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LES Antitoxines.
Nous avons déjà donné (p. 368 et suiv.) les preuves qu'en même temps que se produit le phénomène de la phagocytose, à la suite de la pénétration d'un virus dans l'économie il apparaît dans les plasmas et dans les tissus des substances antitoxiques douées de la propriété de combattre les effets des poisons formés par les microbes'.
Sous l'influence de l'excitation de ces toxines, avec difficulté et parcimonie chez l'animal non vacciné, avec surabondance chez le vacciné, ces antitoxines sont sécrétées par les phagocytes- ou par d'autres cellules spéciales, et
1. Tous les organes, tous les proLoplasmas, toutes les cellules possèdent la propriété de se reproduire, de revenir à un type, et par conséquent de se défendre contre les causes qui tendent à les altérer. C'est toujours, mais cette fois éclairée par les travaux modernes, l'antique et profonde vérité de la nature médicalrice. On peut dire que tous les organes sont producteurs d'antitoxines; ils tendent -pa-V réaction normale à revenir à l'état de santé, réparant les destructions mécaniques et annulant de façon ou d'autres les effets des poisons qui les assaillent. C'est ce qui a été démontré directement pour le foie et d'autres organes (ROGEB, Arch. de physiol., octobre 1895). Mais c'est là la constatation d'une propriété générale, d'une réaction chimico-vitale que fait naître toute cause qui tend à éloigner la cellule de son état normal, que la cause agissante soit physique (comme la chaleur), mécanique (comme le choc ou l'attrition), chimique (comme le sont les poisons). Pour faire naître le contre-poisou, ra?ia7oa3me, ces excitants n'ont pas besoin d'être de nature microbienne. Qui ne sait qu'on s'habitue à la famée de tabac? Qui ne connaît les exemples de mithridatisation, en particulier la tolérance pour l'acide arsénieux, la morphine, etc.?... Ch. Bouchard a démontré que le sérum des lapins qui ont été peu à peu accoutumés aux sels de potasse contient une sorte d'antitoxine qui fait résister les animaux neufs auxquels on injecte ce sérum à l'action de ces mêmes sels. La production des antitoxines est donc un des mécanismes généraux essentiels de la cellule: une conséquence de sa stabilité vitale, de son atavisme. Elle se rattache à ce grand principe général que toute action tend à produire une réaction égale et de signe contraire qui modère ou compense les effets produits par l'action et qui tend vers l'équilibre primitif.
2. Par les éosiuophiles, d'après Hankin, Hardy, Kanthack. Toutefois Mesnil a démontré que les poissons qui n'ont pas de globules éosinophilcs peuvent fournir des antitoxines.
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rencontrent dans le sang et les autres humeurs les toxines produites par les microbes. Elles détruisent ces toxines, ou plutôt, comme on le verra, elles compensent leur action, mais à la condition qu'elles soient produites en quantités suffisantes.
Si les choses se passent bien ainsi, le sérum ou le sang de l'animal qui, sans succomber, a subi l'atteinte d'une maladie infectieuse, doit contenir, soit au moment de l'inoculation, soit après que les toxines de cette maladie ont réagi sur l'organisme, une ou plusieurs substances capables de combattre les effets du microbe correspondant. Cette conséquence logique de la théorie précédente se réalise en eff'et; elle a eu pour résultat la belle découverte des séruras antitoxiques sur laquelle nous reviendrons.
L'étude de la nature chimique précise des antitoxines ainsi versées dans le sang et les humeurs du vacciné n'a donné que de vagues enseignements. On sait seulement que ces substances ne sont que peu ou pas dialysables; qu'elles ne paraissent généralement pas être de nature alcaloïdique, ou que, du moins, les alcaloïdes qui les accompagnent souvent ne sont pas doués de propriétés antitoxiques * ; ces substances précipitent par le sulfate d'ammoniaque en excès; on peut les redissoudre dans l'eau pure, et mieux encore après addition d'un peu de carbonate de soude étendu, et séparer ensuite, par dialyse, les sels ajoutés. On sait aussi que les antitoxines sont modifiées par la chaleur; qu'elles sont précipitées par l'alcool à 95° et que, même
1. On verra cependant que laglande thyroïde contient, d'après S. Frankel, une substance qui s'oppose aux phénomènes toxiques dont l'économie devient rapidement le siège lorsqu'on extirpe totalement cet organe, et que cette antitoxine thyroïdienne (très spéciale, il est vrai) est un alcaloïde bien caractérisé paraissant appartenir à la famille des guanidines.
