ACTION PHYSIOLOGIQUE DES PTOMAÏNES
cinq minutes après le début de l'expérience. A l'autopsie immédiate, immobilité des oreillettes du cœur ; contraction irrégulière du ventricule gauche ; cœur droit plein de sang non coagulé ; cœur gauche affaissé et vide.
Mêmes observations à peu près sur les grenouilles. Chez celles-ci, le ventricule du cœur est rempli d'un sang noir veineux au lieu d'un sang rutilant. Les battements du cœur sont de plus en plus rares et réduits à mesure que l'empoisonnement se continue. Les réflexes diminuent et disparaissent presque.
[b] Ptomaïnes extraites par le chloroforme. — Les bases extraites au moyen du chloroforme, après l'épuisement par l'éther, lorsqu'on les sature comme les précédentes par de l'eau acidulée d'acide chlorhydrique, présentent les réactions chimiques générales des alcaloïdes enlevés par le dissolvant précédent ; elles en diffèrent toutefois en ce que leurs sels précipitent le bichromate de potasse, ainsi que le cyanure de potassium et d'argent.
La solution des chlorhydrates de ce nouveau groupe de bases fut injectée à un chien de moyenne taille. Presque aussitôt les mouvements respiratoires passèrent de cent à cent trente-quatre à la minute ; légère augmentation du nombre des battements cardiaques; injection vive des vaisseaux de la conque de l'oreille : après cinquante minutes environ, tout rentra dans l'état normal.
Le même produit injecté sous la peau d'une grenouille fit tomber les battements du cœur, au bout de douze minutes, de quatre-vingt à soixante-quatre. L'animal n'avait plus que des mouvements difficiles, il était paresseux, traînant, il ne réagissait plus aux excitations. La sensibilité galvanique était conservée, mais la contractiiité musculaire au contact
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des deux pôles de la pile placés sur les muscles eux-mêmes était abolie.
(c) Ptomaïnes extraites par l'alcool amylique. — Le résidu alcalin des bases cadavériques ainsi successivement épuisé par l'éther et par le chloroforme étant mis en digestion avec de l'alcool amylique, donne une solution qui, reprise par l'eau acidulée, présente encore les réactions de ces bases, mais ne réduit plus le chlorure d'or à froid.
Injecté à une grenouille, ce sel engourdit les mouvements de l'animal, dilate considérablement ses pupilles, fait disparaître toute sensibilité cutanée, diminue de inoitié le nombre des battemeiits cardiaques, et produit de l'arythmie. L'animal meurt dans un relâchement général de tous les muscles. Les nerfs restent excitables par l'électricité, mais le courant appliqué sur les muscles les laisse complètement inertes.
De ces expériences et d'autres encore qu'il serait trop long de décrire ici, on peut conclure que les ptomaïnes vraies ou leurs sels produisent les phénomènes qui suivent :
1° Dilatation des pupilles suivie de rétrécissement;
2° Convulsion tétanique, puis flaccidité musculaire ; affaiblissement et quelquefois excitations des centres moteurs ;
3° Ralentissement des battements cardiaques, qui peut être précédé d'un peu d'accélération;
4° Perte de la sensibilité cutanée ;
5° Perte de la contractilité musculaire.
Sur les chiens, les phénomènes principalement notés sont les suivants :
\° Pupille irrégulière, finissant par se rétrécir;
2" Injection remarquable des vaisseaux de la conque de l'oreille par paralysie des vasomoleurs ;
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3° Élévation de la température ; 4° Respiration ralentie ; 0° Perte de la contractilité musculaire ; 6" Somnolence, à laquelle succèdent les convulsions et la mort.
Dans ces expériences, la perte de la contractilité musculaire, même lorsqu'on se sert des excitants électriques, est très remarquable. Elle rapproche ces ptomaïnes des alcaloïdes vénéneux des champignons et spécialement de la muscarine, analogie que j'avais indiquée avant les expériences de Selmi, de Gorona et de Brieger'. Au contraire, les observations de Gorona éloignent les ptomaïnes proprement dites des autres alcaloïdes végétaux, ainsi que du curare qui laisse au muscle sa contractilité propre sous Tinfluence de l'excitation électrique; elles les éloignent enfin du sulfocyanure de potassium, qui fait disparaître, il est vrai, la propriété du muscle de se contracter par l'électricité, mais qui le laisse en tétanos et non en flaccidité.
Le ralentissement des battements cardiaques, souvent avec arythmie, est encore très important à noter. Nous verrons, eh effet, que presque tous les microbes pathogènes produisent des toxines présentant cette propriété qui appartient aussi aux venins. A d'autres égards, l'action de ces derniers est différente de celle des principales ptomaïnes cadavériques : Gomme elles, les venins paralysent les muscles, surtout ceux des membres postérieurs qu'ils immobilisent ; mais avec les venins, on remarque souvent
1. En 1878, au Congrès international d'hygiène de Paris, je disais :«I1 se forme aussi, durant la putréfaction, des alcaloïdes fixes qui ont des analogies avec la morphine et l'atropine, et mieux encore avec quelques composés alcaliiis retirés des champignons. » {Comptes rendît* du Congres d'hygiène, t II, p. 266.)
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de l'essoufflement avec période d'agitation vive, et après la mort, le cœur, au lieu d'être flasque et rempli de sang, reste en systole et exsangue.
Je donnerai plus loin les observations qui ont été faites sur l'action physiologique de chaque ptomaïne en particulier.
Ptomaïnes connues. — Avant de décrire les méthodes qui ont servi à les découvrir ou à les séparer, je donne ici, sous forme de tableau, la liste par ordre alphabétique, des bases d'origine putréfactive connues jusqu'à ce jour, avec l'indication de leur nocivité et de leurs origines.
Les six acides qui sont en tête de ce tableau présentent à la fois des propriétés acides et des propriétés basiques. En s'unissant aux acides minéraux, ils forment avec eux des sels définis.
L'action physiologique de chacune de ces ptomaïnes n'est indiquée que très sommairement par les mots : toxique, peu ou pas toxique, non toxique. Cette dernière mention indique seulement que la ptomaïne à laquelle elle se rapporte n'est pas toxique à faible dose, un centigramme, par exemple, pour un lapin de poids ordinaire.