlorotiques et les phtisiques. Cette base se rencontre, en effet, chez ces malades sous forme de cristaux de phosphate insoluble, ou presque insoluble (Cristaux de Gharcot- Leyden, p. 284). Elle tend à passer sous cette forme inerte chez tous les malades qui éliminent une abondante quantité de phosphore à l'état d'acide phosphorique et chez ceux dont le sang tend à s'acidifier. L'expérience avait d'aiUeurs depuis longtemps démontré que l'alcalinité des humeurs favorise l'oxydation des tissus.
Nous verrons enfin, dans un des chapitres suivants, que certains leucocytes jouissent de la propriété de détruire les microbes producteurs de toxines, et c'est précisément dans ces leucocytes qu'on a rencontré la plus grande proportion de spermine.
Pour toutes ces raisons, M. Poehl admet que sous sa forme soluble la spermine constitue un agent puissant d'oxydation qui contribue à débarrasser l'économie de ses produits de désassimilation aussi bien que de ceux d'origine microbienne, en hâtant et provoquant leur oxydation ^
Aussi cet auteur attribue-t-il en grande partie l'immunité directe ou acquise contre les intoxications microbiennes à
1. Voir à ce sujet Poehl, Deul&che Med. Wochenschrift, 1892, p. ^9. Bulletin de l'Acad. des sciences de Sl-Pétersbourg, t. XIII, 22 avril 1892. Comptes rendus Acad. sciences, Paris 11 juillet et 10 octobre 1892 ; 20 mars 1893. — Journal de méd. chim. et pharmacologique (russe), 1893, p. 157 et 176; 283, 307, 468, 483. — Zcilschrift fiir klin. Medic. ; Band XXVI, Heft. 1 et 2. — Deutschen inedicinische Wochenschrift, 1895, ii" 6.
ÉLlAlliNATlON DES TOXINES.
l'iulervenlion plus active de leucocytes abondamment pourvus de cette spermine existant dans les globules blancs sous sa forme très active.
Quelle qu'en soit la cause, directe ou indirecte, l'oxydation favorise considérablement l'antisepsie des tissus et le jeu régulier des organes. On pressentait depuis longtemps, mais d'une façon vague et insuffisante, le rôle nocif des produits de désassimilation et l'intervention bienfaisante de l'oxygène. J'ai particulièrement appelé l'attention sur ce dernier point en 1881 et 1883. Aujourd'hui l'on sait que la fatigue musculaire, la fièvre, les désordres nerveux et circulatoires occasionnent de véritables intoxications que l'oxydation des produits toxiques formés ou versés dans l'économie tend à faire disparaître. Un muscle soustrait à l'animal mais encore vivant, se contracte mieux et plus longtemps dans l'air ou dans l'oxygène que dans un gaz inerte. Dans ce second cas, les produits de son fonctionnement, non éliminés et non oxydés, deviennent pour lui de véritables toxiques'.
Élimination urinaire des toxines. — Les toxines ne sont pas seulement détruites par oxydation ; elles sont éliminées en nature par les urines.
On connaissait depuis longtemps la toxicité des extraits urinaires. J'avais, en 1874, après J.-B. Dumas, insisté sur ce point'. En 1876, G. Pouchet avait, dans mon laboratoire, démontré que les parties incristallisables etindialysables des
1. Voir à ce sujet J. Tissot, Semame médicale, 1893, 332. Rappelons encore que le D' Barkan (de Brooklyn), dit avoir employé avec succès à l'intérieur, dans les cas d'infections microbiennes et môme de tuberculose, de l'eau colorée eu rose vif par du permanganate do potasse qui agirait comme un oxydant énergique {Semaine médicale, 2t août 18133.
2. Voir mon Traité de chimie appliquée à la plujxiolQrjie, t. I, p. 261) : t. II, p. 371 et 372.
LKS TOXINES.
urines jouisscnL de |)ropriélcs toxiques comi)araljles à celles des poisons eL des venins les plus violents.
On savait avant lui que dans certaines maladies ces matières extractives incristallisables deviennent plus toxiques encore.
C'est M. (Jli. Bouchard qui le premier donna la preuve expérimentale et définitive que les toxines d'origine infectieuse définie s'éliminent en nature par les urines. En I880 il annonçait que les extraits des urines de malades atteints de choléra asiati([ue, injectées dans les veines du lapin produisent (outre les désordres ordinaires qu'occasionnent les extraits d'urines normales) la cyanose, l'hypothermie, les crampes prolongées des membres postérieurs, une diarrhée qui s'établit presque immédiatement après l'injection, diarrhée d'abord slercorale, puis blanchâtre, avec rétention biliaire, albuminurie, anurie, etc., symptômes qui précèdent de peu la mort. C'était, en un mot, tout le tableau caractéristique de l'attaque de choléra*.
On sait aussi par les travaux de M. Charrin qu'inoculé au lapin le bacille pyocyanique, ou les produits de ses cultures in vitro, produisent chez cet animal la fièvre, l'amaigrissement, la diarrhée, l'albuminurie, enfin des paralysies spasmodiques. M. Bouchard a reproduit l'ensemble de ces symptômes en injectant à l'animal sain les extraits des urines de lapins atteints de cette maladie.
De même MM. Roux et Yersin sont parvenus à provoquer la paralysie diphtérique en injectant au chien l'urine stérilisée d'un enfant atteint de croup.
1. Archives de physiologie, S» série, 1889. — Comptes vendus des séances de V Association française pour l'avancement des sciences, 1885. — Voir aussi Soc. de biolog., 1888, p. 513.