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après quinze jours de conlact, ce liquide n'allère pas leur solubilité dans l'eau, propriété qui leur est commune avec les peptones. Les antitoxines sont entraînées par les précipités amorphes (particulièrement par le phosphate de chaux) produits au sein des liqueurs qui les contiennent. Elles paraissent de nature diastasique. Elles résistent assez bien à l'acide chlorhydrique affaibli, au sel marin, à l'extrait de sangsue, etc., mais elles sont détruites par la lumière et l'air, les bases, les acides forts, etc.; elles sont modifiées par la dialyse elle-même et par la dilution dans l'eau qui les hydrolyse peu à peu. Toutes ces propriétés sont communes aux antitoxines et aux toxines elles-mêmes.
Seule l'immunité que confère chaque antitoxine est spécifique. L'antitoxine diphtérique produit une immunité immédiate contre l'empoisonnement dû aux toxines déjà formées, aussi bien qu'au microbe spécifique qui végète à la surface des muqueuses atteintes ; de même l'antitoxine tétanique empêche les désordres du tétanos. Mais l'imînunité que confèrent les antitoxines nest pas durable comme celle que font naître les vaccins; elle disparaît au bout de quelques jours quand l'antitoxine préformée introduite dans l'organisme a disparu elle-même*.
Chez l'animal qui a été vacciné, l'antitoxine se reproduit. On peut retirer, en effet, en peu de temps d'un lapin immunisé contre le tétanos un volume de sang égal au volume total de celui qui circule chez cet animal, sans que le pouvoir antitoxique de son sérum s'amoindrisse sensible-
1. On a fait la curieuse remarque que le sérum des animaux vaccinés contre la rage n'a pas de pouvoir préventif contre cette maladie, mais qu'il peut détruire le virusrabique, mui/j'o, après un contact assez prolongé.
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ment. I.' antitoxine se reproduit donc au fur et à mesure des besoins de l'organisme préalablement impressionné par le vaccin.
Les expériences suivantes dues à MM. Roux et Vaillard tendent à prouver que la loxim; et l'aniiloxine anmdent leurs eff ets réciproques, mais ne se détruisent pas ; qu'elles coexistent à la fois dans l'économie du vacciné comme dans le mélange des virus toxiques et des sérums antitoxiques.
Des cochons d'Inde reçoivent d'abord chacun un cent, cube de sérum antitétanique préventif très actif, capable d'immuniser ces animaux sous une dose mille fois plus faible. On leur injecte alors une dose mortelle de toxine tétanique; ils restent bien portants. Si l'on prend alors quelques-uns de ces cobayes et si on les inocule avec d'autres microbes capables d'affaiblir leur résistance ou leurs réactions vitales, tels que les microbes du choléra, le bactérium coli, le b. procligiosus , le streptocoque de la gourme, etc., ces cochons d'Inde prennent bientôt le tétanos [Roux). La toxine tétanique n'était donc pas détruite en eux par l'antitoxine injectée en excès. Elle était simplement tenue en échec, compensée dans ses effets par l'action contraire de l'antitoxine. De même une quantité de sérum antidiphtérique amplement suflisante à préserver des cobayes neufs contre une dose mortelle de la toxine du microbe de Lœfûer ne retarde pas la mort des cobayes de même poids ou de même portée qui ont subi des inoculations dont ils sont en apparence parfaitement rétablis, mais chez lesquels les réactions leucocytaires ou cellulaires sont diminuées par une maladie antérieure. La toxine existe dans les deux cas, mais l'empoisonnement diphtérique n'éclate que chez ceux de ces animaux qui sont affaiblis.
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Des observations semblables ont été faites pour le charbon symplomatique'.
Voici une autre preuve de la coexistence des toxines et des antitoxines dans les mélanges rendus inertes, en apparence, des deux agents contraires.
On sait que le sérum du sang des animaux immunisés contre les venins de serpents est antitoxique contre ces venins. Fait en proportion convenable, le mélange de sérum anlivenimeux et de venin reste inoffensif : l'agent toxique n'est pourtant pas détruit, car on rend toute sa toxicité au venin additionné de sérum antivenimeux en chauffant ce mélange à 70°. C'est qu'en effet, l'expérience a démontré que le venin de serpent ne perd pas sa toxicité quand on le chauffe à cette température, tandis que dans ces conditions l'antitoxine est altérée. Il fallait donc que les deux substances coexistassent dans le mélange en apparence inerte, pour que la chaleur en détruisant l'une d'elles ait rendu toute son activité à l'autre.
On peut démontrer que l'antitoxine persiste aussi dans le mélange à côté de la toxine : en effet, il existe des animaux qui jouissent d'une immunité naturelle contre les venins, tels sont les serpents venimeux eux-mêmes et le hérisson. Ils possèdent en général un sang venimeux ; mais on a démontré qu'à côté de la toxine capable d'empoisonner les autres espèces quand on leur injecte ce sang, existe aussi une antitoxine à laquelle est due l'immunité naturelle de l'animal. Le sang de vipère, de crotale, de naja, perd sa toxicité à G8°; celui de hérisson la perd à 58". Mais chose remarquable, si l'on injecte les sangs ainsi chauffés à des